Cest le
monde à lenvers. Les confédéralistes qui
attirent les indépendantistes dans un projet qui va
directement à lencontre des visées souverainistes.
LAction
démocratique a fait élire dernièrement son
deuxième député à lAssemblée
nationale du Québec. Le futur comté de «René
Lévesque» a fait les choses en grand. Dailleurs,
il la toujours fait. En 1970, il faisait élire le
premier député péquiste, avec une majorité
écrasante. Depuis, à chaque élection, le
comté a envoyé un député
indépendantiste à lAssemblée nationale et,
lors du référendum de 1995, il donna la plus forte
majorité au camp du OUI.
Avec
lélection de ladéquiste Corriveau, les
électeurs de la circonscription de Saguenay ont semblé
signer la fin dune époque. Ce comté
nord-côtier semble vouloir ouvrir le chemin à
lAction démocratique, et ainsi, signifier que les temps
sont révolus, et que le Parti québécois a bel et
bien fait son temps.
Larrivée
du jeune député de Baie-Comeau fut saluée par
le premier ministre Landry comme étant une acquisition pour la
cause souverainiste. À lAssemblée nationale, il
félicita, devant les caméras, le jeune
député fraîchement élu et le
présenta même comme étant un souverainiste,
puisquil avait voté OUI lors du plébiscite de
1995. Comme si tous ceux qui avaient voté OUI au dernier
référendum étaient forcément en faveur de
lindépendance du Québec.
Les derniers
sondages de SOM-Le Soleil-La Presse, qui placent le PQ en
troisième position, semblent avoir fait faire un volte-face au
Premier Ministre du Québec. Il affirme maintenant que le
nouveau député a changé didée au
point de vue constitutionnel et, quentre Baie-Comeau et
Québec, il est devenu fédéraliste. Comment le
chef de lexécutif du gouvernement peut-il en arriver
à cette conclusion ? Dabord, il faudrait, dune
part, être bien sûr que Monsieur Corriveau était
souverainiste, ce qui est loin dêtre certain, et
dautre part, il faudrait être sûr quil a
vraiment changé de camp. Ce qui est loin dêtre
certain aussi.
Tout cela
mamène, pour la nième fois, à
minterroger sur le sens du vote référendaire de
1995. La trinité souverainiste concoctée à
lépoque en vue du scrutin référendaire
navait rien de lunité quon pouvait lui
supposer au moment de la consultation automnale de 1995. De toute
évidence maintenant, Parizeau était à
lextrême opposé de la position constitutionnelle
du petit Mario qui, alors quil navait que 25 ans,
sétait prêté, avec son allure toute
juvénile, à la signature de lentente du 12
août 1995. Le Fils qui avait uni le Père et lesprit
référendaire de lépoque,
nétait rien dautre quun certain Lucien
Bouchard, issu des banquettes conservatrices dOttawa et qui
navait, on le sait maintenant, quun petit verni
souverainiste, un peu de lustre nationaliste sur sa peau.
Dès le
lendemain de ce lamentable échec historique, le jeune Dumont,
à lesprit confédéraliste, laissa la
trinité souverainiste pour se réfugier dans son camp
confédéraliste. Depuis lors, lillustre petit gars
de Cacouna vogue seul dans sa galère et personne ne sait si le
jeune moussaillon de 1995 était souverainiste ou
fédéraliste, avait été souverainiste ou
pas, ne serait-ce que quelques mois en vue du scrutin annoncé.
Et maintenant, si Corriveau est un fédéraliste ou un
confédéraliste, personne na à sen
scandaliser. Il est tout simplement aller rejoindre son semblable.
Rien danormal dans les circonstances.
Landry na
pas à se formaliser de la mutation présumée du
nouveau député de Saguenay. Le grand scandale,
cest que les indépendantistes ont eu à leur
côté, le temps de quelques lunes, quelquun de bien
installé dans leur camp, et qui ne se forçait pas pour
mener le combat de lindépendance du Québec. Ceux
qui ont encore un peu de mémoire, se souviennent très
bien que Dumont, malgré sa signature, na jamais voulu se
retrouver sur les mêmes tribunes que les
indépendantistes, lors de la campagne
référendaire de 1995. Il était à la fois
avec et à la fois contre. Lambiguïté a
commencé là et a fait des petits, comme on dit en mon
pays gaspésien! Le sondage semble le confirmer.
Le sondage SOM
des derniers jours indique bien lambiguïté du
personnage Dumont. En fait, celui-ci na jamais été
souverainiste. En cela, il suit bien le programme de Jean Allaire,
un ancien militant libéral, qui lui a inspiré les
structures dune nouvelle confédération à
leuropéenne, et dont Bernard Landry se plaît
maintenant à parler, même à épouser, selon
les circonstances. Lesprit de Mario Dumont est assez fort
maintenant pour attirer dans son giron les mous et les pas
branchés, y compris le premier ministre du Québec
actuel. Cest le monde à lenvers. Les
confédéralistes qui attirent les indépendantistes
dans un projet qui va directement à lencontre des
visées souverainistes.
Landry semble
vouloir nous dire maintenant quil va remettre la
souveraineté au coeur de la prochaine campagne
électorale. Mais de quelle souveraineté sagit-il
? Celle de Mario Dumont ? Si cest celle-là, quil
cesse de nous dire quil va faire un référendum
sur la question, puisque, ce que propose le jeune député
de 32 ans, na aucunement besoin dêtre
sanctionné par un plébiscite. Des arrangements
administratifs suffisent.
La
réussite du Parti québécois, ces dernières
années, aura été de mêler tout le monde
afin de tenter de réussir, dans la brouillard et
lambiguïté, la souveraineté du Québec.
Les gens, nétant pas dupes, soupçonnant
quil y avait anguille sous roche, ne se sont pas fait attraper.
Et heureusement! Une décision aussi importante doit se prendre
dans la lucidité. Pas besoin de cage à homards!
Mario Dumont,
maître de cette nouvelle ambiguïté, table sur cette
ambivalence des Québécois. Il est le nouveau Robert
Bourassa du début du troisième millénaire. Il
est le caméléon de la politique actuelle et les
Québécois sont friands dune telle tendance.
Ainsi, nétant ni chair ni poisson, ils évitent de
trancher, nont jamais besoin de se brancher.
Jusquici,
le Parti québécois avait toujours ménagé
Dumont, croyant un jour le récupérer dans son camp.
Maintenant quil devient un adversaire sérieux, une
menace au pouvoir péquiste, il devient ladversaire
à abattre. Et au diable, les alliances
référendaires dantan. Ces alliances
circonstancielles navaient donc rien de sérieux. Le camp
du OUI de 1995 nétait pas crédible : Parizeau
voulait un pays et une question fort simple pour y accéder.
Bouchard et Dumont voguaient dans une autre embarcation et ne
voulaient en aucune façon sortir le Canada du Québec.
Les deux ne souhaitaient quun réaménagement
constitutionnel. Pas étonnant que, au lendemain du
référendum, le Père senvola vers
dautres cieux. Depuis ce temps, les souverainistes se
retrouvent dans lenfer des divisions. Une telle cause a besoin
dun chef avec des idées claires. Où est-il le
chef des forces indépendantistes ? Personne ne semble le
savoir. A moins quil soit quelque part, dans une vigne de
Provence, toujours en réserve de la République qui
tarde toujours à naître.
Aux
dernières nouvelles, lhomme de soixante-dix ans, qui a
toujours mon grand respect, ne semble pas intéressé
à reprendre la barre dun parti et dune cause en
déroute. Et sil y avait un miracle! Un sursaut de sa part!
14 mai 2002