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Les preuves de l'existence de Dieu (2)
 

      Notre point de départ est donc le suivant: l'existence de Dieu est possible. Il nous reste à soumettre cette hypothèse à l'épreuve d'une solide critique rationnelle. Cette démarche ne vise pas à la conversion de qui que ce soit. Elle n'entraîne pas une conviction automatique non plus.

      Les preuves a posteriori partent toujours d'un fait d'expérience. Ce fait d'expérience peut être, soit externe, comme l'ordre du monde, soit interne, comme le sentiment d'obligation morale. Les preuves a posteriori s'appuient toujours sur le principe de la raison suffisante. Mon ancien professeur de philosophie la résumait par ce schéma: tout a sa raison suffisante; or, tel fait que nous venons d'observer ne peut avoir de raison suffisante qu'en un être que nous appelons Dieu; donc Dieu existe.

      Dans un premier temps, nous exposerons les arguments a posteriori en commençant par les arguments moraux. Ils sont plus faciles et frappent davantage la conscience commune. Puis, dans un second temps, nous nous arrêterons aux arguments cosmologiques. Ils sont la base la plus solide et la plus ferme de la preuve rationnelle de l'existence de Dieu.

 

1) L'existence de Dieu prouvée par la loi morale

      Tout homme , même le plus primitif , éprouve le sentiment profond de faire son devoir, cherche à réaliser la justice autour de lui. Tout homme se sent obligé de faire le bien, d'éviter le mal, de pratiquer la vertu, de s'éloigner du vice, de dire la vérité, de fuir le mensonge. Aucun être humain doué d'une intelligence et d'une volonté libre pense que tuer son semblable, dévaliser une banque, faire l'aumône, partager ses richesses, sont des exemples d'actions également bonnes. Chaque être humain entend le plus naturellement une voix qui lui dicte que telle action est meilleure que l'autre, que telle autre action est valable et que telle autre est condamnable. La conscience nous parle donc en termes impératifs. Rapidement, dans son évolution, l'être humain a accédé à cette réalité: il y a des choses qui sont moralement bonnes et des choses qui sont moralement mauvaises. C'est ce que nous appelons la loi morale.

      L'être humain ne vit pas toujours en conformité avec cette loi morale fondamentale. Certains hommes, par exemple, ont pu dans l'histoire se tromper quant à l'application de la loi morale. Ils ont pu poser certains gestes individuels ou collectifs que la loi morale réprouve. Dans certaines tribus, par exemple, on a tué des personnes âgées, croyant poser une bonne action. Ces gens se trompaient quant à ce qui était bien et ce qui était mal, mais ils n'ont jamais mis en doute la réalité de la loi morale qui impose la nécessité de faire le bien et d'éviter le mal.
Il y a aussi tout autour de nous des gens qui nient l'existence de cette loi morale. Mais lorsqu'on y regarde de très près, ils la nient qu'en théorie. En pratique, ils sont les premiers à condamner les actes immoraux posés autour d'eux. Il s'agit de faire une petite expérience bien simple pour démontrer que ces négateurs de la loi morale ne sont pas logiques avec eux-mêmes. Demandez-leur s'ils accepteraient de se faire dévaliser leur maison, de se faire dépouiller de leurs biens matériels, de se faire tuer tout bêtement par un illustre inconnu, de se faire violer au hasard d'une rencontre. La réponse sera immédiate et unanime. Ils feront référence rapidement à leurs droits et à l'obligation à tous de les respecter. Droits et obligations n'existeraient pas s'il n'y avait pas de loi morale. C'est la preuve la plus tangible de son existence.

      S'il n'y a plus de loi morale - laquelle se résume dans le principe qu'il faut faire le bien et éviter le mal- tout est permis. S'il n'y a plus d'obligation à se soumettre à ce principe, tout devient possible, tout devient justifiable. L'injustice vaut tout autant que la justice, l'assassinat vaut le respect de la vie, l'intempérance vaut la modération. Il n'y a plus de loi commune qui dirige les actions humaines. Il n'y a que des actes posés que chacun peut justifier ou condamner selon son bon plaisir.

      La loi morale exige un législateur. Comme il doit y avoir une cause à tout ce qui existe, la loi morale renvoie à son auteur. Et l'auteur de cette loi morale ne peut être l'homme lui-même. Car si l'homme était l'auteur de cette loi, il pourrait aisément la changer au gré de ses penchants. Il pourrait aisément transformer le vice en vertu, rendre méprisable ce qui est honnête.

      Certains osent affirmer que la société est l'auteur de la loi morale. Elle peut donc la modifier à son gré. Voilà la pire des erreurs. La société doit construire ses lois sur ce qu'elle découvre déjà dans la nature humaine. Elle ne peut envisager de légaliser tous les vices, en vue d'un certain pouvoir qu'elle ne veut pas perdre. La société légifère dans un seul but: éviter que la communauté éclate. Elle s'occupe surtout des rapports entre les personnes, particulièrement les choses concernant la justice et la répartition des biens. Le reste est laissé à la conscience de chacun. La société peut nous interdire - et donc punir - le vol sous toutes ses formes. Elle ne légiférera jamais pour nous interdire de partager notre surplus, ou pour haïr notre prochain. Ces questions relèvent de notre conscience personnelle, soumis à la grand loi morale qui demande de faire le bien et d'éviter le mal.

