La
matérialisme est cette théorie selon laquelle la
matière constitue la réalité fondamentale et
première: dans cette perspective, il n'existe pas d'êtres
immatériels. La lecture attentive de cette définition
permet de résumer le matérialisme en trois points: 1)
selon la matérialisme, la matière est existante par
elle-même; 2) rien en dehors de la matière ne
possède l'existence; 3) et tout ce qui existe dans l'univers
est forcément issu de la matière.
La matière est la seule réalité dans le monde.
Il n'y a qu'une substance dans l'univers et c'est la matière.
Affirmer cela, c'est affirmer du même coup que tout ce qui est
possiblement du «monde spirituel» est tout simplement
inexistant. Dieu ne peut pas exister, puisqu'il est défini
comme pur esprit; l'âme ne peut pas exister, puisqu'elle est
définie comme spirituelle et immortelle. Le
matérialisme, s'il est logique avec lui-même, nie
l'existence de Dieu, nie l'existence de l'âme humaine, et
forcément nie toutes les formes de vie future.
Le matérialisme n'est pas une invention récente. La
théorie matérialiste prend racine chez les anciens
philosophes grecs qui cherchaient un sens et une explication au
monde. Ils se tournèrent tout bonnement vers la matière
pour expliquer ce monde. Thalès de Milet, Anaximène,
Anaximandre furent les premiers au V1e siècle avant notre
ère à défendre ce point de vue. Leur
matérialisme atomomistique est une doctrine mécaniste
d'après laquelle que tout s'explique par l'existence d'atomes
ou particules élémentaires dont est composé la
matière, par leurs mouvements et leurs combinaisons. « A
l'origine de toutes choses, dit Démocrite, il y a les atomes
et le vide, tout le reste n'est que supposition. L'âme n'est
elle-même qu'un agrégat d'atomes extrêmement
subtils et légers».
Le matérialisme du philosophe Épicure s'inspirera tout
naturellement de la pensée de Démocrite pour
défendre une théorie appelée «
hédonisme ». L'hédonisme est cette doctrine qui
fait du plaisir le souverain bien de l'homme. Si Dieu n'est pas, s'il
n'y a pas de vie après la mort, le but de la seule vie qu'il
nous reste n'est autre que la plaisir et la satisfaction de toutes
les formes de passions.
Le matérialisme philosophique du XVIIIe , - avec le baron
d'Holbach, La Mettrie - est une doctrine d'inspiration
anti-religieuse, qui, s'inspirant de la philosophie cartésienne
qui réduit la vie à la matière et celle-ci
à l'étendue, fait de l'homme une véritable
machine. La baron d'Holbach affirme ceci: « Moi, je vous dirai
que je ne vois point mon âme, que je ne connais et je ne sens
que mon corps; que c'est le corps qui pense et qui juge, qui souffre
et qui jouit».
Enfin, le matérialisme prend une dernière forme vers
le milieu du X1Xe siècle. L'histoire de la philosophie le
nomme le matérialisme scientifique. Les principaux
représentants de cette doctrine sont principalement Haeckel,
Vogt, Büchner, Feuerbach. Cette doctrine affirme que toute
explication de l'homme est proprement scientifique. Elle est d'ordre
physico-chimique. La pensée n'est qu'une
sécrétion du cerveau. « Il y a le même
rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le
foie ou qu'entre l'urine et les reins », affirme la naturalisme
allemand Karl Vogt et grand défenseur du transformisme. On
pourrait parler du nouvelle forme de matérialisme apparue au
XXe siècle, nommé le matérialisme
énergétiste avec Ostwal, Mach, W.James, Avenarius,
Russel. Cette théorie, plus philosophique que scientifique,
affirme que l'esprit et la matière ne sont que les deux formes
de l'esprit constitutive de toute réalité. Russel dit
qu' «aussi bien l'esprit que la matière sont faits d'une
substance neutre, dont les lois causales, loin d'avoir la
dualité de la psychologie, forment la base selon laquelle
s'édifient aussi bien la physique que la psychologie».
