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Sacrée belle jeunesse !

Après tout, il fut avoir une jeunesse.
L'âge où l'on se décide à être jeune importe peu...

 

George Courteline

 
      La jeunesse actuelle désespère les adultes. Cette satanée jeunesse, sans morale ni orthographe, où va-t-elle se ramasser ? On n'a plus les jeunes qu'on avait, lancent les plus âgés ! Mais l'histoire nous apprend que la jeunesse a toujours fait s'arracher les cheveux à l'âge mûr. Un archéologue a relevé sur une tombe égyptienne d'il y a 6000 ans, l'inscription suivante: «Nous vivons dans un âge pourri. Les jeunes ne respectent plus leurs parents. Ils sont effrontés et impatients. Ils passent leur temps aux tavernes et n'ont aucune maîtrise d'eux-mêmes.» On pourrait avoir découvert cette inscription sur les murs du Café Campus où on enregistre l'émission Piment Fort !

     En descendant de plus de 4000 ans le cours du temps, on rencontre le poète grec Hésiode mort au 7e siècle avant notre ère. Esprit positif, il dénonce la rapacité des rois, la supériorité de la justice sur la démesure. Mais devant les frasques de la jeunesse de son temps, il s'effondre. Il dit même qu'il a perdu tout espoir en l'avenir de son pays si les jeunes d'alors doivent être les dirigeants de demain.

     Reprenant la route du temps, on arrive au très grave et spirituel Platon mort à Athènes en 348 avant notre ère. Dans son texte La République le divin philosophe parle de la liberté comme d'une boisson enivrante. Quand la jeunesse s'en saoule, voici ce qui se passe. A la maison, le père a peur de ses fils et il se fait semblable à eux. A l'école, le maître a peur de l'écolier et il le flatte; l'écolier, lui, n'a que du mépris pour ce maître flatteur. D'une manière générale, les jeunes donnent l'air d'être les vieux et ils leurs tiennent tête en parole et en actes. Quant aux gens âgés, ne voulant pas passer pour croulants, ils sont pleins de complaisance pour les jeunes. Et dire que ces pages datent de plus de 2,500 ans !

     Dans ses «Confessions», saint Augustin, converti et devenu ensuite évêque de Carthage, mort en 430 après Jésus-Christ, nous parle de ses condisciples ou de ses amis d'enfance, dirions-nous aujourd'hui. Ceux-ci s'étaient donné un nom latin bien particulier «Evertores» qu'on pourrait traduire par «brise-tout». Augustin nous assure que les «brise-tout» étaient fiers de leur nom et ne laissaient passer aucune occasion de l'honorer par quelque acte de vandalisme.

     «Les brise-tout » étaient influents; ils donnaient le ton à toute la vie étudiante de l'époque. Augustin, dans ses «Confessions» toujours, nous avoue lui-même qu'il ne pouvait résister. « Au milieu des jeunes de mon âge, j'avais honte d'être inférieur en débauche. Je les entendais se vanter de leurs dévergondages. Pour ne pas être surclassé, je devais faire le mal par vanité. Quand je ne pouvais égaler les meilleurs, je feignais d'avoir commis ce que je n'avais pas commis».

     Dix ans plus tard, Augustin est devenu professeur dans la même ville de Carthage. Il décrit ainsi le climat qui règne dans les écoles. Les étudiants, dit-il, se permettent toutes les libertés. Ils envahissent les salles de cours comme il leur plaît; ils ruinent la discipline qui y règne et commettent mille dégâts avec une stupidité étonnante. L'indiscipline est telle qu'il songe à abandonner le métier. La rumeur veut qu'à Rome la discipline soit meilleure. Augustin s'y rend. Les petits Romains ne sont pas des brise-tout, mais ils se livrent à d'autres escroqueries: grève de frais de scolarité, par exemple. Exaspéré, Augustin décide d'aller travailler pour le gouvernement. De professeur, il devient fonctionnaire.

 
     Et l'on pourrait multiplier les exemples. Mais ces quelques témoignages, choisis entre cent, nous incitent à penser que les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas pire que ceux d'hier ou de jadis. Le même esprit grégaire - ce goût qu'on les humains de vivre en groupes - qui tyrannisait au temps d'Augustin, impose toujours sa loi. Ce qui est, c'est vraiment ce qui a été: il n'y a rien de nouveau sous le soleil.

     Bref, la jeunesse a toujours rué dans les brancards. Je dis que c'est normal et nécessaire. A notre époque, nous les plus âgés, nous avons rué à notre façon et le monde continue toujours à tourner malgré tout. A l'époque actuelle, la jeunesse rue toujours et conteste. Elle arrivera bien, sacré belle jeunesse,à prendre toute la place qui lui revient sous le soleil d'aujourd'hui.

     À la belle jeunesse de notre collège que je connais plus particulièrement, je veux souhaiter pour les mois qui viennent, des moments de repos bien mérités. Les vacances qui commencent vous permettront d'approfondir les théories apprises en salle de cours. La vie quotidienne devient pour chacun de vous le laboratoire de votre existence. Cherchez, expérimentez, questionnez, mais de grâce ne restez pas passif, dans ce monde qui bouge. Soyez ravis de vivre pleinement votre existence. Que les grands défis croisent vos journées et que vos rêves les plus fous se réalisent. Il n'y a qu'une façon de devenir vieux prématurément: c'est de ne plus avoir d'avenir devant soi. Il faut avoir toujours un rêve qui vous fasse vivre. Le jour où vous en aurez plus ou si peu, il sera temps de partir.

Je vous laisse, jeunes d'ici et d'ailleurs, avec ce passage d'un sage de l'Orient ancien qui affirme qu' «on peut enseigner la science, mais non la sagesse. Chacun doit découvrir la voie qui lui est propre en ensuite se fier au courant.» Bon été !

 
12 mai 1997

 

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