La jeunesse
actuelle désespère les adultes. Cette satanée
jeunesse, sans morale ni orthographe, où va-t-elle se ramasser
? On n'a plus les jeunes qu'on avait, lancent les plus
âgés ! Mais l'histoire nous apprend que la jeunesse a
toujours fait s'arracher les cheveux à l'âge mûr.
Un archéologue a relevé sur une tombe égyptienne
d'il y a 6000 ans, l'inscription suivante: «Nous vivons dans un
âge pourri. Les jeunes ne respectent plus leurs parents. Ils
sont effrontés et impatients. Ils passent leur temps aux
tavernes et n'ont aucune maîtrise d'eux-mêmes.» On
pourrait avoir découvert cette inscription sur les murs du
Café Campus où on enregistre l'émission Piment
Fort !
En descendant de plus de
4000 ans le cours du temps, on rencontre le poète grec
Hésiode mort au 7e siècle avant notre ère.
Esprit positif, il dénonce la rapacité des rois, la
supériorité de la justice sur la démesure. Mais
devant les frasques de la jeunesse de son temps, il s'effondre. Il
dit même qu'il a perdu tout espoir en l'avenir de son pays si
les jeunes d'alors doivent être les dirigeants de demain.
Reprenant la route du
temps, on arrive au très grave et spirituel Platon mort
à Athènes en 348 avant notre ère. Dans son texte
La République le divin philosophe parle de la liberté
comme d'une boisson enivrante. Quand la jeunesse s'en saoule, voici
ce qui se passe. A la maison, le père a peur de ses fils et il
se fait semblable à eux. A l'école, le maître a
peur de l'écolier et il le flatte; l'écolier, lui, n'a
que du mépris pour ce maître flatteur. D'une
manière générale, les jeunes donnent l'air
d'être les vieux et ils leurs tiennent tête en parole et
en actes. Quant aux gens âgés, ne voulant pas passer
pour croulants, ils sont pleins de complaisance pour les jeunes. Et
dire que ces pages datent de plus de 2,500 ans !
Dans ses
«Confessions», saint Augustin, converti et devenu ensuite
évêque de Carthage, mort en 430 après Jésus-Christ,
nous parle de ses condisciples ou de ses amis d'enfance,
dirions-nous aujourd'hui. Ceux-ci s'étaient donné un
nom latin bien particulier «Evertores» qu'on pourrait
traduire par «brise-tout». Augustin nous assure que les
«brise-tout» étaient fiers de leur nom et ne
laissaient passer aucune occasion de l'honorer par quelque acte de vandalisme.
«Les brise-tout
» étaient influents; ils donnaient le ton à toute
la vie étudiante de l'époque. Augustin, dans ses
«Confessions» toujours, nous avoue lui-même qu'il ne
pouvait résister. « Au milieu des jeunes de mon âge,
j'avais honte d'être inférieur en débauche. Je
les entendais se vanter de leurs dévergondages. Pour ne pas
être surclassé, je devais faire le mal par vanité.
Quand je ne pouvais égaler les meilleurs, je feignais d'avoir
commis ce que je n'avais pas commis».
Dix ans plus tard,
Augustin est devenu professeur dans la même ville de Carthage.
Il décrit ainsi le climat qui règne dans les
écoles. Les étudiants, dit-il, se permettent toutes les
libertés. Ils envahissent les salles de cours comme il leur
plaît; ils ruinent la discipline qui y règne et
commettent mille dégâts avec une stupidité
étonnante. L'indiscipline est telle qu'il songe à
abandonner le métier. La rumeur veut qu'à Rome la
discipline soit meilleure. Augustin s'y rend. Les petits Romains ne
sont pas des brise-tout, mais ils se livrent à d'autres
escroqueries: grève de frais de scolarité, par exemple.
Exaspéré, Augustin décide d'aller travailler
pour le gouvernement. De professeur, il devient fonctionnaire.
Et l'on pourrait
multiplier les exemples. Mais ces quelques témoignages,
choisis entre cent, nous incitent à penser que les jeunes
d'aujourd'hui ne sont pas pire que ceux d'hier ou de jadis. Le
même esprit grégaire - ce goût qu'on les humains
de vivre en groupes - qui tyrannisait au temps d'Augustin, impose
toujours sa loi. Ce qui est, c'est vraiment ce qui a
été: il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Bref, la jeunesse a
toujours rué dans les brancards. Je dis que c'est normal et
nécessaire. A notre époque, nous les plus
âgés, nous avons rué à notre façon
et le monde continue toujours à tourner malgré tout. A
l'époque actuelle, la jeunesse rue toujours et conteste. Elle
arrivera bien, sacré belle jeunesse,à prendre toute la
place qui lui revient sous le soleil d'aujourd'hui.
À la belle
jeunesse de notre collège que je connais plus
particulièrement, je veux souhaiter pour les mois qui
viennent, des moments de repos bien mérités. Les
vacances qui commencent vous permettront d'approfondir les
théories apprises en salle de cours. La vie quotidienne
devient pour chacun de vous le laboratoire de votre existence.
Cherchez, expérimentez, questionnez, mais de grâce ne
restez pas passif, dans ce monde qui bouge. Soyez ravis de vivre
pleinement votre existence. Que les grands défis croisent vos
journées et que vos rêves les plus fous se
réalisent. Il n'y a qu'une façon de devenir vieux
prématurément: c'est de ne plus avoir d'avenir devant
soi. Il faut avoir toujours un rêve qui vous fasse vivre. Le
jour où vous en aurez plus ou si peu, il sera temps de partir.
Je vous laisse, jeunes d'ici et d'ailleurs, avec
ce passage d'un sage de l'Orient ancien qui affirme qu' «on peut
enseigner la science, mais non la sagesse. Chacun doit
découvrir la voie qui lui est propre en ensuite se fier au
courant.» Bon été !
12 mai 1997