Les
terriens fêteront dans quelques jours leur entrée dans
l'an 2000. Je ne dis pas leur entrée dans le XXIe siècle
ou le 3e millénaire. Pour cela, ils devront attendre le 1
janvier 2001.
La
fête commencera dans le Pacifique, tout près de la
Nouvelle-Zélande, dans les Iles Chatham. Les Américains
ont offert un million de dollars à un humble fermier de ces
îles perdues dans le Pacifique, pour filmer le premier lever de
soleil de l'an 2000. Il a refusé. La paix, ça ne
s'achète pas !
Donc, les Néo-Zélandais seront les premiers à
franchir le cap de l'an 2000. Au même instant, les
Québécois seront encore au chaud dans leurs draps
blancs. Ici, l'horloge marquera 6 heures du matin, et nous serons
à l'aube du 31 décembre 1999. Selon les fuseaux
horaires, les terriens entreront progressivement dans le nouvel an
2000: Japon, Inde, Arabie, Grèce, Italie, France, Angleterre,
Océan Atlantique, Canada, une partie du Pacifique.
Au
Canada, la province de Terre-Neuve (et du Labrador ?) et l'ensemble
des Provinces Maritimes entreront dans l'an 2000 une heure avant le
Québec. Alors que la plupart des Québécois
sableront le champagne des pauvres, à minuit plus une seconde,
les gens de Vancouver devront attendre encore quatre longues heures
pour célébrer ce que tout le monde aura
fêté bien avant eux. On le voit bien: entrer dans l'an
2000 ne signifie pas grand-chose. Strictement parlant, ça ne
veut rien dire. Le temps étant mesuré par des fuseaux
horaires, le Québec s'imaginera être passé dans
l'an 2000, à minuit, le 31 décembre, mais au fait, il
sera en retard de 17 heures sur les habitants des îles de
Chatham qui, eux seuls, pourront se vanter d'avoir bien vu arriver
l'an 2000. Tous les autres seront tout simplement des
«suiveux», rivés à l'arbitraire d'un fuseau
horaire sur lequel ils n'ont aucune emprise.
Les
terriens mesurent le temps mais il ne savent pas ce qu'il est. Ils
parlent du passé comme d'un souvenir ; ils touchent le
présent, sans le retenir. Le futur, jamais certain, les
inquiète. Le temps est une sorte d'étirement dans
l'être. Le temps passe par l'attente (le futur), la vue (le
présent), le souvenir (le passé). La vue offerte par le
présent ne dure qu'un instant. Le futur est une attente plus
ou moins longue qui ne comble jamais l'être. Le souvenir est
une longue pensée relatif au passé qui laisse tant de regrets.
De
fait, le passé, n'est plus que dans la mémoire. Le
futur n'est toujours pas encore. Quant au présent, toujours
présent, qui ne s'en irait point en un passé, il ne
serait plus le temps: il serait l'éternité.
L'an 2000 ne changera rien dans le coeur de l'homme. Dès les
premiers instants passés, il verra bien que ce moment tant
attendu deviendra vite ce passé dont il gardera un souvenir
plus ou moins joyeux ou amer. Il espérera encore en un futur
meilleur, dans l'attente de la magie du prochain siècle ou du
prochain millénaire. Mais nous, «nous serons tous morts,
mon frère » A moins que d'ici là, le temps se soit
arrêté, qu'il n'y ait plus ni passé ni futur,
qu'il n'y ait que du temps présent.. Et du temps présent
toujours présent n'est plus du temps: c'est
l'éternité. La condition humaine devra muer, se
transformer, pour y accéder.
Présentement, ce que j'aperçois, c'est le
présent; ce dont je me souviens, c'est le passé; ce que
j'attends, c'est le futur. A l'aube du dernier jour, il n'y aura plus
d'attente et de souvenir. Il n'y aura que la vision mystérieuse
et perpétuelle de Dieu. Et tout cela dépasse les
calculs des géographes, des météorologues, des
astrophysiciens. Pour nous sortir du temps, il faudra l'intervention
de Celui qui nous y a mis un jour, et pour un certain temps....
Sinon, à quoi servirait de prolonger le temps sans autre
raison que de l'endurer ?
31 décembre 1999