La peur de quelque chose
après la mort,
La région inconnue, des
limites de laquelle
Aucun voyageur ne sort plus,
tourmente l'esprit
Et nous fait supporter nos maux présents
De préférence
à d'autres dont nous ne savons rien.
Hamlet, III, 1, 72-82
Le Québec semble délaisser de plus en plus deux
réalités qui ne faisaient pas problème il y a
à peine 20 ans: l'existence d'un Dieu créateur des
choses visibles et invisibles et l'immortalité de l'âme.
De plus en plus de gens vivent comme si le Créateur
n'existait plus. Forcément, ils ne sont ensuite guère
préoccupés du sort de leur âme. Comment expliquer
cette mutation aussi rapide ? Comment expliquer que ce qui semblait
admis par tous, fait maintenant l'objet de la ricanerie, de signe
flagrant d'esprit fermé, d'un manque d'évolution, d'une
attitude dépassée ?
1. Que dit la philosphie au sujet
de l'immortalité de l'âme ?
La mort est la seule certitude humaine. Chaque être humain
passera par la mort et devra y passer tôt ou tard. C'est
l'évidence même. Tous les hommes la redoutent même,
si dans la pratique, ils parlent et vivent comme si cette
réalité ne les dérangeait pas.
L'être peut posséder l'immortalité de trois
manières. L'immortalité se trouve d'abord dans
l'Être suprême dont nous avons déjà fait la
démonstration. L'Être divin étant, par Nature, un
être éternel, forcément « il a toujours
été, et il sera toujours». Étant
éternel, il se doit d'être immortel.
Le deuxième sens de l'immortalité nous vient des
textes bibliques. Selon le texte même des Écritures, le
don d'immortalité avait été accordé
à l'homme, privilège que Dieu lui- même avait
donné à Adam et tous ses descendants: « C'est
pourquoi, de même que, par un homme, le péché est
entré dans le monde,...de la même façon, la mort
a passé dans tous les hommes " (Romains, V,12). Adam, en
trangressant la loi divine, mérite une sentence
sévère. Il est condamné à la mort. Il est
condamné à retourner à la poussière
d'où il est venu. Il est condamné à perdre le
don inestimable de l'immortalité. La mort est la
conséquence du péché. Avant le
péché, l'homme ne devait pas mourir. Après le
péché, la mort entre dans la destinée humaine,
conséquence de sa faute.
Le troisième sens - et c'est celui qui nous concerne -
manifeste l'immortalité de l'âme, mais d'une toute autre
manière. La nature humaine, telle que reçue des mains
du Créateur, doit continuer d'exister à jamais. Dieu ne
peut pas détruire son oeuvre, ne peut pas décider de
l'anéantir. Ce qui serait une contradiction dans les faits.
Comment Dieu, Créateur, pourrait-il détruire l'oeuvre
d'amour qu'Il réalise et se complaire ensuite en la
détruisant ? C'est tout simplement un non sens.
Il y a des milliards d'années, aucune âme n'existait.
Depuis, des milliards d'âmes vivantes, ou de corps vivants
(certains parlent de 100 milliards d'humains depuis la
création) sont apparus sur la Terre. Tout être ( ou
toute âme ) une fois appelée par Dieu à la vie ne
peut pas disparaître. Voici pourquoi.
Les choses ou les êtres peuvent cesser d'exister de deux
manières. Une chose peut cesser d'exister parce que les
parties qui la composent se désagrègent. L'automobile
que je conduis peut cesser d'exister, si, après un accident,
elle est vendue pour les pièces. Tel édifice peut
cesser d'exister, parce les démolisseurs viennent de le
détruire pour faire place à un bâtiment plus gros
ou plus moderne. L'âme humaine ne peut pas cesser d'exister
parce qu'elle n'a pas de parties d'une part, et parce qu'elle est une
substance spirituelle, d'autre part.
