«Notre
monde se meurt », disait dernièrement un grand philosophe
français. Malgré sa façade technique et
mécanique forte et éblouissante, notre monde est bien
malade. L'homme moderne est victime d'une dévaluation plus
grande que la monnaie.
Un peu
partout, particulièrement dans la jeunesse montante, on voit
surgir cependant des pointes d'espoir. De plus en plus, les jeunes
demandent à échanger, à se former moralement,
spirituellement. Ils ne veulent plus être victime d'un
système qui les abrutit, qui les détourne de leur vraie
vocation. Ils veulent quelque chose qui est centré sur un
appel profond à la vie intérieure. Ils ne veulent plus
une civilisation qui ne cesse de se liguer contre la vie de l'esprit.
Les jeunes veulent des bergers qui les conduisent vers ce centre
spirituel intérieur et qui les délivreront des
mensonges du monde extérieur.
Il y a
quelques années, un jeune collégien écrivait
ceci. «Notre civilisation souffre d'un mal terrible, mortel peut-être,
qui s'appelle le vide spirituel. Nous avons du pain, des machines,
la liberté extérieure, mais nous ne sommes pas
seulement pétris dans la matière. Le meilleur de
nous-mêmes a faim. C'est, selon moi, à cause de
l'effondrement des valeurs spirituelles essentielles - religion, art,
amour - que les jeunes descendent dans la rue et contestent. Ils se
battent par manque d'âme. Inconsciemment, mais
profondément et avec vigueur, la jeunesse du monde entier
s'est levée pour sauvegarder l'esprit.»
Un autre
jeune, à la même époque écrivait ceci:
« Quand on jouit du superflu, ça laisse du temps libre
pour réfléchir et se poser des questions. Ainsi, on se
cherche une autre raison de vivre que l'argent ou la technique. On ne
confond plus confort et bonheur. Nous regardons autour de nous et
nous ne trouvons rien ni personne pour nous aider à vivre. La
religion est devenu un rite, la politique est un jeu...quand elle
n'est pas un mensonge! C'est un vide moral total. Notre
société n'a développé que le plan
matériel. Elle a perdu son âme. Et nous, nous avons
besoin de vraies valeurs, d'aspirations et de forces spirituelles.
Toute notre générations a pris conscience de ce vide effroyable.»
Ces deux
témoignages peuvent nous convaincre que nous vivons dans un
monde de fous, dans un monde malade.
Notre
civilisation accepte maintenant aisément le viol
généralisé des rythmes de la nature et de la
vie. Nous tuons la vie avant qu'elle naisse et nous sommes
étonnés que nos jeunes se tuent avant de commencer
à 0vivre. Nos sagesses deux fois millénaires ont
été remplacées par des visions
préfabriquées de l'existence. Les grands principes qui
ont jusqu'ici guidé l'Occident sont remplacés par des
recettes, des modes, des stratégies de comportement. Les
grandes règles de la vie morale ont été
substituées par des concessions incessantes, des capitulations
à tous les niveaux. Nos rapports humains ne sont plus
guidés par l'amour, mais par une justice froide, qui devient
vite une bête enragée, lorsqu'on la laisse en
liberté...Plus encore, nous sommes devenus indifférents
à la vérité, et nous couchons chaque jour avec
les mensonges les plus graves. Bref, l'homme moderne n'a plus de
centre de gravité. C'est pourquoi, il a commencé
à culbuter, et nul ne sait quand il sera apte à
retrouver son équilibre moral et spirituel.
Ce
diagnostic posé par les jeunes et parce ceux qui veulent
encore réfléchir, vise essentiellement à nous
sortir de notre dégradation humaine. Que faut-il faire pour
redevenir des êtres humains responsables ? Donnons quelques
orientations de base.
L'être
humain c'est celui qui respire, pense, juge, parle, sourit, agit,
aime, etc...Il a besoin de nourriture, de travail, de repos. Il ne
peut se passer d'estime de l'autre, de justice et d'amour. Il est
appelé sans cesse à donner un regard de compassion,
à partager, à s'émerveiller devant l'enfant qui
grandit, la fleur qui pousse, à s'émouvoir devant la
personne qui souffre, le vieillard qui va mourir. Être humain,
c'est veiller à ne pas perdre son enthousiasme devant la vie,
le courage de faire l'effort, la capacité de se refuser ce qui
est malsain pour son corps et son esprit.
Ces efforts
dont je viens de parler se traduisent habituellement par une lutte
persévérante à sauver ce qu'on appelle la vie
intérieure, ou sa capacité spirituelle. Un être
humain équilibré doit pouvoir réfléchir,
se situer, s'affirmer, se défendre, s'orienter, se donner des
projets qui viennent du dedans de lui-même, opter pour ce qui
semble le meilleur, après avoir soupesé le pour et le contre.
Il faut donc veiller à ce que personne ne
nous enlève notre faculté de juger. Lorsque cette
faculté de juger ne fonctionne plus ou si peu, c'est alors que
notre moteur spirituel est déréglé ou mal
alimenté. Souvent, aucune pièce majeure manque au
moteur humain. Le moteur est souvent au point, mais personne ne se
préoccupe de la qualité de l'essence qu'on y verse dans
le réservoir. Pire encore, pour plusieurs de nos
contemporains, le réservoir est vide. C'est ce grand vide
qu'il faudrait arriver à combler.
Ce que les
jeunes nous reprochent est vrai. Nous essayons de combler notre vide
par quelque chose qui ne peut remplacer ce qui peut
foncièrement faire avancer la belle machine humaine. Pendant
les vacances qui commencent, passez donc au bon endroit pour
alimenter votre réservoir et y verser l'essence qui peut
encore faire battre le coeur humain. Cette essence de qualité
se nomme la vérité et l'amour. Méfiez-vous des
essences bon marché . Le moteur pourrait avoir des
ratés... Bon été à tout le monde et au
plaisir de se revoir à l'automne.
9 juin1997