L'existence de Dieu a toujours fait problème. Pour deux
raisons principales: la première, c'est que le sujet est
difficile et la seconde, parce que le problème est souvent mal posé.
D'abord,
le sujet est difficile. La théodicée, qui est la
science traitant de Dieu par les lumières naturelles de la
raison, ne peut aborder la question de l'existence de Dieu que par le
mode de l'analogie avec les êtres finis, c'est-à-dire,
en se servant des mêmes idées et vérités
que dans l'étude de l'être comme tel. Forcément
donc, le discours est toujours boiteux, remplis d'anthropomorphismes,
de comparaisons qui en viennent peut-être à nous
éloigner de la question plutôt que de nous y rapprocher.
Le
problème de l'existence de Dieu pose donc une question majeure
à la raison humaine laissée à ses propres
forces. Dans l'histoire de la pensée, plusieurs philosophes en
sont venus à douter de son existence. Certains,
exagérant tellement la possible transcendance de Dieu, en sont
venus à l'agnosticisme, doctrine selon laquelle ce qui
dépasse les apparences sensibles est inconnaissable. D'autres,
se référant tellement à l'immanence de Dieu,
à savoir sa présence et son action dans le monde, en
sont venus à tomber dans le panthéisme. Agnosticisme et
panthéisme conduisent souvent au même résultat,
l'athéisme pur.
De plus,
le sujet est souvent mal posé. Le problème de
l'existence de Dieu ne peut se traiter, comme tous les
problèmes en philosophie, qu'à partir de la
réalité objective, c'est-à-dire, le monde
physique, la réalité universelle, la nature et tout ce
qu'elle contient. Poser le problème de l'existence de Dieu,
c'est partir forcément de la réalité visible du
monde pour essayer de remonter vers une réalité
invisible qui ne tombe pas sous le coup de l'expérience
sensible. Tout autre voie mène à l'impasse.
Pour le
moment, abordons la question de l'existence de Dieu, à partir
d'un point de vue contraire, soit l'athéisme .
L'athéisme est une doctrine qui nie l'existence de Dieu.
L'athéisme est une théorie qui affirme que l'Univers se
suffit, qu'il est le seul être, qu'il est la totalité de
l'être et qu'il n'y en a pas d'autre. Si l'Univers est donc le
seul être, forcément il doit être l'Être absolu.
La
question est donc de savoir si l'athéisme est logique,
pensable, intelligible. Les connaissances que nous avons de
l'Univers, de son contenu, de son évolution, nous
permettent-ils de conclure que le monde physique est le seul
être et qu'il est forcément l'Être absolu, qu'il
n'y en a pas d'autre ?
Le
philosophe Claude Tresmontant a là-dessus une argumentation
solide. Il vaut la peine de s'y référer et de la citer
dans sa totalité.
Si
l'Univers est seul, s'il est le seul être, alors il est
forcément éternel, dans le passé, puisque
l'être, la totalité de l'être ne peut sortir du
néant absolu. Cela, c'est un principe, une évidence
première au-delà de laquelle l'intelligence humaine ne
peut pas remonter. C'est une évidence première qui
n'est pas démontrable: elle est visible par elle-même et
elle n'a pas besoin d'être démontrée par quelque
chose de plus clair qu'elle-même. D'ailleurs jamais la
pensée humaine ne l'a mise en question, cette évidence,
et c'est même l'un des principes du matérialisme, depuis
qu'il existe, indéfiniment répété: EX
NIHILO, NIHIL. Du néant absolu, l'être ne peut pas
surgir. Si donc l'Univers est le seul être, ou la
totalité de l'être, alors il n'a jamais commencé,
car s'il avait commencé, il aurait surgi, lui le seul
être, lui l'être total, du néant absolu, ce qui
est impossible et impensable. L'athéisme d'hier et
d'aujourd'hui est donc obligé de professer
l'éternité de l'Univers dans le passé. Il est
donc obligé a priori d'affirmer quelque chose qui, en droit,
relève de l'astrophysique, de la cosmologie, de la physique
cosmique. Il est obligé de faire de la métaphysique a
priori, il est obligé de procédé comme
l'idéalisme, ce qui est le comble des mésaventures et
des disgrâces pour une philosophie qui se veut
matérialiste. (...)
Compte
tenu de ce que nous savons aujourd'hui, l'athéisme est une
philosophie impossible, si l'on veut raisonner correctement en tenant
compte de l'expérience, puisque nous savons maintenant avec
certitude, au XXe siècle, que l'Univers est un système
qui reçoit constamment de l'information, un système en
train de se composer, ou en régime de composition
continuée, tout comme une symphonie inachevée.(...)
L'Univers
peut maintenant être daté. Il a un âge
limité. L'on fixe généralement l'âge de
l'univers autour de quinze ou vingt milliards d'années.
L'Univers est donc un système qui reçoit constamment de
l'information. Et comme l'univers a débuté et qu'il ne
peut se donner à lui-même sa propre information ou se
donner ce qu'il n'avait pas au début, il faut donc conclure
logiquement qu'il reçoit cette information de quelqu'un
d'autre. Certains ne veulent pas utiliser le mot « Dieu »
pour marquer l'origine de cette information. Libre à eux, mais
ils ne peuvent pas nier le fait que l'univers n'est pas autosuffisant
et qu'il a besoin de quelqu'un d'autre pour lui donner ce qu'il ne
peut se donner lui-même.
L'Univers
n'est donc pas l'Absolu; il n'est donc pas divin. La théogonie
est contradictoire dans les termes mêmes. Pour affirmer que
Dieu est l'Univers et que l'Univers est Dieu, il faudrait professer
que l'univers est autosuffisant. Comme la science démontre que
l'Univers est en genèse, en évolution, qu'il peut
être daté, l'univers ne peut donc pas être divin.
Il faut lui trouver une explication. L'Univers reçoit
constamment de l'information qu'il n'avait pas au départ, il
faut donc conclure qu'il reçoit cette information qu'il
n'avait pas au départ, de quelqu'un d'autre qui la lui donne.
L'athéisme conduit forcément à l'adoration de
l'Univers. Le théisme, son contraire, développe
l'idée de création et n'idolâtre pas le monde
physique dans lequel la créature est plongée.
L'athéisme cherche à maintenir la suffisance de
l'Univers, la divinité de l'Univers. Il essaie de lui
prêter tous les caractères métaphysiques qu'il
prêterait au Dieu créateur. Mais il ne peut le faire. Le
théisme enseigne donc que l'Univers dépend de quelqu'un
d'autre pour être, il développe l'idée de
dépendance de l'Univers par rapport à un autre. Bref,
le théisme enseigne que Dieu nous fait don de l'Univers et
qu'il en est le maître absolu. Il n'a pas besoin de l'Univers
à qui Il donne l'être constamment pour Être ce
qu'il est et n'a pas besoin pour réaliser son Être de
donner l'être au monde dans lequel nous vivons constamment.
L'existence de Dieu vient donc résoudre parfaitement
l'énigme de notre existence. Le hasard n'existe pas et la
matière n'est pas éternelle puisque le monde n'est pas
autosuffisant. Il faut donc trouver une réponse pour
satisfaire totalement l'esprit humain. Chacun peut y arriver, à
condition de ne pas raisonner de travers. L'être humain le
fait souvent dans une foule de domaines. Le problème de
l'existence de Dieu n'en est pas exclu !
Bonne lecture !
11 mai 1998