Le
vouvoiement entre professeurs et étudiants revient à la
mode dans la région de Montréal. Le vouvoiement, selon
les directeurs d'école, permettrait d'éliminer la
violence verbale, l'impolitesse, et toutes les formes de familiarité.
Au
début des années 1970, la grande vertu de
l'étudiant et du professeur était le tutoiement. Le
professeur devint alors le copain de l'étudiant,
l'étudiant l'ami du professeur. Le bon Dieu lui-même
n'échappa pas à la mutation. Trente ans plus tard, le
vouvoiement est proposé comme une attitude qui devrait
favoriser « le respect des adultes et apprendre aux enfants
qu'il y a différents niveaux dans la société
(sic)». Virage à 180 degrés !
Les
directeurs d'école semblent maintenant croire que le retour au
vouvoiement entraînera inévitablement les
étudiants sur les chemins de la vertu. Les changements
linguistiques ne peuvent modifier en soi la conduite humaine. Aucune
morale ne propose la maîtrise de la langue comme initiatrice de
la vertu. Le bon langage n'efface pas la méchanceté du
coeur. Certains dictateurs vouvoient ceux qu'ils bombardent et
massacrent. «Un nazi poli, qu'est-ce que ça change au
nazisme ».On peut envoyer ch...quelqu'un en utilisant le
tutoiement ou le vouvoiement. On peut utiliser le vouvoiement devant
une personne pour la forme, tout utilisant, par l'intérieur,
la forme du tutoiement, pour le maudire de tout son coeur.
Le
vouvoiement ne conduira pas nécessairement à la vertu
pas plus qu'il ne fera disparaître le «joual» de la
bouche de nos étudiants. Ce qui me préoccupe toujours,
c'est que la langue française soit bien écrite et bien
parlée et il m'importe peu que ce soit dans le carrosse
doré du vouvoiement ou dans la calèche du tutoiement.
Ce que je sais aussi, c'est que la parole bien rendue ne pousse pas
nécessairement à l'acte vertueux.« La discipline -
la politesse - prépare à la vertu » (Aristote).
Pas plus. La politesse n'est que l'anti-chambre de la vie vertueuse.
Elle ne la remplace pas. Et on peut être poli en tutoyant ou en
vouvoyant quelqu'un. Le tutoiement et le vouvoiement sont liés
à la culture des peuples. La vertu morale est liée
à l'épanouissement de l'être humain. Qu'on me
permette de croire que je peux m'épanouir dans le tutoiement
ou le vouvoiement, de m'épanouir dans la formule de mon choix.
Quant au bon Dieu, il lui importe peu d'être tutoyé ou
vouvoyé: il parle latin !
20 novembre 1999