L'athéisme
nie l'existence de Dieu. Le monde est le seul être et il n'y a
en pas d'autres. Le créationisme - doctrine sur laquelle nous
reviendrons dans la prochain chapitre - dit que le monde existe mais
qu'il n'est pas le seul être. Il affirme que l'être du
monde n'a pas toujours existé et que cet être qu'il a eu
à un moment de l'histoire, alors qu'il ne l'avait pas, lui
vient d'un Être qui lui donne l'être, non par
nécessité, mais bien parce qu'Il veut bien le lui donner.
Le panthéisme ne nie pas l'existence de Dieu.
Tout au contraire. Il affirme que Dieu existe, mais qu'Il s'identifie
à la somme totale de tout ce qui est. Il s'identifie au monde.
Tout ce qui existe est divin. L'être humain ne peut
échapper à la divinité, parce que, tout comme le
monde dans lequel il baigne, il est une partie de Dieu, il est une
partie du Grand Tout, de la Grande Chose.
Le mot «panthéisme» vient de deux
mots grecs: pan, qui signifie tout, et theos qui signifie Dieu. Le
panthéisme est donc la doctrine qui identifie l'univers
matériel et l'être divin. Chacun de nous a l'impression
d'être différent de l'autre, différent du monde.
Mais tout cela est une pure illusion. Les choses autour de nous, le
monde, tous les êtres ne sont qu'une partie d'un Grand Tout, et
cet ensemble, cette Grande Chose éparpillée dans
l'apparence des êtres, est Dieu. La multiplicité des
êtres est donc une pure illusion. Il semble y avoir de la
multiplicité dans l'être, mais en fait, il n'y qu'un
seul Être. Voilà la doctrine fondamentale du panthéisme.
Il n'y a donc qu'un seul Être dans la
diversité et la multiplicité des êtres visibles.
Deux théories cependant se partagent la façon dont les
êtres matériels se rattachent à ce seul
Être, au divin. Les partisans de la thèse de
l'émanation affirment que l'univers n'a pas été
créé par un acte libre de la puissance divine, mais
émane ou procède nécessairement de Dieu par
l'effet d'une loi de la nature divine. Les choses dans l'univers sont
autant d'émanations passagères de la substance divine.
Les choses sont une partie de la substance divine. Elles partent de
cette substance, elle sont donc une partie de cette substance, et
forcément elles retourneront à cette substance. Les
partisans de la thèse de la manifestation affirment que les
choses dans l'univers ne sont pas des émanations de la
substance divine, mais qu'elles sont cette substance elle- même.
Les choses dans l'univers ne sont que des manifestations
accidentelles, passagères de la divinité. L'être
humain est alors vu comme la manifestation la plus parfaite de la
divinité. Il est dieu même.
Le panthéisme, sous toutes ses formes, est une
philosophie qui a ses racines dans la plus lointaine histoire de
l'humanité. La théorie de l'émanation se
retrouve dans le brahmanisme, le néoplatonisme de Plotin, la
cabale. Le plus grand partisan de cette théorie est Spinoza,
mort en 1677. Celui-ci enseigne que la nature et Dieu sont la
même chose. De plus, il enseigne que l'homme est une partie
d'un tout en évolution. Celui-ci ne vient de nulle part, et sa
finalité est indéfinissable. Spinoza parle de la
divinité mais celle-ci ne possède aucune
personnalité et elle n'a aucune préoccupation au sujet
des hommes. Aujourd'hui cette pensée réapparaît
à travers la multitude de mouvements issus du Nouvel Âge.
Bref, le panthéisme est une philosophie qui
s'oppose à la fois au créationisme chrétien et
au dualisme de la philosophie antique. Le dualisme antique, comme on
le sait, est doctrine qui enseigne l'existence de deux principes
indépendants dans l'homme et dans l'univers. Ainsi, le bien
s'oppose au mal, la matière s'oppose à l'esprit. Par
exemple, la matière est un principe qui existe
indépendamment de Dieu ou de l'Esprit. La matière peut
s'organiser elle-même - c'est l'enseignement de Démocrite
et Épicure-; elle peut aussi être organisée par
Dieu ou l'Esprit. C'est la pensée de Platon et d'Aristote. Le
créationisme chrétien, au contraire, enseigne que la
matière existe, mais qu'elle est tirée du néant
par Dieu. Le créationisme se rapproche du dualisme, car il
enseigne la distinction de Dieu et du monde. Mais le
créationisme s'oppose au dualisme en ce qu'il professe la
totale dépendance du monde par rapport à Dieu.
Revenons maintenant à la thèse
panthéiste pour en faire une certaine critique. Il faut dire
que la doctrine panthéiste est belle, facile, et même
séduisante. Subjuguée par la beauté du monde,
elle en arrive à conclure que le monde est divin, que le monde
n'est pas une création de Dieu, plus, qu'elle est divine
elle-même. Il n'est pas difficile de réfuter cependant
un tel enseignement.
