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Philosophie et rationalisme

"Nature and Nature's laws lay hid in Night
God said: Let Newton be ! And all was light. "

 

Pope

       Chaque époque est marquée par un esprit, une façon de penser qui atteint souvent toutes les disciplines du savoir. L'esprit du temps contredit souvent l'esprit antérieur et celui qui naît contredit celui auquel tout le monde se référait.

      L'esprit du temps marque souvent l'arrivée d'un nouvel idéal. Ce renouveau dans la pensée est habituellement appelé progrès. Ce qui est nouveau, ce qui est de «son temps, est jugé plus progressiste que tout ce qui a précédé. Ce qui est ancien, n'est plus dans l'esprit du temps et... est forcément anti-progressiste.  Le christianisme, par exemple, sera toujours jugé par bien des penseurs comme rétrograde, réactionnaire, obscurantiste, parce qu'il demeure toujours «en dehors de l'esprit du temps ». L'idéal de progrès, par contre, venu directement de l'esprit des Lumières, semble à l'homme moderne plus adapté, plus conforme à l'esprit du temps .

      Progresser, c'est changer, c'est muter, c'est  transformer, bondir, détruire et  reconstruire, etc. Ne pas progresser, c'est s'attacher à des idées anciennes, des valeurs  traditionnelles, c'est vivre l'esprit conservateur. Cette façon de voir apparaît dans l'histoire, à la fin du XVIIIe siècle avec l'esprit des Lumières. Nous étudierons aujourd'hui quelques éléments de cet esprit rationaliste et ses conséquences pour notre monde moderne. Forcément, nous ferons une courte critique de l'esprit rationaliste qui marque toujours la pensée de l'an 2000.

 

1. L'esprit du rationalisme

      Sir Isaac Newton, physicien, mathématicien et astronome anglais, né à Woolsthorpe (Lincolnshire) (1642-1727) donne une forme nouvelle au rationalisme cartésien. L'homme de science affirme qu'il existe un principe rationnel valable dans tout l'univers et ce principe doit forcément servir de juste base à toute la pensée humaine.

      Newton  s'applique donc à introduire la pensée mathématique dans l'esprit de son temps. Il  essaye de la mettre dans tous les autres domaines de la pensée. Il fait en sorte que tout ce qui est  «naturel» est aussi  synonyme de rationnel.  Dès 1687, il écrit  que son  plus grand idéal est de trouver une seule LOI UNIVERSELLE qui puisse expliquer toute chose en ce monde. L'univers ( y compris l'homme) doit être considéré comme un ensemble  uniforme, explicable par les lois de la mathématique. Tout devrait être expliqué par la science. Il s'agit tout simplement de trouver les lois, les lois communes et universelles, applicables à toutes choses.

      Newton pave ainsi la voie à une nouvelle méthode philosophique, donc à une «déformation» de la méthode philosophique elle-même,  laquelle  prime toujours dans la pensée contemporaine: la religion et la philosophie existent sans doute, mais elles doivent être soumises aux règles de la science.

      Dans son ouvrage Principes mathématiques de Philosophie naturelle, le mathématicien et physicien Newton énonce déjà un système philosophique fondé uniquement sur des principes mathématiques: On détermine, par les propositions mathématiques démontrées dans les deux premiers livres, les forces avec lesquelles les corps tendent vers le soleil et les planètes; après moi, à l'aide des mêmes propositions mathématiques, on déduit de ces forces les mouvements des planètes, des comètes, de la lune et de la mer. Il serait à désirer que les autres phénomènes que nous présente la nature pussent se dériver aussi heureusement des principes mathématiques: car plusieurs raisons me portent à soupçonner qu'ils dépendent tous de quelques forces dont les causes sont inconnues, et par lesquelles les particules des corps sont poussées les unes vers les autres, et s'unissent en figures régulières, ou sont repoussées et se fuient mutuellement; et c'est l'ignorance où l'on a été jusqu'ici de ces forces qui a empêché les philosophes de tenter l'explication de la nature avec succès. J'espère que les principes que j'ai posés dans cet ouvrage pourront être de quelque utilité à cette manière de philosopher, où à quelque autre plus véritable, si je n'ai pas touché le but.

