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Le matérialisme philosophique est-il possible ?

«Le matérialisme est une conception des choses et de l'homme qui explique tout par un aveugle mouvement et enchevêtrement de choses inertes et balancées au hasard. C'est aussi une disposition à expliquer toujours le supérieur par l'inférieur.»

 

Alain, Les arts et les dieux,
p.1071, La Pléiade, Gallimard.

     La matérialisme est cette théorie selon laquelle la matière constitue la réalité fondamentale et première: dans cette perspective, il n'existe pas d'êtres immatériels. La lecture attentive de cette définition permet de résumer le matérialisme en trois points: 1) selon la matérialisme, la matière est existante par elle-même; 2) rien en dehors de la matière ne possède l'existence; 3) et tout ce qui existe dans l'univers est forcément issu de la matière.

       La matière est la seule réalité dans le monde. Il n'y a qu'une substance dans l'univers et c'est la matière. Affirmer cela, c'est affirmer du même coup que tout ce qui est possiblement du «monde spirituel» est tout simplement inexistant. Dieu ne peut pas exister, puisqu'il est défini comme pur esprit; l'âme ne peut pas exister, puisqu'elle est définie comme spirituelle et immortelle. Le matérialisme, s'il est logique avec lui-même, nie l'existence de Dieu, nie l'existence de l'âme humaine, et forcément nie toutes les formes de vie future.

       Le matérialisme n'est pas une invention récente. La théorie matérialiste prend racine chez les anciens philosophes grecs qui cherchaient un sens et une explication au monde. Ils se tournèrent tout bonnement vers la matière pour expliquer ce monde. Thalès de Milet, Anaximène, Anaximandre furent les premiers au V1e siècle avant notre ère à défendre ce point de vue. Leur matérialisme atomomistique est une doctrine mécaniste d'après laquelle que tout s'explique par l'existence d'atomes ou particules élémentaires dont est composé la matière, par leurs mouvements et leurs combinaisons. « A l'origine de toutes choses, dit Démocrite, il y a les atomes et le vide, tout le reste n'est que supposition. L'âme n'est elle-même qu'un agrégat d'atomes extrêmement subtils et légers».

       Le matérialisme du philosophe Épicure s'inspirera tout naturellement de la pensée de Démocrite pour défendre une théorie appelée « hédonisme ». L'hédonisme est cette doctrine qui fait du plaisir le souverain bien de l'homme. Si Dieu n'est pas, s'il n'y a pas de vie après la mort, le but de la seule vie qu'il nous reste n'est autre que la plaisir et la satisfaction de toutes les formes de passions.

       Le matérialisme philosophique du XVIIIe , - avec le baron d'Holbach, La Mettrie - est une doctrine d'inspiration anti-religieuse, qui, s'inspirant de la philosophie cartésienne qui réduit la vie à la matière et celle-ci à l'étendue, fait de l'homme une véritable machine. La baron d'Holbach affirme ceci: « Moi, je vous dirai que je ne vois point mon âme, que je ne connais et je ne sens que mon corps; que c'est le corps qui pense et qui juge, qui souffre et qui jouit».

       Enfin, le matérialisme prend une dernière forme vers le milieu du X1Xe siècle. L'histoire de la philosophie le nomme le matérialisme scientifique. Les principaux représentants de cette doctrine sont principalement Haeckel, Vogt, Büchner, Feuerbach. Cette doctrine affirme que toute explication de l'homme est proprement scientifique. Elle est d'ordre physico-chimique. La pensée n'est qu'une sécrétion du cerveau. « Il y a le même rapport entre la pensée et le cerveau qu'entre la bile et le foie ou qu'entre l'urine et les reins », affirme la naturalisme allemand Karl Vogt et grand défenseur du transformisme. On pourrait parler du nouvelle forme de matérialisme apparue au XXe siècle, nommé le matérialisme énergétiste avec Ostwal, Mach, W.James, Avenarius, Russel. Cette théorie, plus philosophique que scientifique, affirme que l'esprit et la matière ne sont que les deux formes de l'esprit constitutive de toute réalité. Russel dit qu' «aussi bien l'esprit que la matière sont faits d'une substance neutre, dont les lois causales, loin d'avoir la dualité de la psychologie, forment la base selon laquelle s'édifient aussi bien la physique que la psychologie».

