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La transcendance de Dieu
Argument du mouvement ou de l'évolution

 

      L'irrationalisme a gagné une bonne partie de la pensée contemporaine. Les principes philosophiques sacrés dans la grande tradition classique ont été transformés en systèmes symboliques. Dans les textes antérieurs, nous avons largement démontré que l'humanité a été depuis plusieurs siècles gouvernée par d'autres forces que celles de la raison.

      Le Marxisme a fait de la philosophie la superstructure instable des méthodes économiques de production; la pensée freudienne a fait de la raison la marionnette de l'inconscient et a  conclu que la vraie nature de l'homme est dans l'assouvissement de la libido; la sociologie  a fait de la culture et de la religion l'expression d'un milieu; la psychologie est devenue de la physiologie et la physiologie de la chimie, de sorte que l'homme n'est plus maintenant que matière, et par voie de conséquence un objet. Alors il faut bien tirer les conclusions qui s'imposent: la raison humaine a perdu sa suprématie. L'homme a perdu sa valeur fondamentale et est devenu un instrument de puissance,  un instrument politique ou autre.

      Le paradoxe est total: le Rationalisme voulait globrifer la Raison. Il nous a conduit à l'irrationalisme, qui est le mépris de la valeur rationnelle de l'homme. Il faut redonner à la raison toute la place qu'elle doit prendre. Et c'est dans la question de la transcendance et de l'immanence de Dieu que nous allons la mettre à l'épreuve.
 

1. Déisme et panthéisme

      La raison bien comprise cherche à découvrir le but de la vie et par voie de conséquence, elle cherche à découvrir la valeur de l'homme. Très rapidement dans l'existence concrète, l'être humain se pose la question du sens de la vie, et cherche à découvrir si cette vie se perpétue dans un au-delà mystérieux, à la rencontre d'un Créateur, qui serait l'origine de toutes choses et de tous êtres.

      La relation entre Dieu et l'univers a toujours suscité deux opinions extrêmes et forcément erronées. Le déisme d'une part, proclame le divorce de Dieu avec l'univers  et le panthéisme, d'autre part, identifie Dieu avec l'univers. Le déisme affirme que Dieu créa le monde à l'origine, qu'il le lança dans l'espace et l'abandonna à ses propres lois. Il est tout au plus le grand horloger dont parlait Voltaire. Le déisme conduit souvent à l'agnosticisme, puisque Dieu est perçu comme une puissance, un Dieu inconnaissable, oubliant sa créature dans un univers laissé à lui-même. Si Dieu n'est pas la Providence du monde, pourquoi entretenir des liens avec lui ?

      Le panthéisme déclare de son côté que Dieu fait un avec le monde et qu'il n'est pas distinct du monde. Le panthéisme est une forme de matérialisme sentimental qui, conduit à l'isolement de l'âme dans une religion individuelle, et souvent des fois, à une indifférence totale vis-à-vis des questions sociales.

      Le déisme semble mort, même dans la société post-chrétienne dans laquelle nous vivons. Le panthéisme (même si le mot n'est guère utilisé) a envahi toute la pensée religieuse moderne. La théorie de l'immanence de Dieu qui a remplacé la théorie panthéiste, - je le souligne, ce n'est qu'un changement de vocabulaire- est partout... Le moniste théiste est dans toutes les bouches. Au lieu de deux existences - Dieu et l'univers- il n'y a plus qu'une SOURCE D'ÉNERGIE qui est en même temps Dieu et l'univers.

      L'immanence se dit  encore comme ceci: la totalité des choses est bonne, belle et vraie. Ce qui signifie qu'elles sont des aspects d'une même chose. Ces choses sont abstraites, mais la chose elle-même ne l'est pas. Elle est la chose la plus concrète qui soit. Elle est toute la réalité. Elle est le dieu universel.

      Encore: Dieu est homme et l'homme est Dieu, mais tous les deux sont la vie qui combat et lutte pour atteindre l'amour.

      Dieu est même immanent à la volonté commune, à la démocratie. Concevoir Dieu comme la volonté commune, se manifestant dans les délibérations et les vertus des organisations sociales, et s'incarnant lui-même dans les institutions le rend concret et accessible.