Une chose ou un être peut cesser d'exister si quelque chose
d'autre, dont elle a besoin pour subsister, meurt ou cesser
d'exister. L'âme animale ou l'âme végétale
cesse d'exister un jour parce qu'elles sont immergées dans la
matière. L'animal a besoin du composé
végétal pour exister. Et le composé
végétal a aussi besoin du composé animal pour
poursuivre son existence.
Tel n'est pas le cas de l'homme. La mort ne le mène pas dans
l'inexistence, puisque l'âme qui est la forme du corps, peut
subsister hors de la matière, n'étant pas
composée de parties, comme nous l'avons dit
antérieurement. Elle peut avoir une vie indépendante de
la matière qu'elle a animée un certain temps.
2. L'immortalité de
l'âme et le bonheur humain
Je vais dire des choses qui semblent banales aujourd'hui, mais sur
lesquelles chacun devrait prendre un temps d'arrêt.
L'être humain est à la recherche d'un bonheur plus
complet. Il cherche même le bonheur parfait. Le désir ou
la recherche du bonheur sans fin est inscrit dans l'âme
humaine. Il est dans la nature même de l'être humain (du
corps vivant ou de l'âme humaine) de chercher tout ce qui
pourrait rendre l'être humain heureux. La nature humaine tend
vers le bonheur et il semble qu'elle soit incapable, par ses propres
forces, de l'atteindre un jour.
Toute vie humaine est une recherche inlassable du bonheur parfait.
La mort trouve chacun des êtres humains toujours à la
recherche de ce bonheur introuvable. Il y a comme une espèce
de contradiction entre le désir humain du bonheur et la nature
humaine qui l'y pousse. La nature humaine oblige l'homme à
désirer une chose qui lui semble impossible d'atteindre.
Cicéron ne disait-il pas qu'une «vie heureuse à
laquelle il manque quoi que ce soit, n'est pas du tout une vie
heureuse» (Cicéron, Tusculanae disputationes,V,8).
La conclusion va de soi. Si la vie présente nous pousse vers
un bonheur infini et qu'il nous est impossible de l'atteindre, il
faut donc en conclure qu'une vie future est possible, où cette
aspiration naturelle de notre être sera à jamais satisfaite.
3. La loi morale et
l'immortalité de l'âme
Antérieurement, nous avons essayé de démontrer
l'existence d'un Créateur suprême, des choses visibles
et invisibles. Du même coup, nous avons conclu que Lui seul
pouvait être l'auteur de la loi morale. La loi morale renvoit
à l'auteur de cette LOI. Et une loi morale qui n'aurait pas
Dieu comme auteur et une loi morale qui n'obligerait pas, ne serait
pas une authentique loi morale. ( Nous reviendrons sur cette question
du fondement de la loi morale, dans un texte ultérieur ).
La loi morale bien comprise implique une vie future après la
mort humaine. La loi morale, comme on le sait, ou comme on devrait le
savoir, oblige l'être humain à faire le bien et à
éviter le mal. Elle engage l'homme sur le chemin de
l'obligation. La loi morale, comme toute autre loi, n'est pas
uniquement une invitation à faire le bien ou à
éviter le mal. Elle créé, nous le redisons
volontairement, un lien d'obligation, donc de récompense ou de
sanction. Une telle sanction ou une telle récompense
nécessite l'immortalité de l'âme.
Fedor Mikhaïlovitch Dostoïeevski, écrivain russe
mort en 1881, a osé écrire que « si Dieu
n'existait pas, tout serait permis ». Nous pourrions facilement,
sans corriger l'essence de sa pensée, écrire: « Si
l'âme humaine n'était pas immortelle, tout serait permis
également ». Pas dans le sens que l'on pourrait tout
faire, mais dans le sens que tout pourrait, à la limite,
être justifié. C'est l'état d'esprit dans lequel
se trouve cette fin se siècle.
