Les
partisans de la thèse du hasard affirment que le monde dans
lequel nous sommes est apparu tout simplement parce que les
conditions étaient réunies pour qu'il apparaisse.Une
autre thèse découle alors de cette affirmation
gratuite: la matière est éternelle. Le monde n'a donc
jamais commencé. Le monde a toujours existé. La
matière est donc éternelle. L'univers, en plus
d'être le fruit d'un hasard, s'est constitué à
partir d'une matière primitive qui aurait existé de
toute éternité. La matière se serait
constituée par elle-même et serait donc
indépendante d'une Cause première qui lui aurait
donné l'existence. La matière est là. Elle ne
vient de rien. Elle a toujours été et elle sera
toujours sous une forme ou sous une autre. Peut-on sérieusement
expliquer l'origine de l'univers à partir d'une telle
affirmation ? C'est ce que nous allons voir maintenant.
D'abord
examinons les faits. L'éternité de la matière
relève plus d'une question scientifique que philosophique.
Elle nous renvoie au savant dans son laboratoire. Or, le savant ne
travaille jamais sur des affirmations gratuites. Tout ce qu'il dit,
est basé sur de faits. Les faits lui permettent de se
prononcer sur les événements à venir et sur ceux
qui sont passés. Or, la science moderne, à partir de
découvertes récentes, s'est largement prononcée
sur le sujet. L'univers dans lequel nous naviguons n'a pas toujours
existé. L'âge de l'univers varie selon les savants, mais
ils la situent entre 10 et 15 milliards d'années. Le monde n'a
pas toujours existé. Le monde a commencé et certains
pensent qu'il ira forcément vers son extinction. Mais, peu
importe en ce qui regarde la fin de l'univers, les savants
s'entendent sur le début de l'univers. L'univers n'est pas éternel.
Si
la matière était éternelle et
incréée, la matière serait forcément
divine. Si la matière était éternelle,
forcément elle ne serait pas créée. Elle devrait
donc exister en vertu de sa nature propre. Un être qui existe
de par sa nature doit avoir toujours existé et ne peut jamais
cesser d'exister. Cet être est infini, il a toute la perfection
possible. Cet être est donc Dieu.
Les
matérialistes, c'est-à-dire ceux qui professent
l'auto-suffisance de la matière, ne veulent pas dire que la
matière est éternelle, car ce serait affirmer une autre
forme de croyance en Dieu. Ils affirment tout simplement que la
matière est là. Point. Mais cette affirmation est
pleine de contradictions. Examinons cela de plus près.
Si
la matière est éternelle, elle est un être
nécessaire. Elle est cet être qui ne peut pas ne pas
être, elle est un être dont la nature est d'exister. La
matière éternelle n'a donc pas besoin d'un autre
être pour exister puisque par nature elle ne peut pas ne pas
exister. Elle est existante par elle-même puisqu'elle a
l'être de toute éternité.
L'être
contingent, au contraire, n'a pas par lui-même l'existence.
Cet être n'existe pas nécessairement et ne pourra jamais
commencer d'exister que si un autre être dont la raison
d'être est d'être ne lui donne ce qu'il n'a pas par
lui-même, à savoir l'existence. L'être contingent
n'accède à l'existence qu'à moins que quelque
chose en dehors de lui ne le fasse exister.
Considérons,
par exemple, le pot à fleurs qui est devant moi sur cette
table. C'est un être contingent. Non seulement quelqu'un l'a
fabriqué, - il n'a donc pas toujours eu l'existence et il
n'est donc pas un être nécessaire - mais quelqu'un l'a
placé devant moi sur cette table. Quelqu'un lui a donc
donné l'existence qu'il n'avait pas d'une part, et d'autre
part, quelqu'un lui a donné une place dans cette existence
qu'il gardera à jamais, à moins que quelqu'un ne le
déplace à un moment donné. Sinon, il demeurera
là jusqu'à ce qu'il tombe en poussière.
La
science nous dit ceci. Chaque être matériel, chaque
sorte d'êtres matériels (et l'homme est une
matière qui pense) a commencé d'exister. Chaque
être matériel est donc un être contingent. L'homme
n'a pas toujours existé. La science confirme qu'en deça
de la période quaternaire, il ne semble pas y avoir de trace
d'être humain. Dans la période pré-cambrienne, il
n'y a pas de trace d'animaux. Antérieurement à cela, on
ne trouve aucune trace de plante sur la surface de la terre. On ne
trouve aucune trace d'organismes vivants de quelque sorte que ce
fût. Bref, toutes les choses qui existent présentement,
tous les êtres qui fourmillent dans l'univers, n'ont pas
toujours existé: ils sont donc tous des êtres
contingents. S'ils sont contingents, ils doivent un jour avoir
commencé. Il reste à savoir s'ils ont commencé
par eux-mêmes ou s'ils ont commencé avec l'aide de
quelqu'un d'autre.
Admettons
un instant que tout ce que je viens de dire est scientifiquement
faux et qu'effectivement la matière est éternelle, donc
qu'elle est un être nécessaire de par sa nature. Comment
alors expliquer qu'une matière éternelle, a pu se
transformer en une quantité d'êtres contingents ? Que
ceux qui affirment l'éternité de la matière
répondent à cette question !
