Les
politiciens sont-ils tous des menteurs ? La réponse que vient
de donner le journaliste André Pratte, dans son petit livre Le
syndrome de Pinocchio, ne fait pas de doute: ils le sont tous, plus
ou moins, selon les fonctions qu'ils occupent dans la
hiérarchie politique. Jamais un livre n'a été
autant décrié par nos élus de l'Assemblée
nationale. Unanimement, ou presque, les députés ont
condamné ce petit livre de 160 pages qui ne fait que colliger
des faits connus de tous. J'ai personnellement savouré la
lecture ce petit ouvrage en moins de 24 heures. Un vrai délice.
Ma conviction n'a pas changé: les politiciens ne disent
jamais le fond de leur pensée et ils déforment toujours
ou presque la réalité.
Dans ce
livre percutant, le journaliste André Pratte cite des dizaines
et des dizaines d'exemples où les politiciens n'ont pas dit la
vérité, ou tout simplement ont carrément menti
à la population. Comme mentir - selon le Petit Robert - c'est
affirmer ce qu'on sait être faux, nier ou taire ce qu'on
devrait dire,- les exemples ne manquent pas où ces illustres
personnages affirment comme vrai ce qu'ils savent être faux et
nient ou taisent ce qui devrait être dit. J'en ai retenu
quelques-uns, simplement pour rafraîchir la mémoire de
tous les électeurs et électrices de ce grand et beau pays.
L'honorable
Pierre-Eliott Trudeau a-t-il par exemple menti à la population
québécoise en 1980, promettant de mettre son
siège en jeu, s'il n'y avait pas de changements
constitutionnels ? L'honorable Jean Chrétien, premier ministre
actuel, a-t-il menti aux Canadiens en niant avoir promis d'abolir la
TPS lors des dernières élections fédérales
de 1993 ? L'honorable Lucien Bouchard, lors du
référendum de 1995, mentait-il, lorsqu'il disait qu'il
fallait faire la souveraineté pour pouvoir régler nos
problèmes économiques, alors qu'aujourd'hui, il dit
tout à fait le contraire, à savoir qu'il faut
maintenant régler nos problèmes économiques, si
on veut ensuite espérer faire l'indépendance du
Québec ? Yves Duhaime mentait-il lors de la campagne au
leadership du Bloc québécois lorsqu'il disait que
Gilles Duceppe était inapte à diriger le parti dans
lequel il continue de militer ? Le Bloc québécois
mentait-il en 1993, en nous promettant de nous donner le vrai pouvoir
et tout ce qui vient avec, tout en restant à jamais dans
l'opposition ? L'honorable Jean Chrétien mentait-il en 1995,
lors du dernier référendum, en nous promettant des
changements constitutionnels qui tardent d'ailleurs toujours à
venir ? Plus près de nous, le député de
Matapédia-Matane mentait-il en 1993, en nous promettant au
début de sa campagne électorale de faire pleuvoir sur
le comté des jobs, des jobs et encore et encore des jobs ?
Mentait-il lorsqu'il nous disait à ce moment-là qu'il
allait en politique pour un seul mandat ? Le député
actuel à l'Assemblée nationale était-il
sérieux lorsqu'un an plus tard il nous promettait de faire
bêler plus d'un million de moutons dans les montagnes de la
Gaspésie ? Le Parti québécois, lors de
l'élection de septembre 1994, mentait-il en nous promettant le
plein-emploi et une autre façon de gouverner ?
Bernard
Landry, ministre des finances dans le gouvernement actuel, ment-il
dans son dernier budget, en nous disant qu'il n'y a pas dans son
exercice financier aucune hausse d'impôts, tout en refilant 500
millions de nouvelles taxes aux contribuables municipaux? Le Parti
québécois mentait-il lorsqu'il avait promis d'abolir la
loi 87, alors qu'il était dans l'opposition, et qu'une fois
arrivé au pouvoir, il ne l'a pas abrogée ? Michel
Gauthier, ancien chef du Bloc québécois, a-t-il bel et
bien été victime d'un putch de la part des ses propres
députés ? Certains députés du Bloc ont
complètment nié ces allégations et pourtant ce
n'est pas ce que Michel Gauthier a affirmé, il y a quelques
jours, sur les ondes d'une station du Lac Saint-Jean. Qui a raison ?
Et je pourrais continuer la liste à l'infini.
Les
politiciens se demandent pourquoi leur cote d'amour est au plus bas.
Je leur conseille de lire ce petit bouquin. Les électeurs se
demandent pourquoi ils n'ont plus envie d'aller voter. Je leur
conseille aussi la lecture de ce petit bouquin. Au prochain scrutin
fédéral qui vient, il faudrait récompenser la
vérité et punir le mensonge. La Chambre des Communes
risquerait alors de se trouver presque vide !
André
Pratte a un rêve qui a toujours été le mien. Il
espère qu'un jour la vérité politique devienne
rentable. Il espère qu'un jour on élise le politicien
qui lui expose les problèmes dans toute leur complexité,
et qui, tout en lui proposant un idéal, lui présente
honnêtement les perspectives réelles des solutions. Il
espère aussi qu'on rejette le politicien qui propose des
solutions simplistes et promet mer et monde.
Les
politiciens sont-ils tous des menteurs ? La conclusion d'André
Pratte, c'est oui ! Vous aussi, vous pouvez le penser, mais sans
doute vous avez peur de le dire. Il ne vous reste qu'un choix: penser
peut-êtrre qu'ils le sont un peu ou davantage, en les battant
à la prochaine élection, si vous pensez qu'ils ne
disent pas la vérité. Mais attention ! Il y a des
mensonges qui se présentent facilement sous des visages de
vérité. Il faut parfois à l'électeur bien
de la perspicacité pour apercevoir ces faussetés
cachées sous une apparence de vérité.
Souvenez-vous toujours de la maxime du philosophe Érasme qui
dit que l'esprit de l'homme est ainsi fait que le mensonge a cent
fois plus de prise sur lui que la vérité.
On n' est
donc pas sorti du bois !
231 mars 1997