 
      L'évidence est là: Newton propose une nouvelle façon de faire de la philosophie. Sa nouvelle méthode déductive va guider des générations de «nouveaux philosophes». Il  propose des règles qui vont déterminer l'esprit de la philosophie rationaliste: 1) il ne faut admettre de causes que celles qui sont nécessaires pour expliquer les phénomènes;) les effets du même genre doivent toujours être attribués ainsi, autant qu'il est possible, à la même cause; 3) les qualités des corps qui ne sont susceptibles ni d'augmentation ni de diminution, et qui appartiennent à tous les corps sur lesquelles on peut faire des expériences, doivent être considérés comme appartenant à tous les corps en général.

      La première règle demande de ne faire appel qu'aux causes naturelles pour expliquer la réalité; la deuxième affirme l'uniformité de la nature; la troisième hypothèse stipule  que ce qui est vrai pour une partie de l'univers l'est aussi pour l'ensemble de l'univers. Dans l'esprit du temps, seule la science explique  la réalité de l'univers. La réalité du monde ne  s'explique  que par les lois mathématiques, seules capables de rendre compte des phénomènes.

      Newton influença toute la pensée de son époque. A partir de lui, la religion et la philosophie prennent une toute autre direction. La science était à la recherche d'une loi qui puisse expliquer l'ensemble des phénomènes de l'univers. La religion et la philosophie, imprégnée de cet esprit nouveau, se mirent à chercher UN principe rationnel pour la philosophie et la religion, afin de pouvoir l'appliquer , comme Newton l'avait fait, dans le domaine scientifique. Plusieurs philosophes, hommes religieux proclamèrent qu'il fallait trouver une nouvelle religion, une nouvelle philosophie qui soient conformes à la nouvelle cosmologie découverte par les scientifiques. D'autres osèrent affirmer qu'il fallait même trouver une nouvelle éthique, une nouvelle métaphysique, pouvant s'accorder avec les nouvelles données de la science.

      L'influence des nouvelles données de la science appliquées au domaine de la religion et de la  philosophie est vérifiable. Arrêtons-nous à quelques exemples.

 

2. Rationalisme et religion

      Gottfried Wilhelm Leibnitz est sans doute le premier philosophe a avoir appliqué en Allemagne les principes du rationalisme issu de la démarche de Newton. Partant du principe que Dieu était le bien parfait et absolu, Celui-ci  ne pouvait concevoir un monde qui ne  soit pas fait autrement que celui qui est sorti de ses mains. Conclusion: le monde dans lequel  nous nous trouvons ne peut pas être meilleur que celui que Dieu a créé. Le monde est forcément le meilleur possible et il ne peut être d'une certaine  façon autre et différent de ce qu'il est.  Le monde ne peut pas être meilleur que ce qui est sorti des mains du Créateur. Donc, l'univers n'est  pas perfectible puisqu'il est parfait dans ce qu'il est, et ce faisant, il ne peut pas  être voué à un état plus parfait, comme  à un monde surnaturel, par exemple. Dans «l'esprit des lois rationalistes », le monde  est déjà fixé à jamais. Il ne peut devenir autre, parce qu'il est déjà dans un état de perfection.

      On le voit déjà, cette nouvelle façon de voir, en plus de conduire à la négation du monde surnaturel, détruit totalement l'idée de la Providence de Dieu. Tout ceci semble bénin aux yeux du profane, mais à celui qui y réfléchit bien, les conséquences de telles affirmations sont énormes.
 

      1. Si le monde, tel que sorti des mains du Créateur, est le meilleur possible, le plus parfait possible, rien ne peut donc l'améliorer, le «transformer» au sens chrétien du terme. Comment peut-on modifier, transformer, ce qui est déjà parfait dans l'ordre de la nature?  La raison refuse donc qu'on  ajoute quelque chose  qui conduirait à modifier une perfection déjà existante.. A quoi  pourrait donc servir l'ordre de la foi qui  présuppose que le monde dans lequel nous vivons n'est pas parfait et que le Créateur perfectionnera lorsque bon lui semblera ?   Le monde « parfait » dans lequel nous sommes est régi par des lois mécaniques que seule  la raison peut expliquer. Toute autre explication est  inutile et vient entraver l'ordre rationnel de l'univers. Le rationalisme pose donc les règles qui conduisent à l'élimination de tout ordre surnaturel.

