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Faut-il
abolir la religion dans les écoles ?
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« Nous avons tout juste
assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer
les uns les autres. » |
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Instructions aux domestiques
Jonathan SWIFT |
Les
terriens ont toujours été divisés sur trois
sujets importants: la politique, le sexe et la religion.
La
politique nous divise plus que jamais. Les politiciens ne parlent
plus de l'essentiel, c'est-à-dire, du but poursuivi par la vie
en société, qui est la recherche du bien commun.
Celui-ci demeure toujours premier parce que le bien particulier ne
peut être atteint que si le bien commun l'a d'abord
été. Marc-Aurèle disait que:«Ce qui n'est
pas utile à l'essaim n'est pas utile à l'abeille non
plus». Personne ne peut atteindre son bien particulier s'il n'a
d'abord coopéré au bien de tous. «Le bien de la
partie est impossible sans le bien du tout». Les politiciens ne
parlent jamais de cela. Et c'est pour cela que ça va mal et
que ça va de plus en plus mal !
Le
sexe divise tout autant les personnes que les groupes. Il ne sert
à rien de « s'étendre sur le sujet» car
chacun a sa petite réponse aux multiples problèmes que
suscitent «ce petit animal dans le gros animal». Il semble
bien que ce n'est pas la multiplication des partenaires qui va
réussir à le calmer. L'histoire est là pour le
prouver. Les livres abondent sur le sexe. Les films et les
vidéos aussi. Les émissions de télé se
multiplient de saison en saison. Et pourtant, personne ne règle
rien. Et si on parlait de... l'amour !
La
religion divise tout autant notre pauvre humanité. Au
Québec, le Dieu de notre enfance, -qui était, il faut
le dire, le vrai, puisqu'il référait au Dieu
Créateur- a été remplacé par la multitude
des divinités panthéistes qui fleurissent dans le
paysage religieux de la belle province. Dieu est mort ! Alors vive
Dieu...et je le suis !
Le
Créateur - celui qui est l'Être qui me donne aujourd'hui
d'être par grâce et qui me donnera un jour d'être
éternellement - n'existe plus. Il n'y que le MOI narcissique
qui s'auto-proclame divin et qui vaut bien celui qui le côtoie.
Puisque chacun est divin, l'expérience du Dieu créateur
doit être aboli et tout particulièrement dans les
milieux scolaires ? Logiquement, cette réalité doit
disparaître de nos vies, puisque chacun a pris la place de la
divinité créatrice.
Le
débat sur la place de la religion à l'école est
entièrement là: si le Créateur existe, - Celui
qui est l'Être, celui qui n'a pas besoin d'autres êtres
pour Être et qui me donne l'être par un don gratuit de sa
part - il faut donc en parler et en parler encore et en parler
toujours. Mais si le Créateur n'existe pas - si je n'ai pas
besoin d'aucun Être pour recevoir l'être que je suis ici
et l'être au-delà de cette vie- pourquoi obliger des
gens à parler de cet Être qui n'existe pas, pourquoi
imposer aux autres une réalité qui n'est qu'une
illusion, un fruit de l'imagination collective?
Laissons
à chacun le soin d'inventer son Dieu (s'il en veut un), son
Dieu-à-la-carte, son Dieu-guimauve, son Dieu passe-partout..
Il y aura ainsi autant de dieux qu'il y aura d'hommes qui ont besoin
de s'en inventer un pour vivre ! Et le tour sera joué. Plus
personne ne parlera du Dieu créateur du ciel et de la terre,
des choses visibles et invisibles ! Ce sera la transcendance dans
l'immanence pour paraphraser Luc Ferry.
La
place de la religion dans l'école est en train de nous diviser
une fois de plus, parce que nous n'avons pas le courage de nous poser
la question fondamentale. Au lieu de dire: devrait-on sortir la
religion des écoles? on devrait plutôt dire: Dieu,
unique Créateur, existe-t-il ? et par voie de
conséquence: la dimension religieuse est-elle une dimension
constitutive de l'être humain?
Il
y a deux réponses possibles à la question posée.
Ou bien Dieu existe, et la dimension religieuse est une dimension
constitutive de l'être humain ou bien Dieu n'existe pas et,
forcément, la dimension religieuse est une illusion, un faux
sentiment, une dimension non constitutive de l'être humain.
Abordons les deux possibilités.
