La technique
permet aujourd'hui de transmettre la culture à une vitesse
fulgurante. Au moment où je vous parle aujourd'hui, des
centaines de personnes entendent ce que vous entendez, peuvent
discuter de ce qu'ils ont entendu, en débattre au travail,
à l'usine, en roulant en auto avec des amis. Ces moyens
ultra-rapides représentent un réel progrès. Ils
facilitent la transmission de la connaissance. Il ne faut pas s'en plaindre.
Mais ces
moyens peuvent faciliter aussi la transmission de
vérités truquées, de vérités
tronquées. Ils peuvent même servir à transmettre
la fausseté. Certains penseurs croient aujourd'hui que la
force qui mène le monde est le mensonge. On ne cherche plus
à savoir ce que l'on dit est vrai ou faux. On cherche à
savoir si ce que l'on dit va plaire à l'auditoire, si la
pensée véhiculée sera populaire, si cela va
flatter les désirs et les penchants de chacun. Certains
discours ne cherchent plus à éclairer les
intelligences, à transmettre les données exactes. Ils
cherchent plutôt à corrompre les esprits, à
démolir les mentalités, à épaissir le
brouillard. Une idée devient juste si elle est acceptée
par un grand nombre. On réfléchit à partir de
sondages. L'argument du nombre, n'en déplaise à
quelques uns, n'est jamais un preuve de la justesse ou de la
vérité d'une chose. On peut être seul à
défendre un point de vue et se trouver dans la vérité.
Nous sommes
entrés dans l'ère du mensonge systématique. Il
faut maintenant sans cesse s'accommoder de demi-vérités.
Plusieurs de mes amis se demandent autour de moi s'il est encore
possible de faire des affaires honnêtement, de rester à
vie fidèle à son conjoint, de ne pas tricher, de ne pas
voler le gouvernement, de prendre uniquement ce qui lui revient, de
ne pas rogner sur ses heures de travail, etc. Il semble que
l'honnêteté ne paie plus. Je me suis fait dire des
centaines de fois dans ma vie que j'étais trop honnête
pour faire de la politique. J'en ai donc conclus que ceux qui la font
à ma place ne le sont pas...
Certains humains vivant actuellement sur cette
planète se battent tous les jours pour la vérité.
Vérité politique, vérité sociale,
vérité philosophique, vérité
religieuse.La vérité ne se trouve pas toute faite
quelque part comme on trouve un objet rare. Elle se présente
sous différentes formes. Elle n'a pas toujours la même
densité, ni la même importance.
Une bonne
partie de la vérité à laquelle nous
adhérons est basée sur la force du témoignage.
Certains de nos contemporains hésitent actuellement à
admettre qu'il puisse être possible de vivre toute une vie avec
le même compagnon ou la même compagne. L'argument massu
est souvent le suivant: « A quoi ça sert de se marier,
tout le monde divorce. Personne n'est véritablement heureux en
amour.» Et pourtant cela est possible. ( Notez: je ne dis pas
:facile...). Chaque semaine, le journal nous donne le
témoignage d'un couple de notre région ou d'ailleurs
qui célèbre son cinquantième anniversaire de
mariage. Les enfants ou les petits-enfants qui les entourent
célèbrent l'événement et personne
n'oserait en rire ou présenter l'exploit comme ridicule. La
vérité de l'amour fidèle est possible: certains
arrivent à le vivre.
La
vérité d'ordre scientifique a d'autres fondements. Il
se base sur des données objectives, souvent recueillies par
les prédécesseurs. Personne n'ose mettre en doute la
vérité suivante: la terre n'est pas plate. Elle est
à peu près ronde. La vérité scientifique
est possible. Et je pourrais continuer dans d'autres domaines.
La
vérité n'existe donc pas toute nue quelque part. Elle
se montre sous différents visages et elle nous renvoie à
une autre dimension beaucoup plus grande, éternelle , qui est
Celui qui englobe tout ce qui est, tout ce qui a été et
tout ce qui sera. En bout de piste, elle s'identifie avec l'Absolu.
On pourrait
comparer la Vérité (avec un grand V) à une
immense et magnifique verrière. Imaginons qu'un géant
ait fait tomber sur elle un énorme rocher. La voilà
fractionnée en des centaines de milliers de petits morceaux.
Les hommes se précipitent alors pour sauver ce qui reste de
cet admirable ensemble. Chacun en a ramassé un ou plusieurs
fragments en disant: « Je possède la Vérité.
» Or chacun n'en détient qu'une parcelle. Nous efforcer
de recomposer l'ensemble reste, à des degrés divers,
notre tâche permanente à tous. Il vaut donc la peine de
se battre pour la Vérité ! Certains y consacrent leur
vie et parfois en meurent.
21 avril 1997