«La philosophie a cela d'utile, qu'elle sert à nous
consoler de son inutilité». Cette boutade m'inspire pour
répondre à une interrogation formulée autour de
moi sous différentes formes: à quoi sert la philosophie
? qu'est-ce que la philosophie ? Y a t-il une différence entre
philosophie et sagesse ? quand sait-on que l'on fait de la philosophie?
Je suis
allé revoir mes notes de collège- un petit retour en
arrière de 32 ans - pour répondre à cette
question. J'ai consulté également un certain nombre
d'ouvrages récents, publiés par certains professeurs de
niveau collégial. Il m'a semblé que ce que j'avais
appris au collège à la fin des années 60
était plus clair et plus précis que ce que je lisais
aujourd'hui dans ces livres, fort bien présentés, mais
qui me laissaient toujours sur mon appétit !
Ces
pages, mal dactylographiées, mal présentées
m'ont permis d'apprendre quelque chose que je ne retrouvais pas dans
certaines publications plus modernes, plus récentes. Je vous
les résume avec un brin de nostalgie...et sans mépris
pour ceux qui écrivent aujourd'hui sur le sens à donner
à la philosophie.
1. Étymologie
L'étymologie du mot philosophie permet d'avoir un aperçu
rapide de ce qu'est ce savoir particulier. Le mot vient du grec
philosophos, de philos, ami, et sophia, sagesse. La philosophie est
donc l'amour de la sagesse.
Le mot
sophia a eu comme sens primitif l'habileté manuelle dans un
art quelconque. Plus tard, il en vint à désigner
l'habileté dans les beaux-arts: musique, poésie. Enfin,
le mot sophia (sagesse) désigna le savoir en
général, avec bien entendu un caractère
d'excellence. La sagesse, à l'origine était donc
liée à l'habileté manuelle. Il était donc
normal de parler de la sagesse du cordonnier, du potier, du
flûtiste, du peintre, du sculpteur, puis de la sagesse du
mathématicien, du savant, de l'orateur, etc.
En latin,
le mot sagesse vient de sapientia, du verbe sapere , qui signifie
avoir le palais délicat, avoir du goût. Plus largement,
le mot fait référence à un être
connaisseur, à une personne qui peut bien juger en tout
domaine. On rejoint ainsi le concept grec de sagesse: un savoir
supérieur à la moyenne.
La
philosophie est donc l'amour ou la recherche d'un savoir
éminent, un savoir supérieur. La philosophie, c'est ce
qui donne du «goût » à l'existence humaine !
Ne pas en faire, ou en faire peu, c'est se condamner à avoir
une vie fade.
2. Origine du mot
La
tradition enseigne, selon les écrits de Cicéron
(Tusculanes, V, 3.8 ), que c'est Pythagore qui fut l'inventeur du
mot. Les premiers penseurs de la Grèce antique étaient
appelés sages ou sophistes. Les deux mots ont été
longtemps synonymes. Le sophiste ou le sage était l'homme qui
excellait dans un art, l'homme qui était savant.
Le mot
sophiste est victime ensuite d'une certaine dérive et devient
rapidement péjoratif. A Athènes, au Ve siècle,
le sophiste est un maître de rhétorique, celui qui
excelle dans l'art de persuader, en utilisant souvent des arguments
captieux. Le sophiste se vante de faire triompher n'importe quelle
thèse, présente la fausseté sous des visages de
vérité. Il corrompt ainsi l'esprit des jeunes et le
scandale des scandales, se fait payer par l'État, pour
colporter ses erreurs.
Pythagore
n'osa pas se faire appeler sage ou sophiste. Plus humble et plus
modeste, il ne voulut se faire appeler qu'ami ou amant de la sagesse.
3. Sens du mot philosophie
L'étymologie et l'origine du mot nous permettent d'avoir une
idée générale de ce qu'est la philosophie.
