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La spiritualité de l'âme humaine

- ... lorsque la mort approche de l'homme, ce qu'il y a de mortel en lui meurt, à ce qu'il paraît, mais ce qu'il y a d'immortel se retire sain et sauf et incorruptible et cède la place à la mort.
- C'est évident (dit Cébès).
- Il est donc absolument certain, Cébès, reprit Socrate, que l'âme est immortelle et impérissable, et nos âmes existeront réellement dans l'Hadès.
( Platon, Le Phédon, 106,e. Trad. E. Chambry, p.186.)

       L'homme est mortel. Un être humain meurt à chaque seconde sur la planète pendant qu'il en naît environ cent-cinquante-mille par jour. La vie disparaît pendant que la vie apparaît. Certains affirment que la vie cesse sans trop savoir pourquoi et elle apparaît sans trop savoir pourquoi non plus. D'autres disent que la vie vient de Quelqu'un qu'ils nomment Dieu, le Créateur, La Source de Vie, et que Dieu, le Créateur, la Source de Vie, l'enlève pour la transfigurer, la transformer dans un état d'être tout spirituel.

      La mort est suivie de la décomposition de l'organisme humain. Celui-ci est ramené à ses éléments premiers: eau, souffre, fer, potassium, calcium, etc. Ceux qui soutiennent que l'être humain se ramène à l'organisme physique, admettent qu'il ne reste donc rien de l'individu après la mort. La mort est la destruction de l'être humain. D'autres soutiennent que la mort n'est pas la destruction de l'individu. L'âme, principe de vie, survit à la vie présente et donc ne peut pas mourir. La mort n'est pas la fin de ce qu'est fondamentalement l'être humain. La mort, est le «commencement» - terme forcément impropre puisqu'il n'y a plus de temps- d'une autre vie. L'âme est donc spirituelle et si elle est spirituelle, elle est donc immortelle.

1. L'athéisme nie la spiritualité de l'homme

      L'athéisme professe que l'âme humaine est semblable à l'âme de la bête. L'homme n'est pas différent de l'animal: une différence de degré et non de nature sépare l'un de l'autre.
L'homme n'est qu'une partie du monde matériel. Il est doté d'un principe de vie, soit. Mais celui-ci s'explique par la complexité des forces physiques et chimiques qui composent la vie humaine. L'homme étant une partie de cet univers matériel, toute sa destinée se joue dans l'espace et le temps qu'il occupe. La mort, selon la pensée matérialiste et athée, est la cessation de l'être. La mort détruit toute la vie et rien se subsiste après la mort.

      Le spirituel n'existe pas ou, s'il existe, il est détruit dans la mort même. L'âme, forcément est en quelque sorte matière, puisque si elle était spirituelle et totalement spirituelle, elle ne pourrait être détruite.

 

2. Qu'est-ce que l'âme humaine ?

      Les philosophes ont longuement écrit sur cette question. Leurs arguments tournent autour de ou trois points principaux.

      Un vieux principe philosophique traverse toute la pensée humaine. Il ne peut y avoir d'effet sans cause. Le vivant (plante, animal, humain), parce qu'il est ce qu'il est, doit avoir en lui quelque chose qui le fait vivre. La tradition l'a appelé principe vital, principe de vie, âme humaine. La notion d'âme, -et d'âme humaine en particulier- n'est pas liée en soi à une notion religieuse. Elle relève d'une saine philosophie. Pour connaître la nature de ce principe de vie, de cette âme ( végétale, animale, humaine ), il s'agit de considérer les actions posés par l'être vivant. L'âme végétale s'exprime dans la croissance, la nutrition, et la génération. L'âme animale, en plus des fonctions des plantes, s'exprime par les sens, une certaine mémoire, etc. L'âme humaine s'exprime aussi par la vie sensitive, mais son expression se fait surtout par la vie intellective qui la pousse vers la vérité et la vie volontaire, qui lui fait rechercher son bien.

 

3. Différence entre l'homme et la bête

      Il y a une différence majeure entre l'âme humaine et l'âme animale. L'âme animale est toute rivée à la vie matérielle. Elle ne peut produire d'activité s'élevant au-dessus de ce que peut faire un organisme matériel. L'âme humaine, au contraire, est capable de subsister en elle-même, indépendamment d'un organisme corporel ou matériel. Affirmer cela, c'est dire que l'athéisme est faux, c'est dire que ceux qui professent que l'âme humaine n'est pas spirituelle et qu'elle est détruite dans la mort, ont tort. Il faut cependant le prouver. Essayons rapidement.