Nous avons antérieurement
démontré l'existence d'un Être personnel,
créateur de l'univers. Nos conclusions étaient que
l'univers n'était pas le fruit du hasard, que Dieu est la
cause de cet univers et que celui-lui est totalement
indépendant de lui. Selon nous, le panthéisme se
réduit au néant lui-même car l'idée de
Dieu exige, comme corrélatif, un monde distinct de Dieu. Si
l'univers est Dieu ou doit tenir le rôle de Dieu, l'univers
doit être donc l'Absolu. L'univers qui tient le rôle de
l'Absolu doit être forcément un univers parfait. C'est
pourquoi, le panthéisme est une autre façon de soutenir
la thèse de l'athéisme dans le monde. Le
panthéisme détruit l'idée d'un Dieu personnel,
créateur de l'univers. Le dieu des panthéistes a donc
toutes les imperfections de cet univers qu'ils divinisent. Ce dieu ne
peut pas être dieu, puisqu'il est imparfait. Il conduit
inévitablement à l'athéisme.
De plus, le panthéisme ne colle pas à
notre expérience humaine. Selon cette doctrine, nos actions
humaines ne nous appartiennent pas. Nos actions ne sont que des
émanations, manifestations de la substance divine, qui
s'expriment dans de multiples formes. Le panthéisme, comme la
pensée orientale en général,
dépersonnalise l'être humain.Celui-ci n'est jamais
responsable de ce qu'il est et de ce qu'il fait. Il est une
manifestation, une émanation d'un divin sur lequel il n'a
aucune emprise. Or, notre expérience humaine nous confirme le
contraire. Il semble bien que chacun des êtres qui habitent
cette planète est une entité différente, un
être bien distinct de l'autre. Chacun possède une
personnalité qui lui est propre et que nous ne pouvons pas
identifier à quelqu'un d'autre, y compris une divinité
quelconque. Le panthéisme nage constamment dans la
contradiction. Il ne faut pas craindre de dire que le
panthéisme n'est qu'un euphémisme pour désigner l'athéisme.
Y a t-il des dangers à adopter une philosophie
de type panthéiste? Évidemment oui. Et voici pourquoi.
1. Le panthéisme
détruit consciemment ou inconsciemement dans la personne la
notion même du Dieu personnel, créateur de l'Univers.
2. Le panthéisme consuit
à une attitude sceptique en face de tout le monde sensible et
des données de l'expérience humaine. Si chacun est une
partie d'un Grand Ensemble, le référentiel n'est plus
la personne autonome, responsable et libre, mais la
référence est ce Grand Tout Impersonnel. L'être
humain perd sa valeur intrinsèque et chacun vit
séparé l'un de l'autre sans aucune autre espèce
de rapport que celui de chacune des parties au Grand Tout.
3. La panthéisme conduit
souvent à l'adoption d'une attitude fataliste face à la
vie. Le doute s'installe au sujet de tout, de sa conduite
personnelle, puisque chacun ne peut plus être maître de
sa vie et de ses actes. Chacun détermine sa conduite en
fonction de l'évolution de cette substance divine dont il est
une partie et... pas plus.
4. Le panthéisme
détruit toute forme de vie morale. Si l'univers est divin, si
je suis Dieu ou une partie de la divinité, la
référence à une loi morale, qui aurait comme
auteur le Dieu créateur et personnel s'évanouit. Aucun
législateur, aucun pouvoir supérieur à
l'être humain ne peut imposer ses volontés, ses lois.
Chacun est responsable de soi- même en regard de soi-même
qui est une partie d'un grand ensemble sur lequel je n'ai aucun
contrôle. Bref, la panthéisme détruit toute vie
morale. Les hommes sont laissés à eux-mêmes. Ils
inventent forcément leurs propres lois. Les lois des uns
peuvent contredire ou s'harmoniser avec celles de l'autre. Chacun est
divin. Chacun se proclame auto-régulateur de ses actes.
5. Le panthéisme
détruit aussi toutes formes de culte. Si l'être humain
est dieu, il n'a pas à rendre de culte à une personne
qui est dieu puisqu'il est lui-même «dieu». Chacun
est abandonné à ses rites et croyances. La
nécessité de poser des gestes cultuels et religieux s'estompe.
6. Enfin, le panthéisme
enferme l'être humain dans la vie présente. Il peut
envisager une autre existence qui ressemblerait à la survie
reliée au concept de l'âme immortelle. La vie peut se
comparer aux ondulations sur l'eau qui se succèdent
après le lancement d'un caillou. Elles se propagent sur la
surface des eaux juqu'à ce qu'elles meurent et disparaissent
dans la mer inconnue. La mort n'est que la fusion de son être
dans un principe impersonnel.
2 mars 1999