Dépassant l'histoire du mot et ses racines grecques ou
latines, il faut maintenant essayer de définir plus
précisément ce qu'elle est.
La
tâche est ardue. Il semble, qu'il y a présentement
autant de définitions de la philosophie, qu'il y a de
professeurs de philosophie. Il n'est pas facile de s'entendre sur
cette question. La consultation d'un bonne quinzaine d'ouvrages
récents, publiés par les professeurs de philosophie
enseignant dans les collèges du Québec, m'a convaincu
de l'impossibilité d'en arriver à une définition
commune. Et pourtant, si on revenait à l'étymologie du
terme, à ses origines grecques et latines, il me semble que
cela pourrait être relativement facile.
La
philosophie, dans la grande tradition aristotélicienne,
c'était la totalité du savoir rationnel. La
philosophie, c'était la réflexion rationnelle sur tout
ce qui touchait la vie humaine. La sagesse consistait à
réfléchir sur tout le savoir humain: physique,
mathématiques, etc. Le savoir des savoirs était
évidemment le savoir qui débouchait sur la
réflexion métaphysique, ou philosophie première.
La sagesse acquise était donc cette connaissance acquise par
les seules lumières de la raison naturelle, et celle-ci
incluait tout le savoir humain.
Cette
conception de la philosophie s'est maintenue jusqu'au Moyen Âge.
La Renaissance, avec le développement des sciences, a fait en
sorte que les sciences, développées et
diversifiées à l'infini, se sont séparées
du savoir philosophique. Cette scission se maintient encore de nos
jours. L'opposition est toujours là. On oppose toujours les
sciences dites exactes ou expérimentales avec la philosophie,
de telle façon, que la philosophie n'est plus tellement vue
comme une science... Elle est vue, tout au plus, comme un verbiage
sans consistance, un discours qui ne mène nulle part.
L'enseignement de la philosophie est même périodiquement
remis en question dans les collèges et, qui plus est, le
fossé s'élargit constamment entre les
«scientifiques» et les «philosophes». Personne
n'oserait dire aujourd'hui, comme on le faisait jadis, que le
professeur de mathématiques est un sage. Ce serait l'insulte
suprême, si on affublait le chimiste, le physicien, du nom de «philosophe».
Dans la
mentalité actuelle, le philosophe n'est pas sérieux. Il
est vu souvent comme un «pelleteux» de nuages! Comme les
philosophes ne s'entendent plus entre eux sur la définition de
leur propre savoir, il ne saurait être question qu'on les
prenne pour des gens rigoureux, de véritables
«scientifiques». Le désintéressant des jeunes
face à la classe de philosophie est fort révélateur.
Pour moi,
qui a été formé à l'école dite
traditionnelle, la philosophie demeure la science de toutes choses,
par les premiers principes, à la lumière de la raison.
La philosophie est la recherche d'une explication de l'univers, y
compris l'homme, par les causes, les principes ou les raisons
dernières, c'est-à-dire des causes au-delà
desquelles on ne peut pas remonter.
Le Moyen
Âge ne craignait pas de dire que la sagesse ou la philosophie
remonte jusqu'aux causes premières, aux causes ultimes. La
science - dite exacte ou expérimentale- s'arrête aux
causes secondes. La philosophie, en s'appuyant parfois sur les causes
secondes, livre un savoir qui se fonde finalement que sur les causes
ultimes ou dernières.
La
définition de la philosophie que je jugerais satisfaisante
serait donc celle-ci: la philosophie est la connaissance de toutes
choses, par leurs raisons dernières, acquises à la
seule lumière de la raison naturelle. L'univers est donc
l'objet matériel de la connaissance philosophique; les causes
suprêmes constituent son objet formel. La philosophie
s'intéresse à tout ce qui est, s'interroge sur tout ce
qui se passe dans l'univers ,tout ce qui est compréhensible,
par les causes suprêmes.