      La loi morale ne vient donc pas de la société et elle préexistait avant elle. La loi morale n'est pas quelque chose que l'homme s'impose à lui-même, en vue d'une certaine utilité. Elle a été placée par le Créateur au coeur de l'être intelligent et libre, afin qu'il évite le mal et cherche à faire le bien. Il faut donc en conclure qu'elle est au coeur de notre nature et qu'elle a pour auteur Dieu lui-même. La raison humaine dit que quelqu'un ou quelque chose exige cette loi. Pour devenir et rester un homme, satisfaire aux exigences de sa nature, l'homme se doit de la faire vivre au coeur de sa vie.Le Créateur nous a donné une intelligence capable de voir la différence entre le bien et le mal. La loi civile, qui ne peut que réglementer des actions extérieures, ne peut jouer ce rôle. Dieu est le suprême législateur et auteur de cette loi: à chacun de la reconnaître en écoutant les exigences de sa condition humaine.

 

 2.L'existence de Dieu prouvée par les arguments cosmologiques

      Les arguments évoqués ici nous renvoient non pas à notre conscience individuelle, mais à la connaissance que nous avons du monde extérieur. Saint Paul, dans l'épître aux Romains, chapitre 1, versets 19-21 nous en donne l'essence même: « ... car ce qui de Dieu est inconnaissable leur est connu, car Dieu leur a manifesté. En effet, depuis la création du monde, ses oeuvres rendent visibles pour qui sait comprendre ses attributs invisibles comme son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu'ils sont inexcusables puisque, connaissant Dieu, ils ne l'ont pas glorifié et remercié comme Dieu».

      Les hommes sont donc, selon Saint Paul, inexcusables de ne pas arriver à la conviction de l'existence de Dieu. Ils n'ont qu'à ouvrir les yeux et contempler l'univers afin de découvrir la présence d'un Dieu créateur. La certitude de l'existence de Dieu leur est offerte à partir d'une réflexion sur le cosmos. Les arguments utilisés, et cela de plusieurs façons différentes, arrivent tous à la même conclusion: Dieu existe, parce que le monde est là. Il est en mouvement, il a une cause, il est contingent, et il a une fin.

      En effet, le spectacle du monde nous renvoie d'abord à l'ordre qui y règne, à l'adaptation de parties à l'ensemble. Il semble y avoir dans ce monde ordonné une finalité obligée. Tout ordre suppose quelqu'un qui ordonne, un ordonnateur. Or, la matière est incapable de s'ordonner elle-même, de se donner des moyens afin d'atteindre une fin. Il faut donc que le monde ordonné soit l'oeuvre d'un ordonnateur intelligent.

      «Vous trouverez difficilement un esprit fouillant profondément la science, qui ne présente pas une religiosité caractéristique. Mais cette religiosité se distingue de celle de l'homme simple: pour ce dernier, Dieu est l'être dont il espère la sollicitude, dont il redoute le châtiment, un être avec lequel il entretient dans une certaine mesure des relations personnelles, si respectueuses qu'elles soient: c'est un sentiment sublimé de même nature que les rapports du fils au père.

      Au contraire, le savant est pénétré du sentiment de causalité de tout ce qui arrive (...). Sa religiosité réside dans l'admiration extasiée de l'harmonie des lois de la nature; il s'y révèle une raison si supérieure que tout le sens mis par les humains dans leurs pensées n'est vis-à-vis d'elles qu'un reflet absolument nul. Ce sentiment est le leitmotiv de la vie et des efforts du savant, dans la mesure où il peut s'élever de l'esclavage de ses désirs égoïstes. Indubitablement, ce sentiment est proche parent de celui qu'ont éprouvé les esprits créateurs religieux de tous les temps».

      Ainsi parle Albert Einstein... Même si tous les savants ne remontent pas à l'affirmation d'un esprit organisateur du monde, ils sont quand même conscient qu'un ordre régit cet univers qu'ils analysent. Einstein, quant à lui, constatant que l'univers fonctionne selon des lois mathématiques que l'intelligence humaine a beaucoup de mal à déchiffrer, concluait avec certitude que cet univers est l'oeuvre d'une intelligence mathématicienne infiniment supérieure à l'intelligence humaine.