      La perspective de l'évolution scientifique aidant, le Dieu immanent dans l'univers devient de plus en plus possible. Dans cette perspective ascendante, il est même possible que l'homme devienne lui-même Dieu. Le professeur William P. Montague de l'Université Columbia affirme:  La divinité pourrait ne jamais exister..., mais il ne serait pas impossible que des êtres finis l'atteignent un jour.»(A Materialistic Theory of Emergent Evolution)

      Alfred  North Whitehead dans son livre Religion in the Making affirme que Dieu fait organiquement partie du monde. Dieu est mêlé à chaque événement humain et n'est jamais totalement transcendant.

      Face à ces deux positions extrêmes, le sens commun réagit et essaie de trouver un juste milieu. Le déisme affirme que Dieu est transcendant au monde, mais il affirme aussi que le monde lui est totalement étranger. La panthéisme (théorie de l'immanence) affirme que Dieu est dans le monde et que le monde est en quelque sorte la réalité divine. Le monde est la condition de la réalisation de la divinité.

      Le déisme et le panthéisme ont chacun une part de vérité. Les deux pêchent par leur extrémisme et leur exclusion. Notre intention est de démontrer et de «prouver» la transcendance de Dieu comme solution à ces deux oppositions. La transcendance étant  dans notre esprit plus qu'une distinction qualitative. Elle est, selon nous, et selon la grande tradition philosophique, une véritable séparation et une réelle distinction entre Dieu et le monde. Distinguer Dieu du monde ne signifie que Dieu laisse le monde à l'abandon; distinguer Dieu du monde, c'est cesser de faire du monde, une appendice de Dieu, une condition de sa réalisation.
 

2. Évolution et transcendance divine

      Les arguments en faveur de la transcendance de Dieu sont multiples. Le premier, sans doute le plus facile et le plus connu de ces arguments, est celui de l'évolution ou du mouvement, si on se situe dans la perspective ancienne (position d'Aristote et de saint Thomas d'Aquin). Ni les sens ni la raison ne peuvent nier l'évidence du mouvement et son universalité.C'est un fait: le monde est en mouvement ou en évolution. Ce mouvement peut être substantiel ou accidentel, qualitatif ou quantitatif, local ou cosmique. C'est le point de départ  de la preuve de l'existence de Dieu pour la pensée aristotélicienne et pour la pensée thomiste. C'est aussi le point de départ de la pensée moderne. La position ancienne (celle d'Aristote) et la position moderne se recoupent et diffèrent en ce qui touche l'interprétation de cette évolution ou de ce mouvement.

      Les deux positions reconnaissent que deux conditions sont nécessaires pour toute évolution, locale ou cosmique. Premièrement, elles admettent que tout ce qui se meut (mouvement local ou cosmique) doit avoir été mis en mouvement par un autre; deuxièmement, elles reconnaissent que l'ultime cause de cette évolution est nécessairement transcendante ou extérieure à la série de choses évoluées.

      Tout ce qui se meut a été mis en mouvement par un autre.  Ce principe fort simple, est fondé sur un autre principe, que toute chose n'ayant pas en soi sa raison d'exister, doit l'avoir en quelqu'un d'autre. Trois lignes ne peuvent pas décider d'elles-mêmes de se constituer en une figure géométrique qui s'appelle le triangle. De plus, un triangle, bien que sa raison d'exister soit d'avoir trois côtés, n'a pas besoin d'être bleu. L'explication du bleu se trouve hors du triangle et n'ajoute rien à la raison d'exister du triangle. La raison d'exister du triangle est d'avoir trois côtés (son essence).  Il peut être rouge ou bleu sans changer en rien sa nature. Le triangle alors est tout simplement accidentellement de telle couleur.