      L'être humain est un être progressif. Il est inventif. Il cherche, questionne, contrôle et maîtrise la nature qui l'entoure. Il transforme le monde matériel et il l'assujettit en quelque sorte à ses besoins et ses fins. La bête, tout au contraire, est stationnaire. A sa naissance, la bête est dotée d'un certain nombre d'instincts qui lui permettent de remplir constamment les mêmes fonctions. La bête ne transforme rien, ne questionne pas, n'améliore pas, ne maîtrise pas la nature. L'animal ne peut pas faire autrement que ce que la nature, toute programmée, lui permet d'instinct de faire. L'hirondelle, depuis qu'elle existe, construit son nid toujours de la même manière. Au contraire, l'homme, tout au cours de l'histoire, a modifié son style d'habitation. Il s'est adapté au lieu, au temps, à l'espace. L'homme n'est donc pas limité dans son action. L'animal ne peut pas faire plus que ce qui est possible à un organisme purement corporel de faire. L'homme, au contraire, n'est pas lié uniquement à son organisme. S'il l'était, il serait obligé de suivre aveuglement ses instincts et ses réactions purement corporelles. Il serait, comme tous les autres animaux, qu'une créature de chair, obéissant aux lois de sa nature purement animale.

      «Les organes des sens des êtres vivants, perçoivent nécessairement les objets d'après la manière dont ceux-ci font impression sur l'organe sensoriel». Les corps sont perçus par l'oeil. Ils sont perçus comme colorés. L'oreille perçoit les objets, mais à sa manière. Elle les perçoit comme bruyants. Le nez aussi rejoint les objets, mais par la senteur. Ils perçoit les objets comme odorants. Et ainsi de suite pour les cinq sens externes. L'animal, jusqu'à un certain point, a les mêmes prérogatives que l'homme du côté du monde sensible.

      L'homme, par son intelligence, n'est pas forcé de percevoir cependant les corps sous un aspect particulier. L'intelligence peut considérer les corps sous n'importe quel aspect. C'est là le signe de la supériorité de l'activité intellectuelle, activité bien supérieure à celle reliée à un organe corporel.

      De plus, l'intelligence peut percevoir bien plus que ce que perçoivent les sens, qui, eux, sont nécessairement liés à la couleur, au son, à l'étendue, etc. L'intelligence humaine peut atteindre le monde immatériel. Elle peut s'élever au-dessus de tout ce qui est matériel. Elle peut contempler des réalités qui n'ont rien à voir avec ce monde-là. Elle peut, par exemple, chercher la vérité, se questionner sur le sens de la vie, la notion de bien, l'immortalité de l'âme, la vie divine, le pourquoi de la souffrance, etc.

      Pour faire cette opération toute particulière, l'homme doit s'élever au-dessus de tout ce qui est purement matériel. Le principe qui lui permet d'atteindre le monde spirituel et qui rend l'esprit de l'homme capable d'atteindre ce monde unique, doit être lui-même spirituel. Pourquoi ? La réponse se trouve dans la grande tradition philosophique: l'effet produit n'est jamais plus grand que la cause qui le produit.

      Une chose encore. L'intelligence humaine a le pouvoir de percevoir non seulement les choses spirituelles, - vérité, bien, âme, Dieu, etc. - mais est capable de former certaines notions abstraites à partir de notions particulières. L'intelligence peut considérer un ou plusieurs êtres singuliers, et en tirer, par exemple une définition. Contemplant la multiplicité des fleurs des champs, elle peut en oublier la couleur, la taille, la forme, la longueur pour en dégager une idée. C'est ce qu'on appelle la faculté d'abstraction. Par cette faculté, l'esprit humain arrive à une idée universelle, à une définition de la chose. Une telle réalité est forcément différente de tout ce qu'un organe corporel peut donner et lui est forcément supérieur. Il s'agit ici d'une différence de nature et non seulement de degré, si on compare la nature humaine avec la bête.

