Lémission
«Bunker, le cirque» prendra laffiche le 9 septembre
à Radio-Canada. Lauteur de la nouvelle série, Luc
Dionne, aurait écrit cette satire politique pour signifier aux
politiciens que les gens en ont assez des discours creux, des
élections qui évitent tout débat, des magouilles
connues ou bien camouflées. Certains politiciens, qui oeuvrent
sur la colline parlementaire à Québec, ont
déjà vu, paraît-il, quelques fragments de la
série et ont pris leur distance face à
lémission qui commence.
Cette
série de onze épisodes présentée à
la télévision, alors que samorce une
période électorale sans doute fort houleuse au
Québec, ne sera pas sans intéresser les politiciens qui
sont en place et ceux qui aspirent à les remplacer. La
question reste toujours la même: qui peut devenir
député et sur quels critères devraient-t-on se
baser pour élire quelquun à
lAssemblée nationale?
Une
déclaration récente du député sortant de
la circonscription de Matane, Matthias Rioux, minterroge
personnellement et questionne bien des gens de mon entourage.
Monsieur Rioux a affirmé, il y a quelques jours, quil
souhaiterait quà la prochaine élection, 50 % des
candidats de son parti soient âgés de moins de quarante
ans, afin de rajeunir éventuellement la députation. Je
vous avoue que je reste bien perplexe face à une telle
déclaration. Il y a quelques années, certains
militaient pour avoir 50% dhommes et 50 % de femmes au
Parlement de Québec. Maintenant, lex-ministre du cabinet
Parizeau souhaite que 50 % des futurs députés soient
des jeunes et 50 % soient des plus ou moins vieux. Et lorsque le
Québec deviendra un club de lâge dor, (ce
qui est démographiquement certain dans quelques années)
sur quoi se basera lhonorable député pour
établir la nouvelle norme? Et si cette nouvelle norme
quil propose est juste et équitable aujourdhui,
pourquoi ne la-t-il pas appliquée pour lui,
lorsquil est arrivé dans la circonscription en 1994,
alors quil avait atteint un âge plus que respectable?
Pourquoi ne la-t-il pas appliquée en 1998, alors
quun jeune sest présenté contre lui à
la convention? Pourquoi ne lui a-t-il pas cédé la
place, si la jeunesse est devenue la vertu qui conduit au pouvoir?
Le clivage des
générations ma toujours fait peur. Personne ne
peut dire à quelquun : tu es trop jeune ou pas assez
jeune pour faire ceci, ou tu es trop vieux pour faire cela et tu ne
peux donc pas occuper tel poste dans la société. Tout
citoyen sérieux, formé, expérimenté, quel
que soit son âge, son sexe, la couleur de sa peau, sa religion,
est habilité à diriger. Les Grecs de
lAntiquité avaient trouvé une formule
extraordinaire. Chacun, à date fixe, était obligé
de diriger, de commander dans la société
athénienne. On nallait pas prendre un siège
à lAssemblée du peuple pour faire une
carrière politique. Chaque citoyen, son tour venu,
exerçait cette noble charge de commander et personne ne
donnait son siège à un dauphin dont il avait
soigneusement préparé la venue. La compétence
faisait foi de tout. Et la compétence, cétait
lappartenance à la citoyenneté du pays, une
connaissance minimale du fonctionnement social.
Tout citoyen
libre et honnête, sil le désire, sans magouille,
peut se présenter devant le peuple, avec ce quil est, en
vue doccuper une charge publique. Le peuple est assez
intelligent ensuite pour juger. Cette méthode fort simple
évite le clivage entre jeunes et vieux, entre
génération montante et génération
faiblissante, entre les hommes et les femmes, entre les purs et les
impurs. En démocratie, seul le citoyen compte. Et chaque
citoyen vaut autant quun autre. Sinon, il y a simulacre de
démocratie. Les guerres générationnelles se
perpétuent souvent aujourdhui, parce
quindirectement, certains les suscitent et les alimentent. Il
faut sortir des «slogans creux», dont parlera largement
«Bunker, le cirque» !
4 septembre 2002