Le
système parlementaire canadien et québécois est
une copie conforme du système britannique. Le premier ministre
a le pouvoir de nommer ses ministres, de les déplacer, de les
rétrograder, de les élever à des postes
supérieurs, ou tout simplement, si tel est son bon vouloir, de
les congédier. En ce début du mois d'août, le
premier ministre Jean Chrétien vient de nous prouver une fois
de plus qu'il est le seul maître à bord. Rien n'indique
que Lucien Bouchard ne fera pas la même chose dans un avenir rapproché.
Accéder
au poste de ministre au gouvernement canadien ou
québécois est donc un privilège, c'est-à-
dire un avantage particulier attaché à une fonction
occupée par quelqu'un. Celui-ci possède des avantages (
personnel supplémentaire, conseillers, salaire plus
élevé, limousine, etc.) pour un certain temps. Les
personnes nommées ministres ont donc des privilèges que
les autres députés n'ont pas et ils peuvent les perdre
à tout moment, selon la bonne volonté du chef.
Certains
ministres quittent ou sont forcés par les circonstances de
quitter leurs fonctions. Habituellement, ils ne se ramassent pas dans
la rue. Ils se retrouvent souvent à la tête de grandes
entreprises d'État ou de grandes entreprises privées,
dans un bureau d'ambassadeur à Paris ou à Londres,
souvent avec des privilèges accrus. D'autres, moins chanceux,
redeviennent «simple» député. C'est le cas il
y a quelques jours, de Diane Marleau dans le cabinet Chrétien.
C'est le cas de Matthias Rioux, ministre du Travail dans le cabinet
Bouchard. L'impression donnée par ces mouvances politiques
fait parfois sourire. Celui qui perd un poste de ministre et
redevient «simple» député, tombe souvent dans
la disgrâce des citoyens. Il est perçu comme nul,
parfois moins que rien. L'Église catholique avait jadis une
expression analogue pour parler de l'état d'un prêtre
qui quittait les ordres. Elle disait de lui qu'il avait
été « réduit » à l'état
laïc! Une façon pas très élégante de
promouvoir l'état du laïcat, peuple de Dieu !
D'abord,
il faudrait cesser de parler d'un ministre qui redevient
«simple» député. La personne nommée
ministre est d'abord et avant tout un député. Elle
n'est pas «simplement» un député. Elle est
député comme celui-ci est curé, médecin,
ou enseignant. Il n'y a pas de «simple» enseignant, de
«simple» curé, de «simple» médecin.
De plus, redevenir quelque chose, signifie «recommencer à
être ce qu'on était auparavant». Un ministre ne
peut pas recommencer à devenir ce qu'il était
auparavant, c'est-à- dire député, puisqu'il le
demeure toujours, tout en cumulant les fonctions de ministre.
Redevenir
«simple» député n'est donc pas une honte.
L'expression devrait même être carrrément
abandonnée. L'ancien ministre rétrogradé ou
limogé continue à exercer les fonctions de
député pour lesquelles il a d'abord été
élu. Les citoyens devraient cesser de ridiculiser ces
personnes qui ont un jour exercé, de leur mieux, la fonction
de ministre tout en exerçant leur métier de
député. Matthias Rioux, a toujours été
député de Matane depuis son élection en 1994. Il
n'est plus ministre du Travail, mais il a toujours été
et demeure toujours député de la circonscription de
Matane.On ne rend service à personne en parlant de
«simple» député. La député
n'est pas «simple» du tout ! Si vous le croyez, il faut
aller lui dire. Son rôle est trop grand pour le rabaisser
à un mot aussi réducteur. Le rôle de
député est grand. Plus que le rôle de ministre.
Perdre la privilège du dernier, ne diminue en rien la noble
fonction du premier.
15 août 1999