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Quand le Bloc parlera d’indépendance

 
     Il est temps de rentrer au Québec, et de faire l’union des forces indépendantistes, sous la houlette d’un chef qui a les idées claires sur la question.

     Depuis 1993, le Bloc québécois, fondé par l’ex-premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, siège à Ottawa pour défendre «les intérêts du Québec». Après neuf ans dans l’opposition de sa Majesté, force nous est de constater que la présence de combattants outre-frontière, sur les bords de la rivière des Outaouais, n’a guère fait avancer la cause de l’indépendance du Québec. Qui plus est, leur présence a même fait reculer le nombre d’adhérents à la cause souverainiste. Une armée dispersée, avec deux chefs qui divergent parfois sur certains points fondamentaux, n’ayant pas la même stratégie globale, divise les militants et mène à une léthargie qu’on peut maintenant couper au couteau.

     Les derniers sondages sont catastrophiques : non seulement les indépendantistes n’augmentent pas leur nombre de votes, mais leur nombre diminue tant au Québec qu’à Ottawa. Et ceux qui croient encore que le pays rêvé est toujours possible, vivent comme des militants abattus, découragés, pleins de morosité. La présence de députés souverainistes au coeur du gouvernement voisin devait stimuler les troupes, multiplier les soldats, cimenter les générations en vue du pays à faire. Au contraire, la présence de ces députés souverainistes sur la colline parlementaire d’Ottawa, a donné aux Québécois une certaine police d’assurance contre le méchant ennemi fédéraliste et a jeté les Québécois dans une totale indifférence, les a conduits dans le confort et l’indifférence.

     Il m’arrive parfois d’écouter la période de questions à Ottawa, vers les 14 heures de l’après-midi. Les questions des bloquistes ne sont pas très originales, vous en conviendrez avec moi. Ceux-ci suivent quotidiennement la tendance du jour, les fumées de présumés scandales qui flottent dans l’atmosphère, les questions de politiques canadiennes, les attaques personnelles contre Jean Chrétien, qui, selon les derniers sondages, est à son plus haut niveau au Québec. Ils n’abordent jamais les questions qui touchent directement les intérêts des Québécois. Ils ne veulent pas heurter le premier des fédéralistes, le petit gars de Shawinigan. Ils ne veulent surtout pas attaquer de front le ministre Dion, de crainte de se faire abattre sur la place publique. A force de cultiver les demi-mesures, les députés, eux-mêmes, sont devenus les victimes de leur propre stratégie.

     Les bloquistes ne parlent pas d’indépendance du Québec à Ottawa. Pas plus que les péquistes n’en parlent d’ailleurs à Québec. Ils ne portent plus que le nom de la formation dans laquelle ils militent. Leur projet immédiat? Garder quelque peu la flamme qui vacille, faire des vagues sur de présumés scandales, et surtout, ne pas réveiller le chien qui dort dans le camp fédéraliste. Ce parti qui devait n’être que de passage est en train de s’enraciner au nom d’une défense d’intérêts du Québec qui ne portent aussi que le nom. Chrétien a même le culot de venir en terre québécoise pour dire, qu’à la prochaine élection, les bloquistes seront si minoritaires, - s’ils sont encore là - qu’ils ressembleront de plus en plus à des créditistes version 2002, le chef en moins.

     René Lévesque s’était opposé de toutes ses forces à la création d’une aile souverainiste à Ottawa. L’histoire lui a donné raison. L’armée divisée, oeuvrant sur deux tableaux différents, ne pouvait que donner ce résultat. J’étais à l’époque du côté de Lévesque. Je le suis toujours. La présence de députés dans le pays voisin est une perte de temps et d’argent pour les contribuables qui payent des impôts. S’il faut payer des impôts pour maintenir des députés fédéraux, que ce soit au moins pour rémunérer des députés qui croient au système fédéral. La logique veut qu’on ne donne pas d’argent à des gens pour combattre une cause à laquelle ils ne croient pas. Comme catholique, par exemple, je ne voudrais pas que ma capitation serve à entretenir une autre Église à laquelle je ne suis pas incorporé.

     Tout le monde sait maintenant que s’il y avait, aujourd’hui, des élections fédérales, tous les députés du Bloc québécois seraient battus dans leur circonscription respective. Ils sont donc tous sous respirateur artificiel. D’ici la fin de leur mandat, tous ces députés élus pour le référendum de 1995, retireront les bénéfices monétaires d’un régime qu’ils condamnent et cela sans la moindre inquiétude éthique ou morale. Leurs discours sur la défense des intérêts des Québécois ne tiennent plus. Ce qui tient encore, c’est la défense de leurs intérêts personnels, même si aucun d’entre eux n’osent le crier sur tous les toits. Stéphane Tremblay, le jeune qui a eu le courage de sortir son siège du Parlement, est un modèle que tous les députés du Bloc devraient suivre. Imaginez trente-cinq sièges sur la pelouse du Parlement, députés debout derrière, proclamant à la face du monde que ce parlement détruit les intérêts Québec dans la Fédération canadienne ! Enfin, les Québécois constateraient, visuellement, que ce Parlement n’est pas le leur, et, pour le montrer, leurs députés indépendantistes ont décidé de le quitter d’une façon spectaculaire et originale. Ce serait cela Sortir le Canada du Québec !

     À moins que vous décidiez de parler de la cause de l’indépendance des Québécois en territoire ennemi, je ne peux que souhaiter, à brève échéance, votre disparition totale, soit lors d’un exercice électoral normal, soit par un coup d’éclat où vous annonceriez tous votre démission en bloc. Vous êtes allés à Ottawa en BLOC pourquoi n’y reviendrez-vous par de la même manière? Vous causeriez un électrochoc à Jean Chrétien, l’embêteriez au suprême degré, et vous relanceriez un débat qui ne trouve plus de voie et de voix!

     La maison-mère péquiste, totalement en désarroi à Québec, serait fort contente de vous voir arriver enfin en terrain à conquérir, retrouverait, avec votre aide précieuse, son dynamisme d’antan, et, en ce sens, pourrait penser à une prochaine victoire indépendantiste. Il y a sans doute des stratèges dans les partis politiques souverainistes, mais ils ne pensent pas à court et à moyen terme. Il est à souhaiter qu’ils se réveillent et pensent pour le combat immédiat. Et ce dernier est dans quelques mois.

     Quand le Bloc commencera à parler de l’indépendance du Québec dans les plates-bandes des fédéralistes et du premier ministre Jean Chrétien, je recommencerai à croire en vous. En attendant, je pense, comme bien des gens qui le disent sur le bout des lèvres : il est temps de rentrer au Québec, et de faire l’union des forces indépendantistes, sous la houlette d’un chef qui a les idées claires sur la question. Ce qui est loin d’être le cas présentement.

     Les Québécois nagent de plus en plus dans le brouillard politique parce que les Duceppe, Landry et cie ne visent qu’à sauver leur petite carrière politique personnelle. Les indépendantistes ne vous suivent plus, Messieurs les chefs des troupes divisées, et veulent recommencer à rêver comme en 1970. Est-ce le début d’un temps nouveau? A vous de nous le dire, si vous avez encore le goût de le chanter?


3 mai 2002

 

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