Comme il y a dans tout coeur humain une aspiration profonde à
posséder le bien parfait, et que ce bien ne peut être
atteint dans cette vie, il faut donc que les actes posés en
cette vie, nous préparent ou mettent en route vers celui-ci.
Sur cette terre, le bien réalisé est fait d'un
mélange de mal que chacun veut éviter. L'aspiration
commune à atteindre le bien parfait, base de l'obligation
morale, fait que chacun aspire à la possession de ce bien
parfait, vers lequel nous cheminons, à travers les humbles
gestes de bien que nous posons quotidiennement. Inconsciemment, nous
aspirons à une récompense pour le bien
réalisé, à un châtiment pour le mal
commis. La pensée populaire s'exprime souvent en disant
«qu'il n'y a pas de justice sur la terre». Elle ne fait que
confirmer que la justice humaine n'est pas «juste» et qu'il
faudra bien un jour qu'elle se fasse d'une autre manière et
forcément dans une «autre vie».
Le divin Platon savait déjà cela. Au milieu d'un monde
païen il écrivait:« L'être véritable et
immortel qui est en chacun de nous et qu'on appelle l'âme, s'en
va vers d'autres dieux pour leur rendre ses comptes,- ce qui inspire,
aux bons, de l'espoir et, aux méchants, une grande terreur,
comme nous le disent les lois de nos pères.»
4. Anéantissement possible
de l'âme impie ?
Le Père Marie-Émile Boismard, dominicain, dans un
livre récent - Faut-il encore parler de
«résurrection»? repose à nouveau la question
de la rétribution des hommes après la mort. A la page
163 de son ouvrage, il traite du «destin des impies ».
Selon les textes scripturaires, les impies seront voués
à la Géhenne, «au feu qui ne s'éteint
jamais». Mais cette expression «brûlés au
feu» dont parle la Bible doit être, selon lui, prise au
sens métaphorique. Le verbe (katakaiô) signifierait
«brûler complètement, destruction complète
par le feu, anéantissement définitif et complet de
l'être».Les impies ne seraient pas condamnés
à un supplice éternel, mais seraient tout simplement
réduit au néant. Que répondre à cela ?
Dieu, par Sa toute puissance, pourrait, s'Il le voulait,
anéantir l'âme après la mort. Mais il semble que
tout cela serait tout à fait illogique.
Si l'on considère le dessein de Dieu en créant
l'âme immortelle, il serait inconvenable qu'il
«s'amuse» ensuite à détruire son oeuvre. Si
c'est par un geste d'amour qu'il a donné la vie à
chacun de nous, pourquoi se complairait-il à nous l'enlever,
à la détruire ensuite? Si Dieu a fait l'âme
humaine incorruptible, c'est qu'Il voulait qu'elle vive toujours.
Dieu, selon nous, irait contre sa propre Sagesse s'il créait
une substance incorruptible de nature et qu'Il détruirait
ultérieurement , simplement pour montrer son ultime puissance.
Sadisme d'un Dieu éternellement Amour ? Impossible !
De plus, Il irait contre sa propre bonté. Le Créateur
a mis en chacune de ses créatures un désir de bonheur
sans fin. Détruire ou anéantir sa propre créature
serait alors difficilement compréhensible de sa part,
puisqu'Il aurait mis dans le coeur humain un désir de bien
parfait, sans jamais lui donner la possibilité de le combler.
Peut-on imaginer un Dieu pareil ?
Enfin, comme nous l'avons déjà dit, la justice exige
que l'âme ne soit pas anéantie, car la bonté
reste souvent sans récompense dans cette vie, et le mal
demeure tout aussi souvent impuni. Logiquement, il faut prévoir
un moment où la justice sera réalisée. Si tel
n'est pas le cas, il faut qu'on nous le dise vite. Il me reste encore
suffisamment de temps pour faire à chaque jour des gestes que
la justice ne punira jamais !
4 décembre 1999