1. Dieu n'existe pas
« Encore quelques
années, et nous aurons découvert le secret de
l'univers». (Renan)
Beaucoup
de philosophes ont affirmé la non-existence de Dieu. De
Démocrite jusqu'à Jean Rostand, en passant par
Eugène Ionesco, Roger Garaudy, Alfred Kastler, François
Jacob, Edgar Morin, Jean-Paul Sartre, et tant d'autres, la
négation de Dieu a été constante. La lecture de
George Minois, Histoire de l'athéisme, Fayard, 1998, 671
pages, vous en convaincra.
Tous
ces gens affirment que les religions - tout particulièrement
le christianisme- sont une grande illusion et qu'elles sont
condamnées à disparaître. L'humanité peut
résoudre tous ses problèmes grâce à sa
puissance technologique - peut vivre sans référentiel.
Elle peut conduire sa barque toute seule. L'humanité est
seule, maître de son destin.
Alors,
si le «NON» l'emporte, il faut être logique et en
finir avec Dieu à tout jamais. Il faut cesser de parler - et
pas seulement à l'école - d'un être qui n'existe
pas, d'un être qui n'a d'existence que dans notre imagination.
Il faut se délivrer de ce Dieu-fantôme qui diminue notre
potentiel humain, qui empêche l'homme d'atteindre sa
complète maturité, sa totale libération.
Autrement
dit, si Dieu n'existe pas et si la dimension religieuse n'existe
pas, il faut être logique et ne pas en parler du tout.
L'école doit cesser d'en parler, la société doit
cesser d'en parler, les églises doivent cesser d'en parler. Il
faut garder à tout jamais silence sur une «
réalité » qui n'en est pas une.
Logiquement,
il faut détruire tout sur cette planète qui fait
référence à une quelconque divinité. Il
faut commencer par les temples religieux de toutes les
confessionalités: les églises chrétiennes, les
synagogues juives, les mosquées musulmanes,- comme celle qui
vient d'être terminée à Casablanca au coût
astronomique de plus d'un milliard de dollars- les milliers de
temples hindous qui se trouvent en Inde, etc .
Il
faut enlever tous les signes et les symboles qui nous font penser au
monde religieux: croix des chemins, statues, chapelets, images,
icônes, etc... Il faut entrer dans les bibliothèques et
les vider de leur contenu religieux. Il faut détruire les
monastères et les hauts lieux de spiritualité,- comme
le mont Athos, les Météores- et il faut abolir tous les
lieux de pèlerinages chrétiens, hindous et musulmans.
Il
faut entrer dans les musées et détruire la presque
totalité des tableaux de Florence, de Rome, de Paris, de
Venise, de Vienne, de Salzbourg, de Jérusalem, de Londres et
j'en passe. Il faut faire disparaître le Vatican, la Mecque,
l'Acropole d'Athènes, le site de Delphes, ne plus parler de
Raphaël, de Rembrandt, de Léonard de Vinci, de Michel-
Ange, des sculptures de Phidias, de Polyclète le Jeune, qui
nous livrent, à travers la beauté des corps, la
grandeur des dieux de l'Olympe.
Il
faut brûler presque toute l'oeuvre musicale de Bach, de Mozart,
de Berlioz, de Tchaïkovski, de Beethoven et de tant d'autres. Il
faut détruire presque la totalité du patrimoine
artistique du Québec, reflet de la foi de nos ancêtres.
Il faut faire de ce monde un monde froid, sans art, sans
architecture, sans sculpture, sans peinture, sans basilique, sans
temple, sans icône, sans mosaïque, sans musique, sans
chant, sans littérature, sans poésie, sans danse...
L'homme
est animal comme les autres. Il n'y a pas en lui de différence
de nature. Tout au plus, une différence de degré.
«Tous des bêtes», quoi ! et rien de plus. L'homme est
un animal, parmi tant d'autres...La religion est une grande
fumisterie. Dieu n'existe pas. L'école ne doit donc
transmettre que les réalités qui font vivre l'Homme.
L'homme n'est lui-même que lorsqu'il ne réfère
pas à Dieu.