      Jetons un regard aussi du côté de jugement moral. Nous y trouverons une autre preuve que l'âme humaine n'est pas un principe organique, mais un principe spirituel.

      Plaçons la bête devant un morceau de viande. Il sentira la viande, et si la faim le tenaille, il sautera sur le morceau de viande pour l'avaler rapidement. Imaginons aussi le lion affamé en pleine jungle qui doit assouvir sa faim. Il a le choix entre l'antilope qui passe ou le chasseur imprudent. Il ne fait aucune différence entre le premier et le second. Indifféremment, il mangera l'un et l'autre ou mangera le premier et laissera l'autre ou mangera le second, oubliant le premier. Il est attiré tout simplement vers la viande et il est incapable de voir la différence entre l'antilope et le chasseur. Le chasseur aura beau crier, inviter le lion à se détourner de lui pour aller vers la bête, il ne sera pas sûr de son sort, tant et aussi longtemps que le lion ne se sera pas exécuté. S'il a de la chance, il pourra raconter à ses amis qu'il a été sauvé par je ne sais quelle circonstance, ou à cause peut-être d'une invocation rapide des dieux.

      Plaçons l'homme devant un morceau de viande. Il va se former un jugement, se demander s'il doit tout manger ce qui est devant lui, se demander s'il peut en manger une ou deux portions, se demander jusqu'où il doit aller pour se garder en santé, quoi faire avec ce qui reste, etc. En fait, l'homme va non seulement manger le morceau de viande, mais il va se demander s'il est agréable de le faire, pourquoi il est agréable de le faire, et pour quelle raison il a choisi cette viande-ci plutôt que telle autre, en quoi celle-ci est meilleure plutôt que celle qui est demeurée chez le boucher, et enfin, pourquoi, il se permet de varier la présentation, la qualité et la quantité de la viande à manger. Il invitera peut-être des amis à partager même son copieux repas.Une preuve que l'âme humaine n'est pas liée à un principe organique, mais un principe spirituel.

      Nous avons dit antérieurement que l'âme humaine pouvait s'exprimer par l'intelligence et le volonté humaine. Un mot sur celle-ci .Les appétits sensitifs réclament toutes sortes de choses qui excitent leur envie. La boisson vient combler l'appétit de boire, la nourriture vient assouvir l'appétit de manger, la rencontre amoureuse permet à l'appétit sexuel de se calmer. Mais rien ne peut satisfaire totalement tous ces appétits. Et chacun sait par expérience que ...c'est toujours à recommencer.

      La volonté humaine, faculté toute spirituelle, peut régler ces appétits parfois trop voraces. Elle permet de diriger les énergies de l'homme vers des objets purement spirituels. La volonté humaine permet la poursuite de la vertu, l'amour de la tempérance, la sagesse d'une prudence nécessaire, l'application de la force dans l'épreuve de la vie. La volonté humaine se doit donc d'être spirituel. Elle ne pourrait pas repousser certains désirs organiques et orienter l'homme vers la poursuite d'un idéal plus haut et plus spirituel, si elle n'était liée qu'à la vie organique. L'homme peut agir ou ne pas agir. Il peut décider d'agir dans telle circonstance et ne pas le faire dans telle autre. Pourquoi ? Parce que son action n'est pas liée totalement à un organisme. Elle est indépendante de celle-ci...L'homme peut ne peut pas, s'il le veut, être ceci ou cela, faire ceci ou cela. L'animal, ne peut pas vouloir. Il est programmé pour faire ceci ou cela. Il n'est toujours que ceci ou cela et ne peut pas ne pas être autre chose que ce qui est programmé dans sa nature. Il ne peut pas faire autre chose que ce que sa nature lui a permis de faire toujours et en tout temps.

      Le principe duquel découle l'activité de la volonté humaine doit donc être inorganique. Il est donc forcément spirituel.

      La démonstration de la spiritualité de l'âme humaine est faite. Il ne reste qu'à tirer les conclusions nécessaires. Les athées ont tort. L'âme est spirituelle et forcément indestructible. La mort n'est pas la fin de l'homme comme s'il était une bête parmi tant d'autres. La mort, n'est que la destruction d'un organisme vivant qui survit, grâce au Créateur, dans une dimension toute mystérieuse, mais tout aussi réelle que celle-ci.

 

6 novembre 1999

 

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