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Le Parti québécois est-il à l’agonie?

 
     Le Parti québécois, fondé en 1968 par l’ex-premier ministre René Lévesque, est-il à l’agonie? Sera-t-il, comme certains sondages le supposent déjà, rayé de la carte à la prochaine élection? Que faudrait-il faire pour lui redonner son enthousiasme d’antan, son élan mobilisateur, son effet d’entraînement, son attraction pour la génération montante, ce goût de la liberté qui faisait vibrer les coeurs des premiers soldats, cette attente assurée d’une victoire inévitable?

     L’histoire démontre que le combat pour l’indépendance n’est pas éternel. Habituellement, il se cristallise autour des efforts menés par une génération. Le combat pour l’indépendance du Québec fut celui de la mienne. Malheureusement, cette lutte n’a pas été menée à terme. Les intérêts mercantiles et mesquins de certains groupes corporatistes, l’essoufflement des troupes, les calculs manipulateurs de certaines personnes assoiffées du pouvoir, la mésentente au sein même des souverainistes eux-mêmes, les fractions idéologiques, la perte de l’objectif, la dissolution même de cet objectif en souveraineté-association avec ou sans trait d’union, l’idée plus que floue d’un partenariat avec le reste du Canada, deux référendums avec des questions plus ou moins alambiquées, des tactiques déloyales plus ou moins voulues, ont fait que, plus de trente ans plus tard, le Québec n’est toujours pas indépendant.

     La jeunesse québécoise, alimentée par les débats internationaux, les nouveaux moyens de communication, comme l’Internet, ne s’intéresse guère à ce vieux combat d’arrière-garde qu’elle considère comme passéiste. La très grande majorité des jeunes Québécois, rivée à leur écran personnel de bureau, est plus captivée par la conquête de la Terre et de l’espace, les menaces environnementales qui la guettent, les guerres, les instabilités économiques, les joutes commerciales, la mondialisation que par l’arrivée possible d’un nouveau pays aux Nations-Unies. Les discussions dans les Universités, les Cégeps et aux portes des polyvalentes ne tournent plus autour de la question nationale : on y parle de blondes, de «chums», de pot, de rave, de VTT, d’Internet, de CDs, de programmation, de sites, d’imprimantes, de courriels, etc. Y parle-t-on seulement un peu de littérature, de philosophie, d’art, de théâtre, de culture? La question politique ne touche plus leur esprit. Les politiciens ne les intéressent guère davantage. Selon les derniers sondages, 2% seulement des jeunes se préoccupent de la chose publique. Allez donc faire l’indépendance avec une jeune génération si peu préoccupée de leur avenir nationale, de leur histoire et de leur être futur?

     Pour combler ce vide existentiel, le nouveau Parti québécois souhaite, pour intéresser les jeunes à la politique, ouvrir cinquante pour cent des circonscriptions électorales aux moins de quarante ans, afin de faciliter un renouveau, apporter un vent de fraîcheur. Il est assez étonnant de voir que celui qui a lancé cette idée est Matthias Rioux, député sortant du comté de Matane. Comment expliquer que ce dernier n’a pas appliqué lui-même en 1994 cette nouvelle médecine, alors qu’à 60 ans, il est arrivé de Montréal, pour se faire élire dans une circonscription qu’il avait quittée depuis plusieurs dizaines d’années? Est-ce que la présence de jeunes candidats de moins de 40 ans, composant la moitié de la nouvelle députation, serait suffisante pour renouveler le discours souverainiste? La jeunesse a-t-elle cette vertu de renouveau que la vieillesse ou l’âge mûr ne peut pas fournir? L’Europe occidentale nous donne là-dessus une toute autre vision. La plupart des présidents et des députés des pays de l’Ouest européen dépassent facilement la soixantaine. L’expérience alliée à la compétence semblent être la voie privilégiée outre-atlantique. On ne donne pas le pouvoir au néophyte, à celui qui n’a pas fait ses preuves. On le donne à celui qui a démontré, en court de route, qu’il avait le sens du bien commun, la capacité de rassembler et de bâtir une communauté, une certaine sagesse que, seules les années accumulées, peuvent donner.

     Le Parti québécois, s’il doit se renouveler, doit le faire à partir d’un certain nombre de paramètres oubliés. C’est souvent par le retour aux sources qu’un organisme reprend vie, se donne une seconde chance, un nouvel élan. Si le Parti québécois doit revivre, ce n’est qu’en donnant la parole à ceux qui croient en la cause qu’ils défendent. En enlevant les irritants que sont les magouilleurs, les calculateurs, les opportunistes, les ceux-qui-se-prennent-pour-d’autres, les horizontalistes 2005, les faiseurs d’images, les fabricateurs d’opinions, les traficoteurs électoraux, les créateurs de slogans creux, les scribouilleurs de programmes à courte vue, les chanteurs à la mode, les cuisiniers du prêt-à-manger politique.

     Le Parti québécois survivra à deux conditions. Que son programme reprenne l’esprit qui l’a vu naître, c’est-à-dire un climat d’ouverture, de confiance mutuel, de combat de tous les jours, sur toutes les scènes qui lui sont offertes. Que ses dirigeants soient tout aussi batailleurs, bagarreurs que ceux qui faisaient cohésion dans la première cohorte des années débutantes. Sans cet esprit revendicateur, combatif, omniprésent, la cause est perdue.

     Le doute s’est installé dans mon esprit et je ne vois pas poindre à l’horizon ces conditions minimales. Le Parti sera sans doute éliminé de la carte politique. Il faut donc, d’ores et déjà, reprendre autrement la lutte pour l’indépendance nationale. La fondation d’un mouvement indépendantiste indépendant de toutes partisaneries politiques me semble la voie à privilégier. Il nous reste à s’imbiber de cet esprit des fondateurs du mouvement indépendantiste, trouver un chef rassembleur et multiplier les adhérents à cette noble cause. Le temps voulu, le nombre de soldats suffisamment aguerris et cimentés par la joie de voir naître le pays, le gouvernement en place sera forcé de faire l’indépendance.

     Le Parti québécois a eu tout le temps pour faire l’indépendance nationale. Il ne l’a pas fait. Si le peuple québécois veut la faire, il doit trouver un autre véhicule. Celui que l’on a présentement tourne en rond et s’enorgueillit de ses victoires morales. Il n’a plus la vision et la ténacité des premiers combattants. Le temps est venu de prendre une autre voie. Le perte du pouvoir n’est pas une catastrophe. Ce sera sans doute un bien énorme pour la cause que les indépendantistes défendent. Ils auront, le temps voulu, l’imagination et la solidarité voulues, pour faire émerger le pays qui sommeillent en eux.

     Le Parti québécois est-il à l’agonie? Il semble bien que oui. Il y a encore certaines personnes qui croient au miracle possible. J’ose croire que le miracle se produira ailleurs et qu’une nouvelle génération va bientôt porter, ailleurs et autrement, le projet qui n’a pu se réaliser avec notre génération. Les nouvelles pousses sont prometteuses. Il faut espérer la pluie du printemps et les espoirs enthousiastes d’un nouveau jardinier pour faire fleurir le pays qu’il nous reste toujours à nommer.


3 septembre 2002

 

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