      Pierre Bayle, philosophe français, (1647-1706) enivré par le pouvoir de la raison, niait aussi le surnaturel dans l'homme. Il méprisait le mystère, et il affirmait que la croyance au surnaturel était injurieux pour la raison, donc était absurde. Son choix ne souffrait pas de nuances: ou bien il fallait être rationaliste et abandonner le monde chrétien ou bien être chrétien et abandonner complètement la raison.

      Voltaire (1694-1778) est sans doute celui qui ridiculisa le plus le monde surnaturel chrétien. Dans son Dictionnaire philosophique, il ne craint pas d'écrire: « Je ne vous  demande que cinq ou six bons mots par jour (pour écraser l'Infâme);cela suffit; elle ne s'en relèvera pas. Riez,Démocrite; faites rire et les sages triompheront.»  Utilisant la bouffonnerie, la parodie plutôt que le raisonnement, il affirmait:« Un miracle est la violation des lois mathématiques, divines, immuables, éternelles. Par ce seul exposé le miracle est la contradiction dans les termes. Une loi ne peut être immuable et violée.»  Toute sa vie Voltaire se vanta d'avoir davantage fait pour la destruction du monde surnaturel et chrétien que certains réformateurs du XVe siècle:
J'ai fait plus en mon temps que Luther et Calvin.

 
      2.   La deuxième conséquence reliée à l'optimisme rationaliste est la négation de la Providence. Leibniz avait affirmé que le monde était le plus parfait possible et qu'il ne pouvait pas devenir plus que ce qu'il était et que toute explication hors de la raison n'avait donc pas sa raison d'être. Personne ne pouvait transformer et perfectionner ce qui était déjà parfait.

      Il semblait cependant y avoir une contradiction. Comment concilier le fait que le monde étant le plus parfait possible et ne pouvait pas l'être davantage, et le fait qu'il y avait dans ce monde «parfait» du mal, de la souffrance, de la misère, de la famine, de la guerre, de la destruction, de la torture, etc. ? Les rationalistes, petit à petit,  incapables d'expliquer cette difficile réalité, en conclurent à l'irrationalisme du monde, et forcément  à  l'inexistence de Dieu. Si Dieu existait et était parfait, comment aurait-il pu concevoir un monde qui ne le soit pas ? Si Dieu existait, il aurait inévitablement fait un monde parfait. Or, le monde ne l'était pas à partir de l'expérience commune. Donc, Dieu, ne pouvait exister.

      L'irréligion ne fut cependant pas athée dès le début du mouvement rationaliste. Newton prétendait que Dieu avait créé le monde et que s'Il intervenait dans ce monde, c'était uniquement pour réparer la machine qu'il avait lancée. La science, selon lui, progressant sans cesse, ferait en sorte que Dieu prendrait de moins en moins de place, et que la découverte des nouvelles lois scientifiques, permettraient de  l'éliminer à jamais.

      Selon le physicien, l'étude de l'univers nous fait bien connaître la Cause première du monde.  La philosophie a bien comme rôle de tirer «argument des phénomènes sans inventer des hypothèses, et de déduire les causes de leurs effets pour en arriver à Cause première qui n'est certainement pas mécanique».

      Newton était donc au début en accord avec les données philosophiques traditionnelles. Mais il fraya la voie au déisme lorsqu'il en vint à nier la Providence de Dieu. Selon la pensée traditionnelle chrétienne, non seulement Dieu créa le monde, mais il lui conserve la vie, qui est comme le prolongement de la Création divine. Dieu est non seulement le Créateur du monde, mais il est aussi sa Providence.

      Newton en arriva à penser que Dieu avait tout juste créé l'univers, l'avait jeté dans l'espace et dans le temps, qu'il lui avait donné une chiquenaude, l'avait « botté » dans l'espace comme disaient certains physiciens, et l'avait abandonné à son sort.  Dieu était le fabricateur du monde, le réparateur, en cas de besoin !