      À partir de l'ordre qu'il y a dans le monde, faisons maintenant cette autre réflexion. Comment expliquer que ce monde si bien ordonné soit un monde en mouvement constant. Il faut donc une cause qui mette ce monde en mouvement, qui de cause seconde en cause seconde nous remonte nécessairement à une cause première, c'est-à-dire à une cause qui ne dépend d'aucune autre.C'est la célèbre preuve du « premier Moteur » que nous trouvons au livre VIII de la Physique d'Aristote. « Tout ce qui se meut est mû par un autre ». Cet autre, à son tour, ou bien est immobile, et nous avons le «premier Moteur»; ou bien il se meut, tenant par la suite son mouvement d'un autre. Mais on ne peut remonter ainsi indéfiniment; il faut s'arrêter, car ce n'est pas en prolongeant la série des moteurs qu'on rend compte de leur mouvement, et recourir à un premier moteur qui est lui-même immobile. Il y a donc à l'origine du mouvement, à l'origine du monde en mouvement un Premier Moteur. Aristote le nomme l'Acte pur, c'est-à-dire un PRINCIPE qui donne le mouvement à tout cet ensemble, qui ne l'aurait pas, si le Premier moteur, lui qui est non mû, ne le lui donnait pas.

      Donc le ciel et la terre existe. Ils crient qu'ils ont été créés; ils changent, en effet, et ils varient. Or dans ce qui existe sans avoir été créé, il n'y a rien qui n'ait été auparavant, ce qui serait changer et varier.

      Ils crient également qu'ils ne se sont pas créés eux-mêmes: « Si nous sommes, c'est que nous avons été créés; nous n'étions pas avant d'exister de manière à pouvoir nous créer nous-mêmes.» Et la voix qui parle est le spectacle offert à nos yeux.

      C'est donc vous, Seigneur, qui les avez créés: vous qui êtes beau, car ils sont beaux; vous qui êtes bon, car ils sont bons; vous qui êtes, car ils sont. Ils ne possèdent cependant pas la beauté, ni la bonté, ni l'être au même degré que vous, leur créateur, en comparaison duquel ils ne sont ni beaux, ni bons, ni existant».

      Ainsi parle Saint Augustin. Un point cependant à souligner. La cause première, l'Acte pur, le Premier Moteur dont parle Aristote ne s'insère pas, dans la chaîne causale, au sommet des causes secondes comme un premier chaînon. C'est une façon humaine de parler de cette question. La cause première n'est première qu'en ce sens qu'elle n'a pas besoin pour être des autres causes secondes , qu'elle ne dépend pas d'elles et que tout en définitive dépend d'Elle. Elle est «non pas un numéro premier au terme d'une série plus ou moins longue, mais un Autre, en toute rigueur du terme, un Premier en ce sens qu'il dépasse tous les autres, et ne fait pas partie du reste, étant d'un tout autre ordre. Si l'on veut une image pour soutenir l'attention, on peut bien se représenter le wagon qui passe, et non pas la série des voitures qui le précédent ni même la motrice entraînant l'ensemble du train, mais plus simplement, plus définitivement, l'énergie électrique courant dans les câbles et dominant la totalité du convoi».

      Posons en terminant un dernier regard sur ce monde ordonné, mis en mouvement par un Premier Moteur. Ce monde est un monde contingent, c'est-à-dire un monde dont le caractère principal est d'être conçu comme pouvant être ou ne pas être. Tout être contingent suppose puisqu'il n'a pas l'être par lui-même, un être nécessaire. Comme à l'évidence ce monde dans lequel nous sommes est contingent, forcément il doit exister que par un Être qui lui donne l'être qu'il n'a pas, que l'on nomme, l'Être nécessaire. Et cet Être nécessaire est Dieu.

      Chacun de nous est un être contingent, c'est-à-dire que par le fait même que nous n'avons pas toujours existé, nous ne sommes pas un Être nécessaire. Si nous étions un Être nécessaire, nous aurions toujours eu l'existence et aucun ne pourrait nous l'avoir donné, puisque nous l'aurions eu de toute éternité.

      Être contingent, nous n'avons pas en nous notre raison suffisante. Notre raison d'être est dans un autre qui lui aussi est contingent. Il faut donc remonter jusqu'à l'Être nécessaire, qui lui ne reçoit pas l'Être de quelqu'un d'autre parce qu'il est l'Être qui a comme raison d'Être d'être et donc, qui peut donner l'être à un être qui ne peut que le recevoir. Cet Être se nomme Dieu.

      Chacun de nous éprouve le besoin de fonder le contingent sur le nécessaire. Inexorablement, la question du sens et du pourquoi de l'existence hantent notre esprit. On peut répondre comme Jean-Paul Sartre que « tout existant naît sans raison, se prolonge par faiblesse et meurt par rencontre». C'est dire en peu de mots l'absurdité du réel. Mais n'y a-t-il pas au coeur de cette réponse facile, un aveu d'échec, une forme d'échappatoire. La philosophie est un exercice rationnel. Les conclusions peuvent ou bien nous satisfaire ou ne pas nous satisfaire. On peut choisir la voie de l'absurde devant l'évidence. Libre à chacun de le faire. Somme toute, c'est un refus de philosopher, même si ces belles théories sont dites par des philosophes très à la mode. Ce n'est pas la mode qui doit triompher, mais la vérité. C'est ce à quoi tout philosophe doit consacrer sa vie.
 

 Bonne lecture !
 

24 juin 1998
 

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