2. Dieu existe
«
Dieu est Dieu, nom de Dieu » (Maurice Clavel)
Beaucoup
de philosophes ont affirmé l'existence de Dieu. D'Aristote
jusqu'à Jean Guitton, en passant par Platon, Augustin, Thomas
d'Aquin, Maritain, Françoise Dolto, Pierre Chaunu, André
Frossard, Pierre Emmanuel, Maurice Clavel, Sertillanges, Garrigou-Lagrange,
et j'en passe, tous ont affirmé un OUI sans retour. OUI, Dieu
existe et l'homme est capable, par sa raison, d'arriver à
cette conclusion.
La
lecture de Henri de Lubac, Sur les chemins de Dieu, Aubier, 1955, 350
pages, vous en convaincra. Régis Jolivet, Le Dieu des
philosophes et des savants, Fayard, 1956, 126 pages, en fera tout autant.
Mais
il faut prendre le temps. Il faut prendre le temps, car là,
plus qu'ailleurs, il faut bien raisonner et prendre le temps de
vérifier si on l'a bien fait. Beaucoup de gens n'arrivent pas
à conclure sur le problème de l'existence de Dieu,
parce qu'ils raisonnent de travers ou tirent des conclusions à
partir de prémisses fausses. De plus, la preuve de l'existence
de Dieu ne doit pas être tirée par la voie de
l'expérience immédiate ou médiate. Il n'y a pas
de preuve et il n'y en aura jamais au sens premier de ce mot (preuve
par la voie de l'expérience). Dieu n'est pas un objet ou une
chose et aucune expérience de type scientifique,
c'est-à-dire se ramenant à une constatation, n'est
possible ici. Dieu, s'il est, ne tombe pas sous le coup de nos sens.
Si
donc, il y a une preuve de l'existence de Dieu, elle ne pourra venir
que par la voie rationnelle ou celle que prendra un raisonnement ou
une démonstration.
Là
encore, il faut faire une distinction, car il y a deux types de
démonstration possibles. La démonstration peut
être soit a priori, si elle se fait à partir de
l'essence d'un être ou de ses propriétés
essentielles. L'homme peut être dit libre parce qu'on
connaît son essence qui est celle d'être un être
raisonnable. Parce que nous ne savons rien de l'essence de Dieu, ce
type de raisonnement doit donc être rejeté.
La
démonstration de l'existence de Dieu doit donc en être
une de type a posteriori. Celle-ci se fait à partir des effets
données dans l'expérience. Les marées servent
à prouver l'attraction lunaire et solaire. Les pas sur la
neige prouvent l'existence d'une personne qui est passée par
là. Le mouvement des aiguilles de l'horloge prouve l'existence
d'un mécanisme (même invisible) qui donne le mouvement.
Les preuves de Dieu a posteriori, c'est-à-dire consistant
à remonter du monde à sa Cause première, sont
les seules qui peuvent nous faire affirmer quelque chose sur Dieu.
Ces preuves ont un caractère absolument propre qui interdit de
les assimiler aux démonstrations valables dans l'ordre
physique ou scientifique.
Si
Dieu existe - et la raison est capable de tirer correctement cette
conclusion - la dimension religieuse devient donc une dimension
constitutive de l'être humain. La société doit en
tenir compte, la famille doit en tenir compte, l'école aussi.
Il reste à déterminer les façons d'en parler. Il
reste à choisir les moyens appropriés pour traiter
cette question avec intelligence et discernement. Il reste surtout
à trouver des maîtres à l'esprit ouvert, capables
d'aborder avec lucidité et justesse un tel sujet.
La
religion doit-elle sortir des écoles ? Deux réponses
sont possibles. Si les tenants du OUI sont capables de me
démontrer l'inexistence de Dieu, je leur permets de
procéder. Si les tenants du NON sont capables de me
démontrer l'existence de Dieu, je leur permets aussi de
procéder. Mais, avant de procéder, il faudrait bien
s'assurer que les décideurs sont capables de répondre
à la question posée. Dans un cas comme dans l'autre, je
veux que chacun dépose les raisons qui les mènent
à nier ou à accepter l'existence de Dieu. Et que
chacun, grand Dieu, mette ses émotions et ses sentiments au placard!
L'école
sans Dieu ? A chacun de démontrer d'abord si Dieu existe ou
n'existe pas.. Si Dieu n'existe pas, on n'a pas à le sortir de
l'école, puisqu'il n'existe pas. Si Dieu existe, il sera
à l'école, même si on ne veut pas qu'Il y entre.
Souvenons-nous toujours que Ses voies ne sont pas nos...voies !
30 octobre 1999
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