Tous ces courants de philosophie ont eu une énorme influence
sur notre monde moderne. Ces multiples doctrines qui enseignent que
l'esprit n'est que l'épanouissement de la matière, ont
engendré un grand nombre de philosophies modernes, telles que
l'existentialisme athée, le sensualisme, l'agnosticisme, le
positivisme et toutes les théories qui, directement ou
indirectement, nient que l'homme puisse avoir une vie spirituelle qui
transcende le monde sensible. Les répercussions sont aussi
énormes sur le plan moral. Si l'homme n'est qu'une machine, un
animal un peu plus évolué que les autres, il ne peut
plus y avoir pour lui d'obligation morale. Chacun se conduira selon
l'appel de ses instincts. L'histoire du XXe siècle est
là pour le prouver, surtout dans le domaine social et
politique. Les régimes totalitaires d'inspirations marxistes
et athées ont fait tuer des dizaines de millions de personnes
au nom de leur doctrine. Si, dans l'homme, il n'y a rien qui
ressemble à une âme spirituelle et immortelle, s'il n'y
a aucune faculté qui est au-dessus de ce qui est
matériel, l'homme est réduit à un animal, qui
peut être dressé comme tout animal, éliminé
par la loi de la force, pour satisfaire l'instinct du plus fort.
Le danger est grand pour le temps présent, pour le futur
aussi, de ne voir dans l'homme qu'un mécanisme
dénué de raison et de volonté libre. Si la
liberté humaine est une fiction, si le monde n'est qu'un
ensemble d'atomes tourbillonnant sans raison dans l'univers, si
l'être humain n'est qu'un animal comme les autres, livré
à ses bas instincts, l'homme est alors totalement
sacrifié et mis au service du pouvoir de l'État,
à l'exercice de fins politiques pas toujours louables.
L'écrivain américain John Griffith London, dit Jack,
né à San Francisco en 1876, auteur de nombreux romans,
dont Le loup des mers (The Sea-Wolf), et Croc-Blanc, a très
bien résumé cette attitude matérialiste. Riche
et célèbre, mais déçu par la
société moderne, il se suicida en 1916. Voici ce qu'il
fait dire à un de ses personnages dans Le loup des mers.
Ce corps a été fait pour servir. Les muscles ont
été faits pour saisir, et déchirer, et
détruire les êtres vivants qui s'interposent entre moi
et la vie.
- Mais avez-vous pensé aux
autres êtres vivants? Eux aussi ont des muscles, d'une sorte ou
d'une autre, faits pour saisir, et déchirer, et détruire...
- S'ils viennent à
s'interposer entre moi et la vie, je les saisirai, les
déchirerai, les détruirai le premier.- Une telle
conduite s'explique non pas un dessein réfléchi, mais
par l'utilité.
Maintenant, est-ce possible de faire une réfutation solide du
matérialisme ?
Je crois que oui. La preuve la plus forte contre toutes les formes
de matérialisme est celle de l'existence de Dieu. Comme
l'être humain est capable, par sa raison , d'arriver à
démontrer l'existence de Dieu, il devra forcément
rejeter toutes les formes de matérialisme...Voilà un
travail long et ardu, qui demande courage et tenacité. Peu de
gens entreprennent ce travail exigeant. Ils préfèrent
se contenter de suivre la majorité silencieuse, qui ne se pose
jamais de question sur le sujet... Je reviendrai évidemment
sur ce sujet un peu plus tard.
La deuxième réfutation est fort simple. Le
matérialisme affirme que la matière est la seule
réalité, mais il n'explique ni ne prouve jamais ce
qu'il avance. Si la matière est inerte et sans vie, comment
expliquer que quelque chose de mort a donné un jour la vie,
comment expliquer que la matière a-t-elle pu donner la vie
qu'elle n'avait pas ? Le matérialisme est facilement
condamné aussi par les arguments qui nous permettent de
conclure que la matière n'est pas éternelle et que
celle-ci ne peut donner ce qu'elle n'a pas, à savoir la vie.
Faisons une petite réflexion finale. La philosophie
matérialiste est simple: on part de rien et soudain il y a
quelque chose. De ce quelque chose, qui vient de rien, apparaît
la matière solide; de la matière solide surgit et
naît le vivant végétal; puis du
végétal vient l'animal et de l'animal naît
l'homme.Et tout cela, qui vient de rien, retournera à rien. Le
néant a donné jusqu'à la vie humaine et celle-ci
retombera dans le néant, d'où elle vient.Curieuse de
logique ! Permettez-moi d'en rire un peu...sans doute juqu'à
la fin de mes jours !
Bonne lecture !
4 mai 1998