Les
électeurs et les électrices du Canada éliront
bientôt leur prochain gouvernement. La campagne qui se termine
aura permis à tous les partis d'exprimer plus ou moins
clairement leurs positions économiques, sociales et
constitutionnelles. Il reste maintenant aux citoyens et aux
citoyennes de ce grand pays d'exprimer démocratiquement leur
choix, et cela par un vote secret. C'est la grande prérogative
de la démocratie. Certains pays ont du lutter pendant des
années avant d'atteindre ce niveau d'expression. Nos
démocraties occidentales ne sont sans doute pas parfaites,
mais elles offrent au moins, à tous les quatre ans , à
chaque citoyen, la possibilité d'endosser les politiques
gouvernementales ou carrément de les rejeter. Exerçons
donc lucidement ce droit acquis, qui fait l'envie de bien des pays
à travers le monde.
Exercer son
droit de vote, c'est porter un jugement sur le gouvernement en place
et en porter un autre sur ceux qui voudraient occuper le remplacer.
Essayons brièvement de porter ce jugement sur l'une et l'autre
des options possibles.
Le
gouvernement libéral actuel, depuis son élection en
1993, a entrepris une réduction de son déficit. On peut
discuter des méthodes utilisées, mais le résultat
s'avère être concluant. D'ici deux ans, le gouvernement
fédéral aura atteint son objectif du déficit
zéro. Il devra ensuite s'attaquer à l'énorme
dette de près de 700 milliards qui mine toujours sa marge de
manoeuvre. Du côté de l'emploi, le gouvernement a
posé des gestes louables mais dont les résultats
tardent toujours à venir. Le programme constitutionnel du
gouvernement semble être l'aspect le plus faible du mandat
actuel. Certains diront que les promesses faites au cours du dernier
référendum n'ont pas été tenues, d'autres
diront qu'elles sont en voie de l'être et que, de toutes
façons, peu importe les gestes posés, elles ne
satisferont jamais l'option séparatiste qui souhaite le
démembrement du pays. Le gouvernement actuel mérite-t-il
qu'on le réélise ? A vous de le juger.
Quant
à l'opposition officielle, elle se trouve dans un drôle
de dilemme. Elle souhaite la réélection du plus grand
nombre possible de députés et un deuxième mandat
comme opposition toujours officielle. C'est assez rare, vous en
conviendrez, dans nos démocraties occidentales, que des
politiciens demandent de se faire réélire une
deuxième fois, tout en souhaitant ne pas prendre le pouvoir.
Le Bloc
québécois a joué un rôle intéressant
durant les dernières années, mais il semble que sa
raison d'être à Ottawa soit de plus en plus remise en
question. Ce parti créé en toute hâte, en vue du
référendum de 1995, ne semble plus avoir de
légitimité pour occuper les banquettes de l'opposition.
Flanqué d'un chef élu dans la controverse au mois de
mars dernier, ce parti semble toujours se chercher une raison de
rester dans la capitale fédérale, tout en
espérant la quitter, le plus vite possible. Son programme
politique n'est pas un programme de gouvernement, mais plutôt
un ramassis de slogans creux qui ne mènent nulle part.
Les
séparatistes peuvent-ils continuer à siéger au
gouvernement central? Rien ne les empêche. Logiquement
cependant, ils devraient au moins s'engager avant le scrutin, à
laisser la place de l'opposition officielle à un autre parti
qui espère un jour former le gouvernement central. En 1993, le
Bloc québécois nous avait promis le vrai pouvoir tout
en restant dans l'opposition. Cette fois-ci, les
Québécois souhaiteront-ils se mettre du
côté du « vrai » pouvoir et sortir les
comtés d'une opposition qu'ils auront jugé inefficace ?
Opteront-ils pour une place sur les banquettes ministérielles
ou jugeront-ils qu'il vaut mieux additionner encore quatre ans dans
l'opposition, en attendant le prochain rendez-vous
référendaire de l'an 2000 ? On le verra bien la semaine prochaine.
Maintenant,
la décision appartient à chacun. La démocratie
peut encore s'exprimer dans nos pays libres. N'ayons pas peur dans
quelques jours d'user de cette prérogative.Que le prochain
gouvernement nous plaise ou pas, que le prochain député
de notre comté nous plaise ou pas, il faudrait bien, suite aux
résultats du vote de la semaine qui vient, vivre avec
l'expression démocratique de tous les citoyens.
26 mai 1997