La
messe des défunts, avant la réforme liturgique de
1969, commençait par ces mots:" Requiem aeternam dona eis
Domine - Et lux perpetua luceat eis ". Je traduis pour ceux qui
ont perdu leur latin: "Donnez-leur, Seigneur, le repos
éternel et que la lumière brille sans fin sur eux".
La messe des funérailles n'était donc pas uniquement
célébrée pour le mort amené à
l'église, mais, comme on le dit de nos jours, pour l'ensemble
des personnes parties vers la Maison du Père.
Aujourd'hui,
la liturgie des défunts varie d'un mort à l'autre et
offre le choix entre plusieurs formulaires. Plusieurs
funérailles finissent maintenant par une petite apologie du
défunt, ce qui a pour effet de déclencher des
applaudissements envers le disparu.
À
ma connaissance, c'est en 1987, à la mort de René
Lévesque, que cette coutume s'est installée. La foule
avait alors chanté, sous des applaudissements nourris: "
Mon cher René, c'est à ton tour, de te laisser parler
d'amour". Ti-Poil avait dû se retourner dans sa tombe.
C'était le temps de le lui dire qu'on l'aimait, alors qu'il ne
pouvait pas entendre ce qu'on lui disait.
Aux
funérailles de Pauline Julien, l'automne dernier, et, il y a
une dizaine de jours, aux obsèques du journaliste Gaétan
Girouard, la foule, spontanément, à la fin de
l'éloge funèbre, a repris à nouveau ce rite
à tout le moins étonnant. Et alors ? Faut-il continuer
à applaudir les morts ?
Applaudir
quelqu'un, c'est, comme vous le savez, battre des mains en signe
d'approbation, d'admiration ou d'enthousiame. Forcément, il
faut bien, logiquement, que la personne qui reçoit ces
applaudissements, puissse les entendre, réagir et,
possiblement, remercier pour une telle marque d'affection et
d'approbation. Vous pouvez bien offrir au défunt qui nous
quitte une "standing ovation" de dix minutes , ça ne
change rien à notre réalité et à la
sienne. Le mort ne se relèvera pas pour vous dire: Merci !
Si
vous voulez manifester de l'approbation et de l'admiration pour
quelqu'un, faite-le donc de son vivant. La mort venue, l'être
que nous chérissions ne dépend plus de nous. Il est
entre les mains de son Créateur qui saura bien s'en occuper.
Si les anges et les saints veulent l'applaudir à son
entrée dans la vie céleste, ce sera bien leur affaire.
En attendant, laissons donc les morts tranquilles. Au lieu de les
applaudir, pourquoi ne pas prier avec eux et surtout prolonger notre
méditation sur cette réalité de la mort qui nous
attend tous à plus ou moins brève échéance
? La vie n'est-elle pas en réalité une
méditation sur la mort? La vie n'est-elle pas en
réalité une méditation sur la vie
éternelle ?
2 janvier 1999