Texte provenant du site http://www.cafe.rapidus.net/neturcot/index.html   

 

 
 

           [ Retour ]

 
Le suicide chez les jeunes

 
     L'émission "Le Point" du 15 janvier dernier a porté sur un sujet controversé: le suicide chez les jeunes. Une polyvalente des Cantons de l'est, précisément celle de Coaticook, était au prise alors avec une vague de suicides chez ses étudiants. En effet, entre le mois de décembre et le mois de janvier, 4 jeunes adolescents se sont donnés la mort... On cherche encore les motifs qui ont pu conduire ces jeunes gens - apparemment sans histoire - à poser un tel geste. Les spécialistes sont accourus de tous les coins du Québec pour réfléchir sur le phénomène. Ils ont bien trouvé quelques raisons vagues qui peuvent avoir mené ces adolescents à la mort. Ces intervenants-spécialistes n'ont cependant pas voulu pointer de responsables. «Il ne faut surtout pas chercher à trouver des coupables », de dire les invités de Jean-François Lépine à cette prestigieuse émission de fin de soirée. Drôle de réaction, ne trouvez-vous pas ? Dans la plupart des situations humaines, afin de mieux les comprendre, on cherche toujours les motifs qui ont conduit à poser un geste, et qui éventuellement en est le responsable. C'est là le fondement même de toute l'activité morale. Dans le cas qui nous préoccupe, on n'ose pas... comme si on avait peur que le responsable ne soit pas très loin.

     Le Québec, vous le savez sans doute, a un taux de mortalité due au suicide plus élevé que l'ensemble du Canada et qui dépasse même celui des États-Unis, de l'Angleterre et de l'Italie. C'est même devenu la première cause de mortalité chez les jeunes de 15-20 ans. Au Québec, 1000 personnes se suicident chaque année. En France, il y a au moins 8000 suicides par an, parmi lesquels beaucoup de jeunes. En Suède, pays de société permissive et où règne un confort matériel incomparable, la proportion des suicides est encore plus forte. Ce sont là des faits qui font réfléchir.

     Habituellement on énumère de la façon suivante les motifs qui conduisent au suicide chez les adolescents: milieu familial perturbé, rupture brutale en amour, culpabilité suite à une expérience de viol ou d'inceste, échec, solitude, sentiment de rejet, appel au secours, manipulation, sentiment de désintégration personnelle, manque d'identification, etc..

     Le suicide peut être considéré au point de vue moral et au point de vue sociologique. Au point de vue moral, peu de doctrines philosophiques l'ont approuvé. Au point de vue sociologique, le suicide et le crime en général, sont vus comme deux symptômes d'un mal qui tend à désagréger la société. D'ailleurs, ainsi que l'a si bien montré le sociologue français Émile Durkheim, mort en 1917, la tendance au suicide diminue d'autant plus que l'individu est uni à une collectivité, (famille, clan, église, nation, corporation) par des liens plus forts, plus précis et plus nombreux.

     Il y a donc un rapport entre le suicide, le crime en général, et la désagrégation de la société. Nous offrons maintenant à la jeunesse montante le triste spectacle des nos collectivités éclatées. Nous offrons à la génération qui vient, rien de moins que l'étalement de nos familles divisées, brisées, que nos sociétés en crise constante. Nous avons mis sur la table de l'humanité les fruits de nos discordes, de nos divisions sociales et politiques et nous voudrions que nos enfants ne soient pas malades ? Les coupables ? Il ne faut pas avoir peur de le dire, ce sont tous et chacun de nous qui avons inventé une civilisation de mort plutôt qu'une civilisation de vie. Il n'est pas étonnant que certaines jeunes choisissent de la quitter.

     De plus, nous sommes la génération qui a perdu le sens du transcendant et qui ne le transmet plus. Nous avons oublié que la vie d'un être humain est un réalité qui dépasse la mesure de l'homme. Nous avons oublié de transmettre à nos jeunes que la vie nous préexiste et nous survit. Nous recevons celle-ci de plus haut et personne d'entre nous n'est un absolu qui peut décider de sa vie s'en tenir compte d'un Absolu dans l'Être qui donne la vie que nous avons.

     Le refus de la vie qui semble s'être s'installé dans nos moeurs occidentales vient donc de la perte du «prix de la vie». Toute vie est sacrée: à commencer par celle qui débute dans le silence de l'infiniment petit jusqu'à celle qui se termine sur un lit d'hôpital...Parce que nous avons perdu cette référence, tous les gestes sont permis. On n'ose pas chercher à comprendre parce que c'est trop facile à comprendre. On n'ose pas chercher à expliquer parce que l'explication est trop évidente. L'être humain n'est pas le maître de sa vie. Il n'en est pas l'auteur, le maître absolu. Nier une telle réalité, c'est dire que l'homme peut décider à tout moment de son destin. Il y a, semble-t-il une limite qui ne peut être franchie. Et là-dessus, l'unanimité se fait aisément.

     Le vide de sens nous a conduit à l'angoisse, à une sorte d'apathie ténébreuse. Le sens tragique de l'existence n'existe plus pour la plupart d'entre nous. Nous vivons sans raison de vivre. La mort de ces jeunes est un cri dans le noir qui nous interpelle. Pourquoi continuer à vivre cette vie, si vous êtes incapables de nous dire à quoi elle sert», semblent dire ces jeunes qui nous quittent si tragiquement . «N'importe quel sens vaut mieux que pas de sens du tout,» disait un jour le philosophe allemand Friedrich Nietzsche. Quel sens avons-nous à offrir ? Si nous n'en avons pas, ou si peu, nous sommes les vrais responsables de ces morts sans raison apparente.

     Quand il n'y a plus de raison de vivre, c'est souvent parce qu'il n'y a plus de raison d'être...Parce que nous ne réfléchissons plus sur la grandeur et la valeur de l'être, il n'est pas étonnant de voir que certains en concluent qu'il ne vaut plus la peine de le conserver.

     Si certains jeunes ne trouvent plus, ou si peu de raison de vivre, c'est sans doute parce que notre génération est incapable de leur en fournir une. Notre vie doit cesser de couler, plate et insignifiante. Il y a dans toute vie un appel par en avant ou par en haut. A chacun de le lancer.

 
17 février1997

 

[ Retour ]  ------------------------------  N'ésitez pas à me faire part de vos commentaires et de vos interrogations : euroenigma25@hotmail.com