Cette
façon de voir les choses me paraît valable pour tous les
courants philosophiques. Il y a, sans doute, de grandes divergences
sur la nature des principes dans l'histoire de la philosophie. Le
marxisme pense que le cause suprême est la matière.
Hegel affirme que la cause suprême se trouve dans l'Esprit.
Pour Spinoza, c'est la Substance. Pour Aristote, la cause ultime est
l'Acte pur. Pour Platon, c'est le monde des Idées. Pour Thomas
d'Aquin, la sagesse suprême culmine en un Dieu créateur.
Les
philosophies matérialistes, idéalistes ou
panthéistes cherchent toutes à expliquer l'univers par
les causes suprêmes. Elles peuvent diverger sur ce qu'est cette
cause ultime, mais toutes y réfèrent. Au fond, il n'y a
sans doute que les sceptiques qui sont incapables d'accepter la
définition proposée. Leur sagesse consiste dans le
doute. Le doute ne permet pas de définir, car il ne permet
jamais dire que ce qui est, est vraiment ce qui...est !
Il reste
que l'on pourrait même questionner les partisans du scepticisme
qui enseignent sans cesse les raisons de douter dans tout ce qui
touche l'existence humaine. Comme les sceptiques ramènent
habituellement leurs raisons de douter à quelques chefs
principaux, il est permis de croire, que sans s'en rendre compte, ils
cherchent eux aussi, les raisons dernières... de tout mettre
en doute !
4. Description de la sagesse
C'est
dans un ouvrage qui a fait les délices de ma vie
intellectuelle, alors que je franchissais le cap de mes 18 ans, que
je trouve la meilleure description de la philosophie. Je retourne
donc volontairement à un vieux livre, un peu jauni, un texte
de Roger Verneaux (Introduction générale et Logique)
que j'utilisais avec joie à la fin de mon cours à
l'École normale. ( Note: Pour ceux qui ont perdu quelques
notions de l'histoire, le Québec de jadis, formait ses
enseignants et ses enseignantes dans des Écoles appelées
« École normale », c'est-à-dire des
écoles spécialisées où étaient
enseignées les normes, les règles à suivre pour
devenir un excellent enseignant ou enseignante. Il faudrait les
restaurer. ).
Aristote
a formellement défini la sagesse au livre VI de
l'Éthique à Nicomaque ( voir édition Vrin, 1959,
p.259 et suivantes). La Métaphysique ( livre K ) reprend en
quelque sorte les mêmes idées et la majorité des
auteurs du Moyen Âge se sont inspirés de ces grands
textes malheureusement trop méconnus.
La
sagesse est un habitus ( je n'écris pas habitude ),
c'est-à-dire une disposition de l'esprit, une vertu
intellectuelle. L'habitus peut être inné ou acquis par
l'exercice. L'habitus se définit par son acte et l'acte
à son tour est défini par son objet.
Selon les
philosophes du XIIIe siècle, il y a cinq grandes vertus
intellectuelles fondamentales. Ces vertus portent le nom de sagesse,
d'intelligence, de science, d'art et de prudence. Les philosophes de
cette grande époque, beaucoup moins noire qu'on ne le dit ou
qu'on le laisse croire, divisent ensuite ces cinq vertus en deux
groupes principaux: intelligence, science et sagesse concernent la
fonction spéculative de l'esprit, ou si l'on veut, l'intellect
spéculatif. Ces vertus perfectionnent l'esprit en tant qu'il
connaît simplement. Art et prudence concernent la fonction
pratique de l'esprit. Art et prudence perfectionnent l'esprit humain,
en tant qu'il dirige l'activité de l'homme.
L'intelligence (comme habitus, non pas comme faculté) est la
connaissance des premiers principes de la démonstration,
principes qui sont indémontrables, et qui n'ont d'ailleurs pas
besoin de démonstration parce qu'ils sont évidents. En
ce sens, l'intelligence est la connaissance des vérités
évidentes. La science est la connaissance des conclusions de
la démonstration, ou la connaissance des vérités
démontrées. La sagesse est la considération des
causes premières. L'art ( ou encore la technique ) est
l'application de la raison à la fabrication des objets. La
prudence est l'application de la raison à la direction des
actes humains dont le siège est dans la volonté. (Roger
Verneaux, Introduction générale et Logique, p. 14).
