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La carotte ou le bâton ?

 
     Pendant que Jean Chrétien annonçait hier, 20 août 2002, qu’il quitterait la politique canadienne en février 2004, le conseil des ministres du gouvernement de Jean Bernard Landry affichait sa nouvelle bannière politique dans la comté de Charlevoix.

     Les nouvelles télévisées nous ont montré, bien campé au Saguenay, un premier ministre canadien chaleureux, blagueur, à la limite bon comédien, exécutant une scène de vaudeville sur laquelle le rideau tarde à tomber. Jean Chrétien annonçait qu’il partait, mais restait suffisamment longtemps pour se permettre, un jour, de se raviser, si les circonstances l’exigeaient ou le forçaient.

     Au même moment, à La Malbaie, Jean Bernard Landry, en culottes courtes, non loin d’un court de tennis, hissait, haut et fort, son nouveau slogan : Horizon 2005, plein emploi et souveraineté. En conférence de presse, le premier ministre, à l’allure déterminé, remettait pour la nième fois sur les rails, le combat pour la souveraineté politique du Québec, sans en donner un échéancier bien précis. Sans rire, il osait dire qu’il fallait se remettre à parler de souveraineté. Ce qui impliquait, pour l’auditeur le moindrement attentif, qu’on avait cessé d’en parler. (Ici, il est permis de rire.)

     Coincé par les sondages qui placent sa formation politique au plus bas niveau depuis le début des années `70, essayant de composer avec une aile gauche qui se retrouve maintenant dans une autre formation politique indépendante et indépendantiste, le chef péquiste essaie, par tous les moyens, de rapailler le peu de monde qui lui reste. Les plus fervents de la cause indépendantistes ayant quitté pour aller oeuvrer ailleurs, soit dans l’ADQ qui est quand même nationaliste, soit à l’UFP, qui est carrément indépendantiste et social-démocrate, Jean Bernard Landry n’a plus d’autre choix que de brandir du déjà vu : la banderole d’un slogan déjà connu. Il faut se donner de nouveaux objectifs. Il faut trouver une nouvelle façon de gouverner. Il faut se donner des mirages, des slogans creux, des mots-chocs, des tournures qui touchent l’imagination, des visées idéalistes, une date butoir, des horizons plus ou moins lointains, des poteaux ou des balises indicatrices, des balounes plus ou moins gonflées, des trompe-l’oeil ou des amuse-gueule bien apprêtés pour divertir les convives qui semblent s’être assoupis après un trop long party. Bref, il faut que les gens sachent que c’est nous, le Parti québécois, qui représentons le vrai changement. Et que ceux qui disent qui le sont, ne sont en réalité qu’un mythe, un faux changement, un changement qui n’en est pas un ! Le vieux «stock» ce n’est pas nous : il tout autour, mais pas dans nos rangs!

     Tout cela, une fois de plus, me fait sembler à l’âne que l’on ne fait avancer qu’à coups de bâton ou en lui tendant une carotte. Cette fois-ci, il me semble que le bâton est trop long et que celui qui le manipule s’en est procuré un tellement extensible, que le pauvre âne, qu’est toujours le peuple qui subit les officines de la propagande, n’arrivera jamais à en lécher la peau, si attrayante soit-elle.

     En fait, la proposition de Jean Bernard Landry n’est qu’un vieux plat réchauffé ou abandonné, servi dans un emballage nouveau. Lucien Bouchard est parti à cause de ses conditions gagnantes mais le marmiton Landry veille aux chaudrons et, dans la cuisine péquiste, on s’apprête toujours à nous donner comme nourriture le même vieux bouilli que les stratèges nous servent depuis tant d’années. Les conditions gagnantes ont été remplacées par les «conditions morales» de Jean Bernard. Et un horizon 2005, sans soleil levant!

     L’élection de 1998 s’est faite sans que les dirigeant du P.Q. de l’époque nous parlent de leur raison d’être qui est l’indépendance du Québec. Cette fois-ci, on s’apprête à faire la même chose, mais on nous la mettant sur une toile de fond tellement incertaine, que tout électeur le moindrement averti et intelligent, n’osera y croire. L’échéancier est tellement flou et imprécis que personne n’osera croire ces comédiens qui jouent le dernier acte d’une pièce de théâtre usée à la corde.

Je ne serai pas l’âne qui attend béatement pour attraper la carotte, toujours si habilement placée, devant ma monture bien écoeurée. Même maquillée, cirée, dans un emballage renouvelé. Je ne me fatiguera pas à tenter d’y toucher, à user mes forces pour l’agripper. Il y a de ces mirages qui découragent même les marcheurs les plus chevronnés. Le premier ministre nous leurre une fois de plus avec son horizon 2005, haut et bien placé, derrière sa suffisance plusieurs fois mesurée. Son Buenos Aires et ses allures de président d’une République pas encore née.

Les «ânes» sont allés paître ailleurs. Ils sont, malheureusement pour le gouvernement «confédéraliste» qui nous dirige, plus nombreux que ne le laissent entendre les derniers sondages publiés. Les prochains ne feront que confirmer ce qui sommeille dans le coeur d’une majorité de Québécois désabusés. Personnellement, j’ai cessé d’avoir confiance à un parti qui semble sans cesse vouloir nous conduire à la liberté, mais dont les dirigeants n’ont pas le courage de leurs convictions annoncées. La bêtise a assez duré. Il est temps qu’elle aille se ressourcer, quelque part, à une fontaine qu’elle a depuis longtemps abandonnée.



22 août 2002

 

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