Il n'est pas facile de traiter un sujet comme
l'athéisme. Un peu de vocabulaire au départ ne peut pas
faire de tort à personne. Le dictionnaire, lorsqu'il parle de
Dieu, utilise des mots comme théisme, déisme,
athéisme, antithéisme, agnosticisme. Vérifions
le sens de chacun de ces mots usuels.
Le
théisme (du grec theos) est la doctrine qui admet l'existence
d'un Dieu unique et personnel comme cause transcendante du monde. Il
ne faut pas confondre ce mot avec le mot déisme, qui vient du
latin deus, doctrine, très répandue au XV111e
siècle, qui admet l'existence de Dieu, d'un être
suprême aux attributs indéterminés. Cette
doctrine ne fait référence à aucun dogme ni
à aucune révélation.
L'athéisme,
son contraire, est la doctrine qui nie l'existence de Dieu.
L'antithéisme, appelé aussi antichristianisme, se
manifeste chez certains philosophes, par une attaque en règle
contre la doctrine chrétienne. Enfin, quant à
l'agnosticisme, (du grec a, privation, et gnôsis,
connaissance), c'est une doctrine selon laquelle ce qui dépasse
les apparences sensibles est inconnaissable. L'agnostique c'est
celui qui ne croit pas au surnaturel, à Dieu ou toutes
manifestations du divin.
L'athéisme
a pris plusieurs formes dans l'histoire. Les athées, peu
importe la façon dont ils professent leur doctrine, ont tous
cependant un point en commun: ils n'admettent pas l'existence de
Dieu. Il est donc possible de nier Dieu de plusieurs manières.
Traditionnellement, on a retenu cinq catégories
d'athées. Examinons cela de plus près.
1. L'athéisme pratique
L'athéisme
pratique s'exprime dans l'homme qui vit sa vie sans se soucier des
lois de Dieu, et se comporte comme si Dieu n'existait pas. Il ne part
pas en guerre contre Dieu il ne nie pas ouvertement son existence,
mais il vit comme si Dieu n'existait tout simplement pas.
2. L'athéisme logique
L'athéisme
logique déclare positivement l'existence de Dieu, mais il le
décrit de telle sorte qu'il rend Dieu impossible. La
conception que les partisans de cette doctrine donnent de Dieu les
conduisent directement à l'athéisme .L'athéisme
logique conduit au panthéisme, doctrine qui affirme que
l'univers est divin. Conclusion: si tout dans le monde est Dieu, si
le monde est divin, Dieu est forcément lié aux
imperfections qu'il y a dans le monde. Dieu serait donc un Être
imparfait, donc il ne serait pas Dieu. Bref, le panthéisme
conduit toujours à l'athéisme.
3. L'agnosticisme
L'agnosticisme
prétend que Dieu est inconnaissable. Il ne sert à rien
de se mettre en quête ou en recherche de Dieu, il est et il
sera toujours inaccessible à nos pauvres intelligences
humaines. Certains, un peu moins radicaux, disent qu'on peut avoir
une certaine connaissance de Dieu, mais qu'on est incapable d'avoir
la certitude de Son existence.
Les
conclusions de l'agnosticisme et de l'athéisme sont cependant
les mêmes: il ne sert à rien de rendre un culte à
Dieu, car on est incapable d'en prouver l'existence; il ne sert
à rien de se soumettre à une loi morale qui aurait
comme auteur l'Être suprême, car on n'est pas certain que
cet être-là existe. Bref, l'agnosticisme arrive aux
mêmes conclusions que l'athéisme: l'être humain
n'a aucune obligation à l'égard d'un Être
suprême qui est non existant ou inconnaissable.
Sous
un aspect particulier, on peut parler aussi d'une autre forme
d'agnosticisme, issue de la Réforme protestante, et qui
enseigne que nous ne pouvons pas démontrer l'existence de Dieu
à partir d'arguments rationnels. L'incapacité à
démontrer l'existence de Dieu par la raison est
remplacée par la sensation de son besoin pour équilibrer
nos vies. Luther, et plus tard le philosophe Emmanuel Kant ont
soutenu cette théorie. La preuve de l'existence de Dieu est
basée sur le besoin, le sentiment ou l'émotion que nous
éprouvons face à Lui. Le danger est là de faire
dépendre l'existence de Dieu de sentiments qui peuvent changer
constamment dans les situations variées de l'existence de chacun.
4. L'athéisme philosophique
Les
trois premiers types d'athéisme sont plutôt
d'espèce négative. Les autres qui suivent
réfèrent à une doctrine positive.