Regardons
la vertu intellectuelle qui nous préoccupe le plus pour le
moment, à savoir la sagesse. Le caractère fondamental
de la sagesse est le suivant: la sagesse est toujours à la
recherche de la raison ultime, la raison dernière des choses.
La sagesse remonte jusqu'à la cause finale de tout être
et de toutes choses.
Cette
définition de la sagesse implique que la sagesse est
THÉORIQUE ou SPÉCULATIVE. La fin de la sagesse est la
contemplation des causes premières. En soi, elle ne vise
aucune application pratique. Elle n'a, il va de soi, AUCUNE
UTILITÉ. Elle est absolument
désintéressée. En ce sens, la boutade que j'ai
lancée au début de cette petite réflexion est
justifiée. La philosophie est absolument inutile. Elle n'est
que nécessaire. La sagesse apporte cependant une grande joie -
la joie de connaître - à tous ceux qui s'y livrent.
Aristote y voyait là le souverain bien de l'homme.
Il
important de faire toutes ses distinctions. La sagesse, ainsi
définie, est donc différentes des sciences
particulières. Les sciences exactes ou expérimentales
ne portent que sur un domaine limité. Elles ne remontent
jamais au-delà des causes secondes. Elle explique un
phénomène par un autre phénomène. La
science exacte s'abstient forcément de sortir de son champ
d'investigation qui est celui de l'expérimental et du
calculable. Il y a donc une différence d'ordre entre les
sciences exactes ou expérimentales et la sagesse, science de
toutes choses, par les premiers principes, à la lumière
de la raison.
Il est
aisé de tirer quelques conséquences de ces
précisions. La première, fort importante, est que
l'explication scientifique d'un fait n'entame pas son explication
philosophique. La philosophie ne peut pas être la
synthèse des vérités acquises par les sciences
exactes (comme le voulait ou le croyait Auguste Comte),ou encore le
prolongement d'une science particulière par des
hypothèses invérifiables (Teilhard de Chardin). La
compilation des données scientifiques ne nous fait pas passer
dans le domaine philosophique. Le prolongement des sciences exactes
dans la philosophie conduit au mythe, parfois à la poésie!
L'inverse
est aussi vrai. L'explication philosophique ne peut jamais entamer
l'explication scientifique. Aux yeux du savant, l'explication
philosophique est sans valeur. Et il a raison. Par contre, il n'y a
pas non plus pire «scientifique» que celui qui se
transforme en «philosophe», tout en utilisant les
méthodes particulière de sa science.
L'un peut
«se transformer» en l'autre, mais en n'oubliant jamais que
passer de la philosophie à la science exacte, c'est passer
à un autre ordre du savoir,et que la méthode de l'une
ne s'applique pas à la méthode de l'autre. L'objet de
la philosophie est toujours les causes premières ou ultimes;
l'objet de la science est toujours les causes secondes. Oublier cela,
c'est nuire à la fois à la science et à la philosophie.
Le fait
que les sciences exactes et la philosophie ne soient pas du même
ordre de savoir, m'amène à tirer cette deuxième
conséquence. Il est absolument vain de vouloir introduire en
philosophie la méthode d'une science particulière, sous
prétexte qu'elle a fort bien réussi en science exacte.
Descartes l'a fait en considérant la mathématique comme
la science-type. Kant l'a fait avec la physique de Newton. Comte l'a
fait avec la sociologie, Bergson avec la psychologie
d'introspection,et Brunschvicg en modelant la philosophie sur la
physique-mathématique. La tentative moderne de
renouvelée le discours philosophique, en le modelant sur le
discours des sciences exactes, ne sera jamais valable, pour les
raisons que nous avons données antérieurement.
