Il existe dans l'esprit
des gens une grande confusion entre ce qui légal et ce qui est
moral. Chaque jour on peut entendre quelque chose qui ressemble
à ceci: « C'est permis par la loi, donc je peux le faire.
» ou encore: «La loi le défend, je ne peux pas le faire.»
Statistique Canada
a constaté par exemple en 1992, (voir Le Soleil, 13 mars ) que
le taux d'avortement a grimpé très rapidement dès
que la loi sur l'avortement a été
libéralisée à ce moment-là. On s'en
réfère aisément à la loi positive ou la
loi fait par les hommes, pour guider sa conduite. On n'imagine pas
qu'un problème humain puisse se résoudre sans
référer à une telle loi, souvent assortie d'une amende.
Ceci me donne
l'occasion aujourd'hui de réfléchir tout haut sur une
autre loi, que la tradition a nommé la loi morale. Cette loi
est au coeur de tout être humain. Elle fait appel constamment
à notre raison, à notre conscience pour juger le
bonté ou de la méchanceté de nos actes. La
véritable loi morale ne contredit pas la loi humaine ou
positive: la plupart du temps elle l'englobe.
Chez nous, comme
ailleurs sur la planète, on s'imagine que lorsqu'il n'y a plus
de protection légale,qu'il n'y a plus de loi, il n'y a plus de
protection du tout. Les citoyens ne sont pas très familiers
avec la protection morale.
Imaginons la
situation suivante. Le système policier est en grève
générale au Québec pour une journée
complète. Est-ce à dire qu'à ce moment-là
chacun pourrait se permettre de faire tout ce qu'il veut sur les
routes, aller dévaliser le premier magasin du coin, tirer sur
le premier venu. La panique s'emparerait vite des citoyens. Un grand
nombre s'imaginerait sans protection. Et pourtant, on le sait bien,
une solide protection morale remplace bien des lois humaines
fabriquées souvent à la hâte. La loi humaine est
légitime et elle est imposée comme règle afin
d'assurer le bon fonctionnement d'une société. La loi
morale s'occupe plutôt du bon fonctionnement de l'individu. Ce
n'est pas parce que le policier n'est pas dans la courbe pour me dire
de ralentir que je décide de foncer à vive allure: je
me sers de mon jugement et je me protège. Se faisant,. je
protège aussi la vie des autres. La société s'en
porte mieux.
Ainsi, par
exemple, le législateur ne doit pas interdire tout ce que la
morale interdit. Il interdit seulement les fautes les plus graves,
surtout les fautes contre la justice, car ce sont ces fautes qui
menacent la société d'éclatement. La loi
interdit par exemple de conduire en état
d'ébriété. Celui qui conduit une automobile avec
quelques verres de trop peut se blesser gravement, peut aussi
détruire la vie des autres. Ça devient donc un
problème de société. Une loi intervient alors
avec des amendes très sévères. Et avec raison.
La plupart des gens arrivent à conduire leur voiture sans
s'occuper de la loi humaine. Ils réfèrent plutôt
à la loi morale qui leur dictent leur conduite selon le gros
bon sens. Nez Rouge est venu en aide à ceux qui ne sont pas
capables de vivre la sobriété correctement.
Idéalement, dans une société normale, Nez Rouge
devrait passer l'hiver dans les grands espaces enneigés du
Pôle Nord. Accidentellement, il descend pour aider ceux qui
n'arrivent pas à se contrôler eux-mêmes.
En juillet 1992,
les journaux nous apprenaient qu'un homme surpris le torse nu sur la
place Saint-Marc, à Venise, (Italie), avait été
condamné à payer 25,00$ d'amende. Ici,
dernièrement, une femme a obtenu de la Cour de se promener les
seins nus sur la place publique. Les lois varient donc parfois d'un
pays à l'autre. Le gros bon sens, lui ne change jamais. La loi
peut me permettre ou pas de me promener nu ou partiellement
dévêtu dans certains pays. Mais si j'ai à monter
dans le grand Nord canadien, toutes ces distinctions tomberont. Le
gros bon sens l'emportera. On ne voit pas Brigitte Bardot
défendre la cause des phoques, en bikini, sur une banquise des
Iles-de-la-Madeleine. Bref, le moraliste et le législateur
jouent des rôles différents, mais complémentaires.
Le moraliste s'occupe surtout de l'être humain et vise à
ce qu'il s'épanouisse dans toutes les dimensions de sa personne.
Le
législateur vise le bon fonctionnement de la
société. Il fait donc un certain nombre de lois qui
visent à ce que la société fonctionne le moins
mal possible, qu'elle n'éclate pas. Il s'occupe surtout des
questions les plus graves qui permettent à la
société d'atteindre ses fins: le bonheur des citoyens.
Les questions les plus graves touchent tout ce qui concerne la
justice: un salaire convenable, la protection de la vie de chacun, le
respect de la propriété, le respect de la
réputation d'autrui. Enfin, il faudrait toujours, se souvenir
de cette grande règle: un acte n'est pas moralement bon parce
qu'il est légal, et un acte moralement bon peut être illégal.
5 mai 1997