L'athéisme positif professe et enseigne ouvertement la
non-existence de Dieu. Il enseigne que ceux qui adhèrent
à la doctrine de l'existence de Dieu sont victime d'une
supercherie, d'une grave illusion, car Dieu est tout simplement un
mythe pour dominer l'homme. Dans cette lignée de pensée,
on retrouve tous les propagandistes de l'athéisme pur,
à partir de Démocrite chez les Grecs jusqu'à
Karl Marx.
5. L'athéisme moral et humaniste
L'athéisme
moral et humaniste vise moins à nier Dieu qu'à
affirmer dans toute sa dignité la liberté humaine.
C'est la thèse soulevée par le marxiste dialectique.
Dieu ne peut pas exister, parce que son existence rendrait impossible
l'action de l'homme.
C'est
dans cette foulée que s'inscrit une certaine forme
d'athéisme que l'on rencontre dans notre monde contemporain.
On parle alors de l'athéisme méthodologique. C'est
l'athéisme professé par un certain nombre de
scientifiques, qui posent au préalable la non-existence de
dieu dans l'exercice de leur travail. Cette méthode pose,
comme l'affirmait le physicien et mathématicien Laplace
à une question posée à Napoléon, qu'on
n'a pas besoin de Dieu comme hypothèse, pour régler le
sort de l'univers. L'univers matériel donne l'explication du
réel matériel. La science est l'explication et la seule
explication sur le monde et sur l'homme. Tout le reste est superflu.
L'athéisme,
sous plusieurs formes, pose donc que Dieu n'existe pas. Mais
l'athéisme pose plus de questions qu'il ne donne de
réponses. Nous avons déjà démontré
la faiblesse de son argumentation en prouvant l'existence de Dieu. Il
nous semble donc que l'athéisme positif - je ne parle pas
évidemment de l'athéisme pratique - comme conviction
doctrinale et idéologique me semble inadéquat pour
l'intelligence, parce qu'il semble impossible à celle-ci
d'avancer des preuves solides contre l'existence de Dieu.
Notons, en terminant, quelques
contradictions au sujet de l'athéisme:
a) Si Dieu n'existe pas, comment
expliquer l'ordre du monde ? L'athée doit l'attribuer à
un hasard aveugle, à des forces cosmiques qui ne viennent de
nulle part. Nous avons déjà démontré
l'absurdité de cette doctrine.
b) Si Dieu n'existe pas, le monde
est sans explication et forcément il n'y a pas de loi morale.
L'Être suprême ou Dieu, ne peut pas être l'auteur
cette loi morale. Sur quoi allons-nous fonder l'action humaine ? La
réponse est évidente: sur chacun de nous qui
décidons d'agir selon ce qui semble être le mieux pour
nous... Si Dieu n'existe pas, chacun peut vivre comme bon lui semble.
L'homme redevient la mesure de toutes choses.
c) Si Dieu n'existe pas,
l'humanité vit depuis son origine sur un malentendu au sujet
du sens et la destinée de l'homme. La vie est un farce. Il
faut naître pour rien, vivre pour rien et mourir pour rien.
d) Si Dieu n'existe pas,
l'espérance de l'homme est uniquement dans le bonheur
terrestre. L'athée est en continuelle contradiction avec lui-même
chaque fois qu'il se soumet aux diktats d'une loi morale qui vient
de nulle part et qui l'empêche de vivre le seul et unique
bonheur qu'il possède: celui qui s'inscrit dans le temps et
que le temps lui enlèvera.
e) L'athéisme ne peut pas
ne pas admettre le principe de causalité. Il structure la vie
humaine du matin au soir. S'il se conforme au principe de
causalité, il doit forcément en arriver à
admettre l'existence de Dieu, cause première du monde. Car en
remontant d'effets en effets, il arrivera, comme tout le monde,
à une Cause première. Par contre, si l'athée nie
le principe de causalité - on peut tout nier et tout affirmer
dans la vie - il ne peut logiquement en arriver à nous dire
les causes de sa propre croyance,qui est celle de ne rien croire....
Car il faudrait bien en donner la cause, ce qu'il nie être
possible dès le départ.
Au
sujet de l'athéisme Blaise Pascal avait déjà
dit : « Athéisme marque de force de l'esprit, mais
jusqu'à un certain degré seulement.»
(Pensées, III, 225) Il y a dans l'athéisme trop de
contradictions. Il faut avoir le courage de les mettre à jour,
pas dans le but de débâtir la doctrine elle-même,
mais afin d'en arriver à poser logiquement la véritable
question. Le problème bien posé, la même
réponse peut se présenter. Il ne s'agit pas de chercher
à convaincre. Il s'agit plutôt d'utiliser une
méthode qui interroge correctement. Il faut laisser à
la conscience de chacun le soin de vivre avec ses conclusions.
2 février 1999