La
sagesse transcende les sciences expérimentales. Elle ne nie
pas l'ordre dans lesquelles celles-ci évoluent. Elle respecte
ce que les sciences réalisent dans leur domaine, elle s'appuie
parfois sur leurs découvertes, mais ne transpose jamais leurs
procédés dans l'ordre philosophique.
La voie
de la sagesse n'est pas celle des sciences exactes. A chaque fois que
le philosophe tente de jouer au «scientifique» (le terme
est pris au sens de science exacte) pour appuyer ses propos, il erre
de quelque façon, puisqu'il choisit une voie qui le mène
hors de son champ de compétence. Il détourne le
discours philosophique de son objet même, qui est celui de la
recherche de la vérité par les causes ultimes, ou par
les causes premières. La philosophie ne méprise pas la
science, ne rejette pas les conclusions du savant. La philosophie les
accepte pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire des conclusions
acceptables, certaines, mais parfois provisoires. Il ne transpose
jamais les façons de faire du savant dans l'ordre qui le préoccupe.
5. Sapientia considerat causas primas
La notion
de sagesse est analogique. La sagesse comporte des degrés et
donc, elle peut être plus ou moins parfaite. Les auteurs du
Moyen âge parlent des sagesses relatives et de la sagesse pure
et simple.
Les
sagesses relatives considèrent les causes suprêmes dans
un domaine déterminé, comme la nature ou la vie
humaine. La seconde (la sagesse pure et simple) considère les
causes absolument premières et donc absolument universelles.
La sagesse pure ou simple ou la sagesse première peut
être assimilée à la métaphysique, à
la cause absolument première de tout l'univers qui est Dieu.
Aristote voyait juste lorsqu'il plaçait le souverain bien de
l'homme dans la sagesse, la contemplation de l'Acte Pur.
La
sagesse pure et simple (la métaphysique) n'est cependant
pas... simple du tout. Elle est même fort complexe. Elle est,
en dernier essor, la contemplation de la cause suprême de
l'univers. La sagesse première comporte d'abord une part
d'intelligence, en tant que celle-ci saisit, formule et défend
les principes premiers et évidents, qui commandent toute
espèce de démonstration. Ces principes premiers sont
connus. Ce sont les principes d'identité et de contradiction.
La
sagesse pure et simple (la métaphysique) comporte aussi une
part de science, parce qu'elle démontre certaines
vérités. Car les causes premières ne sont pas
évidentes. Dieu, par exemple, n'est pas évident. Il
n'est pas évident quant à son existence et quant
à sa nature. Il faut donc, avant d'arriver à le
contempler, passer par un certain nombre de raisonnements.
Bref, si
on voulait être juste et tout à fait formel, on devrait
dire, que seule la contemplation de Dieu est sagesse. Et que toutes
les démarches de la raison préparent et suivent cette
contemplation. Régis Jolivet a sans doute raison
d'écrire:« Au fond de toutes les inquiétudes de
l'homme et de toutes les spéculations des philosophes, il n'y
a peut-être qu'un problème, qui est le problème
de Dieu. Dieu existe-t-il et, s'il existe, quelle est sa nature.»
(Jolivet, Le Dieu des philosophes et des savants, p.7).
6. Sapientis est ordinare
Le sage
connaît les causes premières. Parce qu'il connaît
les causes ultimes, le philosophe est capable d'ordonner. C'est
même la propriété principale de la sagesse.
Le lien
entre les deux est facile à faire en ce qui concerne la
conduite humaine. Car parmi les causes, la principale est la cause
finale ou la fin poursuivie. Seul celui qui connaît la fin
dernière de l'univers et de l'homme est capable de diriger ses
actes en vue de son épanouissement personnel.