      L'évolution ou le mouvement est donc le passage de la potentialité à la réalité. Le mouvement ou l'évolution est le passage d'un état indéterminé à un état déterminé. Prenons des exemples de la vie courante. Le bois bien cordé dans ma cave est en puissance de chauffer avant d'entrer en contact avec le feu. Le feu, en entrant en contact avec le bois, transforme cette puissance de chauffer en chaleur réelle. Le bois passe ainsi d'un état indéterminé à un état déterminé. Le feu donne au bois une nouvelle attribution qu'il était capable d'avoir puisqu'il est passé du bois cordé au bois enflammé.

      La relation entre les deux est celle de la potentialité à la réalité. Nier  maintenant  que cela nécessite une cause, reviendrait à dire que la même chose est à la fois le moteur et l'objet mis en mouvement. A la fois le déterminé et l'indéterminé. Cela constituerait une contradiction. Ce qui évolue n'est certainement pas encore ce qui sera. Ce qui évolue n'est pas absolument rien, car rien ne peut venir de rien. Si ce n'est pas ce que ce sera, et si ce n'est pas rien, il s'en suit que ce doit être quelque chose de possible.

      L'évolution ou le mouvement, est le passage de l'indétermination à la détermination. L'évolution ou le mouvement est le passage de la puissance à la réalité. Mais ce qui le fait passer d'un état de puissance à un état réel, DOIT ÊTRE RÉEL. Il y a des philosophes qui ont nié cela dans l'histoire de la pensée. Nier ce que nous venons de dire, c'est d'une part affirmer que le plus grand vient du plus petit. Nier ce que nous venons de dire, c'est affirmer que l'existence vient du néant. Ce qui est impossible ! Si nous comprenons bien ceci, nous comprendrons bien toute la problématique entourant la transcendance de Dieu.

      Plusieurs philosophes ont tenté au cours de l'histoire de s'écarter de ce que nous venons de dire au sujet de l'indétermination et de la détermination, du passage de la potentialité à la réalité. La première tentative de s'écarter de cet argument nous vient de ceux qui prônent le dynamisme universel, et qui affirment que TOUT EST MOUVEMENT et que «le mouvement n'a pas besoin d'une chose qui se meut». Cette philosophie du mouvement universel nie que les forces soient la fonction d'une chose et affirment que ces forces constituent la seule et unique réalité. Les choses ne sont pas en mouvement: elles sont le mouvement. Héraclite dans l'Antiquité affirmait cela. Bergson a pris le relais dans le monde contemporain.

      L'objection que les choses ne sont pas en mouvement, mais SONT le mouvement et qu'il n'existe en fait pas de choses évoluant mais uniquement une évolution est une construction de l'esprit. Cela choque le sens commun qui dit l'inverse. Personne n'osera dire en réfléchissant sur lui-même qu'il n'est plus le même qu'hier parce que d'hier à aujourd'hui, il a évolué, changé....Il est resté le même tout en étant différent. Il constate bien, à partir du sens commun, qu'il n'est pas pure indétermination. Pure potentialité. Il est celui qui supporte ce qui est possible et n'est pas encore. Il est ce qui est tout en admettant qu'il peut devenir autre chose sans anéantir ce qu'il est toujours.

      Le dynamisme universel - la théorie qui enseigne que tout est mouvement et que le mouvement n'a pas besoin d'une chose qui se meut - rencontre toute une difficulté alors lorsqu'il vient à expliquer la permanence de la conscience dans l'être humain. Si tout est mouvement, et que rien n'existe en dehors du mouvement, comment expliquer la stabilité de notre conscience personnelle, comment pouvons-nous fier à la réalité permanente de notre propre identité ? Nos pensées se multiplient, changent, se contredisent, s'affrontent, passent, mais notre personne ne passe pas avec elles. Pas plus que le lit d'une rivière ne passe avec les flots tumultueux qui y coulent.

      L'être humain se distingue de ses pensées. Il peut approuver ou désapprouver ses activités mentales. Il les considère souvent comme des événements passagers dans sa vie. Il distingue toujours entre le penseur et les pensées qu'il peut accepter ou rejeter. Une nouvelle idée ne fait pas un nouvel homme, pas plus qu'un nouvel habit ne fait pas un nouvel homme. Le sens commun admet qu'il y a quelque chose de permanent pendant un changement d'état mental.