      Donc, selon Newton, Dieu est l'artisan du monde; il est le conservateur du cosmos. Il maintient le statu quo. Il n'y a rien de plus que ce qui est déjà là. Il n'y a plus de progrès dans le temps et encore moins, hors du temps. Il n'y a plus en Dieu de nouvelles activités créatrices. Dieu est  celui qui accomplit la maintenance de l'univers. Il est le grand plombier de l'univers, qui répare en attendant...tout ce qui se brise. Mais un jour, l'homme, connaissant toutes les lois de l'univers, (lois mathématiques) pourra aisément le remplacer. Chaque découverte scientifique est une raison de plus de se passer de Dieu. Tout progrès scientifique est une mutation, un remplacement. Progressivement, l'homme prendra la place de Dieu. Un jour, pas très lointain, l'homme prendra toute la place. Il pourra aisément se passer de Dieu.

      Ainsi donc la notion de Providence (Dieu qui soutient le monde dans l'existence), la croyance à un monde nouveau, (une nouvelle création à venir comme le mentionne la Bible)  s'estompe. Dieu est là en attendant. Bientôt, - ce temps est déjà là - l'homme vivra en s'en passant totalement.

      L'élimination de la notion de surnaturel et de Providence édifia progressivement une nouvelle religion basée uniquement sur des principes rationalistes, une religion basée sur les règles de la raison- la religion du déisme.

      John Locke, David Hume, comme beaucoup de leurs contemporains, se feront les propagandistes d'un nouveau principe universel comparable à la loi de la gravitation en physique. Christian Wolff tentera d'édifier une religion et une morale uniquement rationnelles. Il cherchera même à donner une forme mathématique à la preuve ontologique de l'existence de Dieu. Christophe Dawson résume bien la mentalité de l'époque. « Le déisme du XVIIIe siècle n'était que le fantôme, que l'ombre du christianisme, une abstraction mentale tirée de la réalité d'une religion historique et ne possédant aucune vie propre indépendante. Il contenait certaines conceptions fondamentales du christianisme: la croyance à un créateur bienfaisant, l'idée d'une Providence toute-puissante qui commande toute chose pour le mieux, et les principes généraux de la morale chrétienne, mais tout cela était dépouillé du surnaturel et classé dans le thème rationnel et utilitaire de la philosophie de l'époque. Ainsi, la loi morale était dépouillée de tous ses éléments ascétiques et supranaturels et ramenée à une philanthropie pratique, tandis que le règne de la Providence devenait une loi naturelle mécanique. Ce fut en particulier le cas de l'idée de progrès, car si la nouvelle philosophie n'admettait pas le surnaturel de l'eschatologie chrétienne, elle ne pouvait non plus se défaire de la conception théologique chrétienne de la vie. Et ainsi la croyance à la perfectibilité morale et au progrès indéfini de la race humaine prit la place de la foi chrétienne en une autre vie, comme but final des efforts des hommes. Cette idée est à l'origine de tout ce mouvement philosophique et elle fut formulée avec précision bien avant les Encyclopédistes. C'est d'ailleurs tout à fait en accord avec ce que j'ai dit  de l'origine de ce cercle d'idées que son promoteur ait été un prêtre, le premier de cette longue série d'ecclésiastiques sceptiques et réformateurs, tels Malby, Condillac, Morellet, Raynal et Sieyès, qui furent des représentants si caractéristiques de l'âge des Lumières. »  (Christopher Dawson, Progrès et religion, traduction française de Pierre Belperron, Plon.)

 

3. Rationalisme et politique

      L'esprit scientifique influença même le domaine  morale et politique de l'époque. La mathématique devait fournir les lois qui expliquent la nature physique de l'univers. Il devait forcément y avoir aussi une loi morale qui devait expliquer la conduite,  toute la vie sociale et humaine: il s'agissait de la découvrir. La nature pouvait s'expliquer par ses propres lois, sans référence au Créateur. La philosophie morale et sociale devaient aussi trouver ses propres lois sans référence à la théologie. A partir des  lois naturelles, la philosophie se mit à déduire les lois sociales et politiques

