Il ne se passe pas une seule
semaine sans qu'un ami, un copain à la retraite, un ancien
compagnon de travail me disent que la société est
malade. Il ne se passe pas une seule semaine sans qu'un proche, un
ami croisé au centre d'achat, un jeune oeuvrant à temps
partiel dans une épicerie ou ailleurs, me disent que nous
vivons dans un monde de fous. A force de l'entendre, à force
de me le faire dire, j'en suis presque venu à m'en convaincre.
Notre société est-elle malade à ce point ?
Est-ce que ceux qui s'expriment ainsi, versent dans la facilité
et portent des jugements trop rapides, sans trop de nuances ?
Qu'est-ce qui est arrivé à cette institution qu'est la
société civile pour qu'une bonne majorité de
citoyens n'y trouve plus d'éléments positifs, n'y
trouvent plus le goût de vivre? Est-ce la faute des dirigeants
? des citoyens ? des institutions en général ? Essayons
de voir de plus près.
L'humanité
ne peut vivre sans un certain nombre d'institutions. Le Québec
a eu au cours de son histoire des institutions que l'on croyait
presqu'inébranlables. Je songe en particulier à la
famille qui fut pendant longtemps le pilier de la
société civile. Je pense encore à la religion,
au gouvernement, au système scolaire, au système
hospitalier, etc. Toutes ces institutions sont aujourd'hui
constamment ou périodiquement mises en cause. Il ne se passe
pas une journée sans qu'un spécialiste se profile sur
notre écran de télé pour nous dire que ce que
nous faisions dans tel ou tel domaine de notre activité
régulière, est à remettre en cause. Que nos
modes de penser et d'agir dans tel secteur sont maintenant
désuets et que nous devrions nous orienter plutôt dans
une nouvelle direction. La nouvelle direction prise, quelques mois ou
une ou deux années plus tard, un autre spécialiste
apparaît pour tenter de nous convaincre que la direction prise
antérieurement n'était pas tout à fait au point,
pas assez pointue pour parler le jargon de la transition, et qu'il
faudrait maintenant bifurquer et revoir nos objectifs antérieurs.
Chacun est
maintenant pris dans la turbulence des changements multiples, les
adaptations constantes, les mutations téléguidées
qui viennent souvent d'en haut, de personnages inconnus, qui
ignorent tout à fait nos pratiques quotidiennes. Nous sommes
à l'ère des transformations profondes, des mutations
généralisées. Il semble qu'il n'y a plus
d'assises sur lesquelles on pourrait fonder quelque chose de
définitif et d'un peu stable. Les gens en viennent à
conclure que le société est malade, que les
institutions sont malades. Bref, le langage populaire a des mots qui
ne trompent pas: nous vivons dans un monde de fous.
Lorsque
les gens disent que nous vivons dans un monde de fous, que la
société est malade, ils veulent sans doute parler de la
société civile. Pour que celle-ci fonctionne bien, ou
le moins mal possible, il faut respecter un certain nombre de
principes. Pour les avoir oubliés, la société en
est venue à moins bien fonctionner ou à mal fonctionner
carrément. Retenons aujourd'hui quelques uns de ces principes
qui font qu'une société fonctionne bien.
D'abord
toute société est basée sur un échange de
services. L'homme est naturellement social. Il a besoin pour vivre
d'une infinité des choses qu'il est impuissant à se
procurer seul. Par exemple, un étudiant est en droit dans nos
institutions actuelles de réclamer qu'on l'aide à
poursuivre ses études, en lui offrant des prêts et
bourses. Par contre la société est en droit d'exiger de
lui un travail assidu qui le conduira à des résultats
scolaires acceptables. L'étudiant ne peut pas recevoir en
oubliant qu'il a une contribution à fournir à la
société. Un coup d'oeil du côté des
travailleurs. Celui qui reçoit un salaire convenable doit
donner un travail convenable. Celui qui reçoit de la
société un service de santé doit songer ensuite
à fournir tous les efforts nécessaires pour conserver
cette santé que la société lui a permis de
retrouver. Il ne peut partir en disant :«Je continuerai bien
à faire ce que je veux....la société est
là pour me soigner...» La société est
malade ? J'en conviens avec vous. Regardons du côtés des
citoyens et vous verrez qu'on pourrait facilement y trouver une
partie du remède.
Un autre
coup d'oeil du côté des dirigeants. Qui dirige et qui
doit diriger dans la société ? Pas le premier venu, le
premier opportuniste, si on se fie à la grande tradition
humaine, mais bien celui qui a les qualités requises pour le
faire. On met des années à préparer ou à
former un médecin, un curé, un enseignant, un avocat.
On met parfois 3 semaines à fabriquer un député,
un ministre, même que parfois on le met au pouvoir sans l'avoir
vu ou rencontré antérieurement. On n'a qu'à
regarder pour voir ce que ça donne !
Il faut
mettre à la tête de l'Etat et des institutions civiles
des personnes qui ont la capacité requise pour diriger...et
certains philosophes n'ont pas craint d'écrire que l'ordre
normal des choses est enfreint chaque fois qu'un être humain
accède au pouvoir pour une autre raison que l'éminence
de son intelligence. Pourquoi ? Parce que par son intelligence, le
chef d'État arrive à voir à prévoir. Et
prévoir, c'est user de prudence dans le sens classique du
terme, c'est-à-dire voir plus loin que son nez. Notre
société est malade parce qu'elle a eu trop de
dirigeants qui ne voyaient pas plus loin que leur propre
réélection et qui ont toujours choisi leur confort
personnel plutôt que la gestion correcte du bien commun.
Deux
remèdes pour guérir les maux de notre
société: des citoyens responsables, des dirigeants
honnêtes et prévoyants. Vous songerez à cela
lorsque viendra le prochain scrutin.
24 février 1997