      On le voit bien: le jour où la philosophie abandonne la distinction fondamentale entre le substantiel et l'accidentel, le jour où le philosophe se perd dans la philosophie de l'universel devenir, l'esprit humain perd sa rationalité. L'univers perd son ordre.

      Il semble donc qu'il est impossible d'avoir une évolution sans quelque chose qui évolue. Il est impossible d'avoir un changement s'il n'y a pas une permanence. On prend souvent la métaphore de la mélodie pour expliquer cette idée de permanence. Et je crois que cela est juste. La mélodie est une succession de sons harmonieux. Mais il ne faut jamais oublier que toute mélodie implique quelque chose de permanent qui retient les notes successives, et s'il n'avait rien pour les retenir, il n'y aurait jamais de mélodie.

      Le mouvement ou l'évolution est forcément l'attribut de quelque chose. Le mouvement implique un sujet auquel il se rattache. On ne peut confondre l'attribut du sujet et le sujet lui-même. Le faire, c'est aller contre le sens commun. Je crois que nous l'avons suffisamment démontré.

      Le dynamisme universel conduit à une autre difficulté sur laquelle nous devons nous arrêter quelque peu. Cette difficulté consiste dans l'explication du mouvement lui-même. Si rien n'est permanent, comment distinguer le point de départ et le point d'arrivée? Et sans cette distinction, comment expliquer le mouvement lui-même ? S'il n'existe rien dans de permanent dans le changement, comment expliquer que nous avons changé? S'il n'y a pas de point fixe, comment savoir si nous avons progressé ? Comment pourrions-nous parler d'espèces en évolution, sans savoir quelque chose sur l'état antérieur et sur l'état postérieur à cette évolution? Il n'y a qu'une façon de rendre le mouvement intelligible, c'est la potentialité. Celle n'est possible, que si nous parlons en même temps d'une possibilité de réalisation. Une potentialité qui restera toujours telle n'en serait pas une en définitive. Et s'il n'y a pas de substance durable, le changement n'est donc pas possible et si la substance n'est pas durable et qu'il n'y a que le changement, il n'y a plus d'être stable: il n'y a que des créations continuelles que nous ne pouvons jamais saisir. Et si nous ne sommes jamais l'être que nous sommes supposés d'être, à quoi sert de parler de morale ? L'acte posé  hier n'est plus sous ma responsabilité, car je ne suis déjà plus l'être que j'étais.

      Et ici plus que jamais, il faut bien se faire comprendre. Il faut bien se rappeler ici que  ni le mouvement ni l'évolution ne sont étudiées ici en fonction de l'immobilité de l'être qui n'est qu'un phénomène qui appartient à l'ordre sensible, mais en fonction de l'EXISTENCE, qui appartient à l'ordre intellectuel. La mécanique étudie le mouvement en fonction de l'immobilité. Comme nous sommes en métaphysique (en philosophie), il faut bien voir le mouvement en fonction de l'existence, que seule la philosophie bien appréhender. Et en ce sens, l'existence (le point de départ) a toujours plus de valeur pour la simple raison que ce qui est vaut plus  que ce qui n'est pas encore.

      Plusieurs (je le répète) rejette l'argument tiré du mouvement, parce qu'ils le croient fonder sur la métaphore spatiale d'une balle immobile à laquelle une force extérieure donne le mouvement. Au contraire, il faut dire que l'argument repose sur le principe que la réalité doit précéder la potentialité, qu'il doit exister une CAUSE, ou une SOURCE DU MOUVEMENT. Il faut donc faire taire ici notre imagination qui se représente le mouvement en termes de distance. L'intellect le présente toujours en terme d'actualité et de potentialité.

