La
rationalisation est bien installée chez nous. Partout, on ne
parle que d'elle, sans trop savoir d'où elle vient et où
elle nous amène.
Certains
disent qu'elle est la fille des institutions du Bretton Woods, qui
ont engendré le Fonds monétaire international (FMI) et
la Banque mondiale (BM) et qui souhaitent l'émergence d'un
nouvel ordre économique mondial. La rationalisation est
montée d'abord à l'assaut du gouvernement canadien
(celui dont on veut se débarrasser), s'est installée
dans le bureau de Jean Chrétien, a couché avec la
plupart des ministères et a fait disparaître des
milliers d'emplois.
Elle
s'est ensuite amenée à Québec, et, dans un
tourbillon semblable, a coupé dans tout ce qui était
«coupable». Là aussi, le désastre a
été tout aussi réel. Des milliers d'emplois ont
été perdus. D'autres sont disparus par attrition ou
parce qu'on a forcé les gens à s'en aller avec des
primes alléchantes.
Par
la suite, la rationalisation a gagné nos régions . Elle
est montée sur tous les étages des édifices
publics, s'est glissée furtivement dans les bureaux
feutrés de tous les administrateurs d'écoles, des CLSC,
des centres d'hébergement, des centres hospitaliers, des
cégeps, des universités, et que sais-je encore ? La
rationalisation a aussi rencontré les directeurs de services,
les mairies, les magasins, les diocèses, la
Société des alcools du Québec, les garages, les
serveuses de restaurants, les vendeurs de chars, les banques, les
caisses populaires, les cultivateurs, les policiers, les pompiers,
les travailleurs forestiers, etc. Il n'y a que les curés qui
semblent ne pas avoir été touchés. Quoique
là encore, certains arrivent à rationaliser un
personnel qui n'existe tout simplement plus.
Mais,
au fait, qu'est-ce qu'on faisait avant l'arrivée de la
rationalisation pour faire fonctionner correctement notre
société ? Tout ce que l'on faisait n'était donc
pas rationnel ? De grâce, madame la rationalisation, ne nous
quittez plus et restez avec nous, pour qu'enfin, on vive des fruits
de l'omniprésence de vous-même. Merci à la
rationalisation de nous avoir tout donné: sans vous, on serait
encore sous l'emprise de l'irrationnel !
Longue
vie à la rationalisation qui nous a enfin
délivrés du monde de l'irrationnel !
15 septembre1999