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Dieu est-il mort ? (1)

«Dans l'opinion qu'il y a un Dieu, il se trouve des difficultés, mais dans l'opinion contraire, il y a des absurdités »

 

Voltaire, Traité de Métaphysique, Oeuvres complètes, Vol.31, p.29,
Paris, Dupont, 1824.

     L'existence de Dieu a toujours fait problème. Pour deux raisons principales: la première, c'est que le sujet est difficile et la seconde, parce que le problème est souvent mal posé.

     D'abord, le sujet est difficile. La théodicée, qui est la science traitant de Dieu par les lumières naturelles de la raison, ne peut aborder la question de l'existence de Dieu que par le mode de l'analogie avec les êtres finis, c'est-à-dire, en se servant des mêmes idées et vérités que dans l'étude de l'être comme tel. Forcément donc, le discours est toujours boiteux, remplis d'anthropomorphismes, de comparaisons qui en viennent peut-être à nous éloigner de la question plutôt que de nous y rapprocher.

     Le problème de l'existence de Dieu pose donc une question majeure à la raison humaine laissée à ses propres forces. Dans l'histoire de la pensée, plusieurs philosophes en sont venus à douter de son existence. Certains, exagérant tellement la possible transcendance de Dieu, en sont venus à l'agnosticisme, doctrine selon laquelle ce qui dépasse les apparences sensibles est inconnaissable. D'autres, se référant tellement à l'immanence de Dieu, à savoir sa présence et son action dans le monde, en sont venus à tomber dans le panthéisme. Agnosticisme et panthéisme conduisent souvent au même résultat, l'athéisme pur.

     De plus, le sujet est souvent mal posé. Le problème de l'existence de Dieu ne peut se traiter, comme tous les problèmes en philosophie, qu'à partir de la réalité objective, c'est-à-dire, le monde physique, la réalité universelle, la nature et tout ce qu'elle contient. Poser le problème de l'existence de Dieu, c'est partir forcément de la réalité visible du monde pour essayer de remonter vers une réalité invisible qui ne tombe pas sous le coup de l'expérience sensible. Tout autre voie mène à l'impasse.

     Pour le moment, abordons la question de l'existence de Dieu, à partir d'un point de vue contraire, soit l'athéisme . L'athéisme est une doctrine qui nie l'existence de Dieu. L'athéisme est une théorie qui affirme que l'Univers se suffit, qu'il est le seul être, qu'il est la totalité de l'être et qu'il n'y en a pas d'autre. Si l'Univers est donc le seul être, forcément il doit être l'Être absolu.

     La question est donc de savoir si l'athéisme est logique, pensable, intelligible. Les connaissances que nous avons de l'Univers, de son contenu, de son évolution, nous permettent-ils de conclure que le monde physique est le seul être et qu'il est forcément l'Être absolu, qu'il n'y en a pas d'autre ?

     Le philosophe Claude Tresmontant a là-dessus une argumentation solide. Il vaut la peine de s'y référer et de la citer dans sa totalité.

     Si l'Univers est seul, s'il est le seul être, alors il est forcément éternel, dans le passé, puisque l'être, la totalité de l'être ne peut sortir du néant absolu. Cela, c'est un principe, une évidence première au-delà de laquelle l'intelligence humaine ne peut pas remonter. C'est une évidence première qui n'est pas démontrable: elle est visible par elle-même et elle n'a pas besoin d'être démontrée par quelque chose de plus clair qu'elle-même. D'ailleurs jamais la pensée humaine ne l'a mise en question, cette évidence, et c'est même l'un des principes du matérialisme, depuis qu'il existe, indéfiniment répété: EX NIHILO, NIHIL. Du néant absolu, l'être ne peut pas surgir. Si donc l'Univers est le seul être, ou la totalité de l'être, alors il n'a jamais commencé, car s'il avait commencé, il aurait surgi, lui le seul être, lui l'être total, du néant absolu, ce qui est impossible et impensable. L'athéisme d'hier et d'aujourd'hui est donc obligé de professer l'éternité de l'Univers dans le passé. Il est donc obligé a priori d'affirmer quelque chose qui, en droit, relève de l'astrophysique, de la cosmologie, de la physique cosmique. Il est obligé de faire de la métaphysique a priori, il est obligé de procédé comme l'idéalisme, ce qui est le comble des mésaventures et des disgrâces pour une philosophie qui se veut matérialiste. (...)

     Compte tenu de ce que nous savons aujourd'hui, l'athéisme est une philosophie impossible, si l'on veut raisonner correctement en tenant compte de l'expérience, puisque nous savons maintenant avec certitude, au XXe siècle, que l'Univers est un système qui reçoit constamment de l'information, un système en train de se composer, ou en régime de composition continuée, tout comme une symphonie inachevée.(...)

     L'Univers peut maintenant être daté. Il a un âge limité. L'on fixe généralement l'âge de l'univers autour de quinze ou vingt milliards d'années. L'Univers est donc un système qui reçoit constamment de l'information. Et comme l'univers a débuté et qu'il ne peut se donner à lui-même sa propre information ou se donner ce qu'il n'avait pas au début, il faut donc conclure logiquement qu'il reçoit cette information de quelqu'un d'autre. Certains ne veulent pas utiliser le mot « Dieu » pour marquer l'origine de cette information. Libre à eux, mais ils ne peuvent pas nier le fait que l'univers n'est pas autosuffisant et qu'il a besoin de quelqu'un d'autre pour lui donner ce qu'il ne peut se donner lui-même.

     L'Univers n'est donc pas l'Absolu; il n'est donc pas divin. La théogonie est contradictoire dans les termes mêmes. Pour affirmer que Dieu est l'Univers et que l'Univers est Dieu, il faudrait professer que l'univers est autosuffisant. Comme la science démontre que l'Univers est en genèse, en évolution, qu'il peut être daté, l'univers ne peut donc pas être divin. Il faut lui trouver une explication. L'Univers reçoit constamment de l'information qu'il n'avait pas au départ, il faut donc conclure qu'il reçoit cette information qu'il n'avait pas au départ, de quelqu'un d'autre qui la lui donne.

     L'athéisme conduit forcément à l'adoration de l'Univers. Le théisme, son contraire, développe l'idée de création et n'idolâtre pas le monde physique dans lequel la créature est plongée. L'athéisme cherche à maintenir la suffisance de l'Univers, la divinité de l'Univers. Il essaie de lui prêter tous les caractères métaphysiques qu'il prêterait au Dieu créateur. Mais il ne peut le faire. Le théisme enseigne donc que l'Univers dépend de quelqu'un d'autre pour être, il développe l'idée de dépendance de l'Univers par rapport à un autre. Bref, le théisme enseigne que Dieu nous fait don de l'Univers et qu'il en est le maître absolu. Il n'a pas besoin de l'Univers à qui Il donne l'être constamment pour Être ce qu'il est et n'a pas besoin pour réaliser son Être de donner l'être au monde dans lequel nous vivons constamment.

     L'existence de Dieu vient donc résoudre parfaitement l'énigme de notre existence. Le hasard n'existe pas et la matière n'est pas éternelle puisque le monde n'est pas autosuffisant. Il faut donc trouver une réponse pour satisfaire totalement l'esprit humain. Chacun peut y arriver, à condition de ne pas raisonner de travers. L'être humain le fait souvent dans une foule de domaines. Le problème de l'existence de Dieu n'en est pas exclu !

 Bonne lecture !
 

11 mai 1998
 

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