En
supposant encore une fois que la matière est éternelle,
cela n'expliquera pas l'énigme de notre existence personnelle
et collective. Il a bien fallu qu'à un moment de l'histoire du
monde, que la vie commençât, car, comme je viens de le
dire, il y a eu, selon les savants, un moment sur cette planète
où il n'y avait pas de vie: pas d'hommes, pas d'animaux, pas
de plantes. Affirmer que de la matière morte a surgi la vie,
me semble absurde, car la vie ne peut pas venir de quelque chose de
mort. La vie ne peut venir que de la vie. La nature non-vivante
aurait engendré la vie ? Cela me semble illogique. Et
pourtant, c'est exactement ce qu'affirment les partisans de la
génération spontanée. La vie n'était pas
et elle est apparue comme cela, sans raison. Comment une chose,- la
matière morte et inerte - peut-elle engendrer la vie,
c'est-à-dire ce qu'elle n'est pas ? Comment peut-elle donner
ce qu'elle n'a pas ? Une chose qui n'a pas la vie peut-elle donner la
vie qu'elle n'a pas ? Une saine philosophie a toujours maintenu que
l'effet ne s'élève jamais au-dessus de sa cause. La
vie, - c'est-à-dire l'effet - serait apparue à partir
d'une cause, - la matière inerte - qui lui serait
inférieure! Cela n'a pas de sens, comme vous le voyez bien...
La
matière éternelle, en supposant qu'elle existe,
n'arrivera jamais à expliquer l'homme. Attardons-nous encore
un peu à cette question. L'homme, comme je le
démontrerai ultérieurement, possède un principe
de vie ( l'âme ) à la fois spirituel et immortel. L'acte
de parler, de communiquer, de lire un livre, de donner un sens aux
mots que l'on prononce, de porter un jugement sur les actes
posés ou à poser, sur la vérité des
énoncés qu'il entend, réfèrent à
une activité tout à fait immatériel. La
matière qui compose notre être et que nous avons en
partage avec tous les autres êtres de l'univers ne peut venir
de cette matière commune. La matière elle-même ne
peut penser, ne peut avoir la faculté de penser. Sinon, toute
matière pourrait le faire. La matière non seulement ne
peut penser par elle-même, mais elle ne peut ni donner la
faculté de penser, ni produire par elle-même l'acte de penser.
L'esprit
humain ne peut donc sortir de la matière, de quelque chose
qui lui est diamétralement opposé. Les champions de la
thèse de la matière éternelle ne disent jamais
que cette matière est spirituelle, car ce serait se condamner
eux-mêmes. Ils affirment tout simplement que la matière
est là, et qu'elle est....matérielle ! Mais alors,
comment expliquer cette réalité spirituelle dans
l'homme qui viendrait d'une matière
purement...matérielle ? Ils ne répondent jamais à
cela ! Ils sont donc incapables d'expliquer la présence ou
l'existence d'activités immatérielles dans l'homme.
L'oriental
affirme souvent qu'en buvant l'eau qui coule, il ne faut jamais
oublier de remonter à la source. Quelle est donc, en dernier
analyse, la source de cet univers qui n'est pas éternel , -
les savants le savent- et qui ne peut être une matière
éternelle qui n'existe pas ? Le philosophe anglais John Locke
répond à cette question de la façon suivante:
Puisque...quel
que soit l'être premier et éternel, il doit,
nécessairement, avoir la pensée et que, de même,
quel que soit le premier de tous les êtres, il doit
nécessairement contenir et posséder positivement au
moins toutes les perfections qui pourront jamais exister par la
suite..., il s'ensuit nécessairement que l'être premier
et éternel ne peut pas être matière. ( John
Locke, Essai sur l'entendement humain, livre 4, chap.10, sect.10, p.479.)
L'univers
n'est donc pas éternel. Il commence dans le temps. Il est
donc un être contingent, c'est-à-dire un être qui
commence et qui finit. Les partisans de la thèse de
l'éternité de la matière affirment le contraire
et sont en général forcément les partisans d'une
certaine forme d'athéisme. C'est tout à fait normal. La
théorie de la matière éternelle ne peut se
concilier avec l'existence d'un Dieu créateur. Une
matière éternelle signifie qu'elle a par elle-même
sa propre existence et qu'elle ne dépend de rien d'autre pour
exister. Elle doit donc être infinie ou Dieu. Mais il y a
contradiction dans les termes eux-mêmes. Comment un être
matériel peut-il être éternel et faire surgir ce
qu'il n'a pas, à savoir la vie sous toutes ses formes ?
Il
y plus encore. L'éternité de la matière
détruit la notion même du Dieu créateur. Si la
matière était éternelle, Dieu, s'il existe, ne
serait plus qu'un simple ordonnateur. Anaxagore avait dit cela chez
les Grecs. Or, si Dieu existe, il doit être parfait. Il doit
être absolument indépendant de l'univers et n'avoir
besoin en rien de ce qui existe pour être et agir. Si la
matière éternelle existait indépendamment de
LUI, il aurait en quelque sorte besoin d'elle pour se manifester. Il
serait en quelque sorte dépendant de cette matière,
donc il ne serait pas parfait. Donc, il ne serait pas Dieu,
l'être parfait, puisqu'il aurait besoin de la matière
pour manifester sa toute puissance divine. L'éternité
de la matière détruit la notion du Dieu créateur
comme elle détruit forcément l'idée de la
matière elle-même, qui joue, sans que les partisans de
l'éternite la matière l'admettent, le rôle de la
divinité. Il n'est pas étonnant de voir tant
d'athées, déçus de leur vie, retourner à
une forme de divinisation de l'univers. C'est la théorie du
panthéisme, sur laquelle nous reviendrons un jour.
Bonne lecture !
27 avril 1998