      Dans son Essai sur le gouvernement civil (1689) John Locke ne craint pas d'écrire ceci: Pour bien entendre en quoi consiste le pouvoir politique et connaître sa véritable origine, il faut considérer dans quel état tous les hommes sont naturellement. C'est un état de parfaite liberté, un état dans lequel, sans demander de permission à personne et sans dépendre de la volonté d'aucun homme, ils peuvent faire ce qui leur plaît, et disposer de ce qu'ils possèdent et de leurs personnes comme ils jugent à propos, pourvu qu'ils se tiennent dans les bornes de la loi de la nature...L'état de nature a la loi de la nature, qui le doit régler, et à laquelle chacun est obligé de se soumettre et d'obéir. La raison, qui est cette loi-là, enseigne à tous les hommes, s'ils veulent bien la consulter, qu'étant tous égaux et indépendants, nul ne doit nuire à un autre, au regard de sa vie, de sa santé, de sa liberté, de son bien.

      La société nouvelle n'est plus basée sur des fondements religieux, sur la défense des intérêts spirituels de la société, mais sur la sauvegarde des droits de la propriété privée, qui est «la raison pour laquelle les hommes se regroupent en société». Locke alla jusqu'à écrire que la révolution était justifiable, si un gouvernement ne respectait pas les droits individuels.

      Comme la loi de la gravitation découverte par Newton était universelle et applicable pour tous les corps,  les lois morales et sociales devaient référer uniquement à la nature,  la même dans tout l'univers,  et n'avaient que faire des fondements religieux traditionnels.  La politique et la morale doivent devenir quelque chose d'utilitaire (Bentham) et basées uniquement sur l'intérêt personnel.

      Le siècle de la raison devint vite le siècle de l'humanisme délié du Dieu révélé, de la confiance  en la Raison seule. En France, Helvétius devint rapidement convaincu que l'éducation pouvait à elle seule faire un royaume composé d'hommes sages et vertueux. Il suffisait de trouver de bons législateurs pour que naisse le bon citoyen. Le déisme anglais amené par Voltaire en France vint couronner le tout. «Le Dieu de la nature» avait fait son oeuvre: il était maintenant partout, dans la morale, la vie religieuse, la vie politique et surtout dans la Science.Les principes simples d'une théorie rationnelle pour un état ou un gouvernement furent réunis dans des codes constitutionnels, permettant aux hommes d'y trouver facilement la source et la substance de l'ordre social et politique. La nature universelle et immuable fut la base de ces codes; la liberté et l'égalité pour chaque individu furent les ordres impératifs dictés par la raison, porte-parole de la nature. (William A. Dunning, History of Political Theorie)

 

4. L'héritage du rationalisme

      Il n'est pas difficile de voir l'influence énorme du rationalisme dans le monde contemporain. Il n'est pas difficile de voir comment le rationalisme a détruit l'homme lui-même. Dans sa prétention à être plus que ce qu'il était, il en est venu à perdre la force de sa conscience qui était jadis sa propre gloire. A vouloir être plus que ce qu'il était, il a fini par ne plus être du tout.

      L'Homme posé avec tant d'orgueil n'a fait que supprimer Dieu qui lui donnait toute sa grandeur.Car une fois l'homme déclaré «mesure de toute chose», il n'y a plus ni VRAI, ni BIEN, ni JUSTE, mais seulement des opinions égales en droit, dont le conflit ne peut être tranché que par la force politique ou militaire: et chaque force triomphante intronise à son tour un VRAI, un BIEN, et un JUSTE qui dureront autant qu'elles. (Jouvenal, Du pouvoir, Paris, Hachette, 1972, p.259.)

      L'anthropocentrisme, né de l'aboutissement de l'orgueil cultivé par le Siècle des Lumières, ne pouvait que conduire l'homme à sa déchéance et à sa  propre misère. Pensant se grandir en se coupant de son origine, l'homme nouveau  n'a connu  en fait que sa perte, coupé de sa source profonde. L'homme contemporain sait  bien  qu'il n'est pas Dieu. Mais, il continue toujours à prétendre qu'il peut le devenir.

      Le Siècle des Lumières avait enseigné non pas que l'homme était maître après Dieu, mais qu'il était maître à la place de Dieu. L'homme contemporain continue toujours  dans cette voie: il a toujours le droit de poursuivre cette illusion. La liberté va jusque-là!

 

14 janvier 2000
   

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