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La veilleuse
 

      L'élection d'un gouvernement majoritaire péquiste, le 30 novembre dernier, a conduit une fois de plus à mettre en veilleuse la cause de l'indépendance du Québec. Le dictionnaire Robert dit qu'une veilleuse est " une petite lampe ou ampoule électrique éclairant peu, qu'on laisse allumée pendant la nuit ou en permanence dans un lieu sombre." Le Québec vit en permanence dans la demi-obscurité, la pénombre et les demi-vérités, et il ne faut surtout pas compter sur nos deux watts de députés ou de ministres pour faire jaillir la clarté. Je n'en vois aucun parmi eux, aptes à nous mettre dans la lumière, à faire jaillir en nous la joie d'un peuple libéré.

      Les péquistes à Québec - je n'ose pas pas parler de l'opportunisme des bloquistes à Ottawa - ne sont que des faiseux d'élections, des vendeurs de cartes et des ramasseurs de sous. Ils n'ont aucune visée politique . Ils n'ont aucun plan d'ensemble qui pourrait motiver les indépendantistes. Ils s'assurent, avec les moyens traditionnels que René Lévesque a tant dénoncés, d'une réélection certaine, afin de jouir éventuellement d'une pension à vie, tout en condamnant la pauvreté dans leur milieu respectif. Pour un bon nombre d'entre eux, ils sont doublement ou triplement rémunérés par le système, pourquoi oseraient-ils alors le dénoncer ? Peut-on avoir confiance à des gens qui demandent notre confiance et qui le lendemain se dépêchent de la mettre au rancart ? Ils font partie de ce Québec de l'ombre et ils sont ces petites veilleuses de deux watts qu'ils continuent de perpétuer, de crainte que le peuple se réveille et réclame ce qu'ils ont osé nommer sans y croire véritablement.

      Lorsque ces deux watts de politiciens se seront à jamais éteints, le Québec retiendra qu'il n'a eu dans son histoire que les politiciens qu'ils méritaient et que ceux-ci n'étaient au fond que le reflet de sa profonde médiocrité . Il fait froid dans mon pays aujourd'hui et l'ombre semble s'être installé à perpétuité. Les éclaireurs s'alimentent toujours au courant de la facilité et du pragmatisme. Ils ont la clarté de leurs calculs politiques mesquins et de leurs avantages personnels qu'ils ne veulent pas perdre. Ils ont la pénombre de leurs discours et les demi-vérités de leur jargon perpétuel. Parce qu'il ne fait plus clair dans la maison, les fabricants de pouvoir s'amusent à créer l'illusion qu'ils n'ont pas abandonné la cause en laquelle ils ne croient plus. Mais il fait encore assez clair pour que je m'aperçoive que le combat est presque terminé avec la génération de politiciens qu'on vient malheureusement d'élire encore une fois. Il faut espérer un matin nouveau, la clarté d'une aube nouvelle, qui viendrait raviver la lumière dans la veilleuse qui vacille dans l'ombre. Les peuples doivent mériter la beauté de la liberté. Il semble que nous ne la méritions pas puisque nous continuons à élire l'ambiguïté et le double langage. Il n'y a qu'un chemin qui mène à la liberté, c'est la vérité. Qui osera nous la dire ? Qui osera prendre le risque de la faire jaillir ?
 

* Ce texte a été publié dans le journal Le Devoir et le journal La Presse
 

 Bonne lecture !
 

15 décembre 1998
 

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