L'idée peut sembler moins claire en ce qui concerne
l'activité spéculative de l'homme, c'est-à-dire
les sciences. Pourtant, lorsqu'on y pense bien, la sagesse est comme
la tête, le chef, de toutes les sciences particulières.
La sagesse dirige et juge toutes les connaissances,
particulièrement les connaissances issues des sciences exactes.
La
sagesse, si elle joue bien son rôle, ne viendra jamais
s'immiscer dans la recherche scientifique. Le faire, serait
s'abaisser. Elle perdrait ainsi rapidement son caractère de
sagesse. Si l'on dit qu'elle «dirige » l'activité
scientifique, c'est parce qu'elle pose les principes que toutes
sciences supposent. Limitons-nous à l'exemple du principe de
contradiction. Toutes les sciences exactes l'utilisent constamment,
mais aucune s'arrête pour y réfléchir. Seule, la
sagesse le prend pour objet, l'explique, le juge et surtout le défend.
De plus,
la sagesse juge les sciences, non seulement quant à leurs
principes, mais encore quant à leurs conclusions. Il arrive
parfois qu'une conclusion scientifique soit en opposition avec une
vérité philosophique. Si cela arrive ou arrivait, le
sage ne devrait pas craindre de la déclarer fausse et irrecevable.
Un
exemple courant. Au nom de la science, certains
«philosophes» (???) arrivent à nier l'existence de
l'âme spirituelle et immortelle. Au nom de la science, certains
«philosophes» (???) arrivent à nier l'existence de
Dieu. Le philosophe ne doit pas craindre de montrer que la nature des
sciences expérimentales interdit de tirer de telles
conclusions, justement parce que leur point de vue et leur
méthode ne peuvent et ne conduiront jamais à prouver
quelque chose qui est en dehors de leur champ de compétence.
Ce n'est pas au laboratoire de physique ou de chimie qu'on arrivera
à prouver ou pas l'existence de Dieu, à prouver
l'existence de l'âme humaine spirituelle et immortelle.
De plus,
la philosophie - et c'est son droit absolu -peut déclarer
fausse une conduite scientifique qui contredit une des ses
vérités. Mais elle n'est pas en mesure non plus
déclarer vraie une conclusion scientifique qui ne contredit
pas sa vérité. Les conclusions des scientifiques sont
vraies dans l'ordre qu'ils s'imposent. Les conclusions philosophiques
sont tout aussi vraies dans leur ordre propre. Il ne faut jamais
mélanger les ordres, les points de vue et les méthodes utilisées.
7. Définition finale
La
philosophie est la science de toutes choses, par les premiers
principes, sous la lumière de la raison. C'est la
définition que j'ai apprise lorsque j'étais à
l'École normale en 1958, alors âgé de 18 ans. Il
me semble, aujourd'hui, encore et toujours, que c'est la
définition la meilleure et la plus complète.
Les
définitions de la philosophie abondent. J'en ai
déniché une nouvelle quelques années avant de
terminer ma carrière d'enseignant, qui rejoignait sensiblement
celle que j'avais apprise dans ma vie de jeune homme. Je vous la
donne en conclusion.
La
philosophie, c'est l'intelligence s'exerçant à partir
de la réalité donnée, sur un certain nombre de
problèmes, qui ne relèvent pas des sciences
expérimentales, mais qui cependant relèvent de l'ordre
de la raison.
Cette
définition est l'une des meilleures que je connaisse, mise
à part celle que j'ai apprise dans ma jeunesse. Mais je
préfère toujours celle que j'ai mémorisée
alors que je me préparais à devenir jeune enseignant.
Plus concise, elle disait tout. La philosophie, est la
réflexion sur toutes choses. La philosophie
réfère toujours aux causes premières ou ultimes.
La philosophie, répond toujours à partir de la
lumière de la raison naturelle. Bref, le sage doit donc non
seulement connaître les conclusions découlant des
principes, mais encore posséder la vérité sur
les principes eux- mêmes. Salut vieil Aristote !
18 décembre 1999