       Tous ces courants de philosophie ont eu une énorme influence sur notre monde moderne. Ces multiples doctrines qui enseignent que l'esprit n'est que l'épanouissement de la matière, ont engendré un grand nombre de philosophies modernes, telles que l'existentialisme athée, le sensualisme, l'agnosticisme, le positivisme et toutes les théories qui, directement ou indirectement, nient que l'homme puisse avoir une vie spirituelle qui transcende le monde sensible. Les répercussions sont aussi énormes sur le plan moral. Si l'homme n'est qu'une machine, un animal un peu plus évolué que les autres, il ne peut plus y avoir pour lui d'obligation morale. Chacun se conduira selon l'appel de ses instincts. L'histoire du XXe siècle est là pour le prouver, surtout dans le domaine social et politique. Les régimes totalitaires d'inspirations marxistes et athées ont fait tuer des dizaines de millions de personnes au nom de leur doctrine. Si, dans l'homme, il n'y a rien qui ressemble à une âme spirituelle et immortelle, s'il n'y a aucune faculté qui est au-dessus de ce qui est matériel, l'homme est réduit à un animal, qui peut être dressé comme tout animal, éliminé par la loi de la force, pour satisfaire l'instinct du plus fort.

       Le danger est grand pour le temps présent, pour le futur aussi, de ne voir dans l'homme qu'un mécanisme dénué de raison et de volonté libre. Si la liberté humaine est une fiction, si le monde n'est qu'un ensemble d'atomes tourbillonnant sans raison dans l'univers, si l'être humain n'est qu'un animal comme les autres, livré à ses bas instincts, l'homme est alors totalement sacrifié et mis au service du pouvoir de l'État, à l'exercice de fins politiques pas toujours louables. L'écrivain américain John Griffith London, dit Jack, né à San Francisco en 1876, auteur de nombreux romans, dont Le loup des mers (The Sea-Wolf), et Croc-Blanc, a très bien résumé cette attitude matérialiste. Riche et célèbre, mais déçu par la société moderne, il se suicida en 1916. Voici ce qu'il fait dire à un de ses personnages dans Le loup des mers.

       Ce corps a été fait pour servir. Les muscles ont été faits pour saisir, et déchirer, et détruire les êtres vivants qui s'interposent entre moi et la vie.

- Mais avez-vous pensé aux autres êtres vivants? Eux aussi ont des muscles, d'une sorte ou d'une autre, faits pour saisir, et déchirer, et détruire...

- S'ils viennent à s'interposer entre moi et la vie, je les saisirai, les déchirerai, les détruirai le premier.- Une telle conduite s'explique non pas un dessein réfléchi, mais par l'utilité.

       Maintenant, est-ce possible de faire une réfutation solide du matérialisme ?

       Je crois que oui. La preuve la plus forte contre toutes les formes de matérialisme est celle de l'existence de Dieu. Comme l'être humain est capable, par sa raison , d'arriver à démontrer l'existence de Dieu, il devra forcément rejeter toutes les formes de matérialisme...Voilà un travail long et ardu, qui demande courage et tenacité. Peu de gens entreprennent ce travail exigeant. Ils préfèrent se contenter de suivre la majorité silencieuse, qui ne se pose jamais de question sur le sujet... Je reviendrai évidemment sur ce sujet un peu plus tard.

       La deuxième réfutation est fort simple. Le matérialisme affirme que la matière est la seule réalité, mais il n'explique ni ne prouve jamais ce qu'il avance. Si la matière est inerte et sans vie, comment expliquer que quelque chose de mort a donné un jour la vie, comment expliquer que la matière a-t-elle pu donner la vie qu'elle n'avait pas ? Le matérialisme est facilement condamné aussi par les arguments qui nous permettent de conclure que la matière n'est pas éternelle et que celle-ci ne peut donner ce qu'elle n'a pas, à savoir la vie.

       Faisons une petite réflexion finale. La philosophie matérialiste est simple: on part de rien et soudain il y a quelque chose. De ce quelque chose, qui vient de rien, apparaît la matière solide; de la matière solide surgit et naît le vivant végétal; puis du végétal vient l'animal et de l'animal naît l'homme.Et tout cela, qui vient de rien, retournera à rien. Le néant a donné jusqu'à la vie humaine et celle-ci retombera dans le néant, d'où elle vient.Curieuse de logique ! Permettez-moi d'en rire un peu...sans doute juqu'à la fin de mes jours !

 Bonne lecture !
 

4 mai 1998
 

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