      Dans La Somme théologique, Ia, q.79, a.4. Saint Thomas résume bien tout le problème. Il vaut la peine que l'on cite tout le texte:

      ...Il est à remarquer qu'au-dessus de l'intelligence humaine, il est nécessaire de reconnaître un entendement supérieur qui donne à l'âme la faculté de comprendre. Car toujours ce qui existe par participation, ce qui est mobile et ce qui est imparfait présuppose comme antérieur à lui quelque chose qui est par essence ce qu'il est par participation, quelque chose d'immobile et de parfait. Or, l'âme humaine n'est intellective que parce qu'elle participe à une vertu intellectuelle. La preuve en est, qu'elle n'est pas totalement intellective, elle ne l'est que par quelques unes de ses parties. Ainsi, elle n'arrive à l'intelligence de la vérité que par la méthode discursive et par la voie d'argumentation. Elle a de plus une intelligence imparfaite parce qu'elle ne comprend pas tout et parce que dans les choses qu'elle comprend elle passe de la puissance à l'acte. Il faut donc qu'il y ait une intelligence supérieure à la sienne qui lui aide à comprendre...Mais en supposant que cet intellect soit réellement séparé, selon l'enseignement de notre foi, c'est Dieu lui-même qui est le créateur de l'âme et la seule béatitude comme il sera montré plus tard. (Ia, q.90, a.3; IIa, q.3,a.7 On le voit bien, le problème n'est pas d'apprendre combien de temps l'univers existe (l'astrophysique se charge de cette question....) mais d'expliquer l'existence de l'univers. Certains penseurs croient aujourd'hui que si le monde avait été créé récemment, il serait nécessaire sans doute d'expliquer ce monde par une cause divine. Puisque nous savons maintenant que le monde existe depuis plusieurs milliards d'années, on peut se passer de cette première cause, le temps étant devenu une cause par elle-même qui peut expliquer l'existence du monde.

      Ce raisonnement est basé sur l'efficacité causale du  temps. Il est certain que l'efficience des causes augmente avec le temps. Il ne m'est peut être pas possible d'écrire un livre en une semaine. Il est sans doute possible que je puisse le faire en un an ou deux. L'erreur dans ce raisonnement est qu'on considère le temps comme la cause et non l'ambiance de certaines causes ( plus disponible, plus de temps pour écrire, plus de temps pour faire de la recherche, plus de temps pour corriger les épreuves, etc.) On pourrait par exemple donner un million d'années à une poule pour écrire le même livre et celle-ci n'y arriverait jamais. Ceci est aussi vrai pour l'univers. Indépendamment du temps accordé aux causes mécaniques, il s'agit de savoir si elles sont capables ou non de produire par leur nature tel ou tel effet. Prétendre que le temps permet de dispenser d'une cause première, reviendrait à dire qu'un pinceau peindrait tout seul si le manche était assez long ou qu'un manivelle d'automobile suffisamment grande se transformerait en démarreur automatique.

      Le lièvre court vite. La tortue marche lentement. La philosophie ne se pose pas la question s'il est plus normal d'aller plus vite ou plus lentement. La philosophie se demande pourquoi les deux animaux avancent ! L'argument fondé sur le mouvement est aussi indépendant de la question de l'éternité du monde. Certains prétendent que si le monde était éternel, on pourrait alors facilement se passer de Dieu. Saint Thomas a soulevé cette objection au Moyen Âge.

      Le monde moderne (voir les découvertes des astrophysiciens du début du XXe siècle) rejette l'idée d'éternité du monde. Même si cependant le monde était «éternel»  (certains souhaiteraient que l'on utilise le mot«éternalité») il faudrait encore se demander si ce monde à une cause. L'élément temps doit toujours être vu distinct de l'élément causal. Même si le monde était «éternel» dans le temps, il faudrait encore  se demander  et donc  affirmer pourquoi il reste dépendant de quelqu'un pour son mouvement, son développement, sa direction.

      L'évolution (problème d'astrophysique) dit comment les choses ont eu lieu. La création explique pourquoi. La montre que j'ai à mon bras a été fabriquée par un bijoutier d'expérience. Si je rencontrais son auteur, sans doute qu'il pourrait me donner la manière, le comment de sa construction. Après avoir écouté comment il avait réussi à bâtir une telle merveille, je pourrais lui poser la question du pourquoi il l'avait faite. Il en est ainsi de l'univers. L'explication sur le comment  du monde ne répond pas la question de l'origine du monde. La science répond à la première question. La philosophie à la deuxième.
 

7 avril 2000
   

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