En 1993,
la campagne électorale du Bloc visait à donner le vrai
pouvoir aux Québécois. Un peu plus d'une cinquantaine
de députés siègent maintenant dans un
régime qu'ils ne cessent de condamner, qu'ils veulent
absolument quitter, mais qui, jusqu'ici, les paie 85,000 $ par
année. L'an dernier, le chef du vrai pouvoir, en quittant pour
Québec, a ramené avec lui dans le futur pays à
faire dans quelques années, huit adjoints, qui, par une
technique administrative bien calculée , ont réussi
à empocher rien de moins qu'une somme d'environ 150,000 $
prise dans les poches des payeurs de taxes « ben
écoeurés ».
La
cuvée bloquiste devait aller à Ottawa pour
défendre les Québécois exploités. Elle a
appris vite la joie de se mettre les deux mains dans l'assiette au
beurre dans le beau Parlement de sa Majesté. Le vrai pouvoir
assuré, elle s'est permis de se mettre à la table bien
apprêtée, pour goûter les mets du système
souventes fois décrié. Mais, n'ayez crainte, dans la
nouvelle terre promise annoncée, les règles seront
sûrement ( ! ) revisées. Et en bout de ligne, elles
ressembleront sans doute à celles que vous espérez
encore quitter mais dont vous avez déjà si bien
profité. Les fidèles serviteurs du futur régime,
il faut bien les récompenser.
La troupe
bloquiste devait avoir une autre façon de gouverner. Elle a
vite compris qu'il n'y avait qu'une façon d'y arriver : celle
du « chialage » à pleine journée, avec
l'hypocrisie de la vierge offensée. La chorale souverainiste
à l'unisson a dénoncé les extravagances du
fédéraliste démodé. Mais elle s'est
permis DÉJA, de poser dans le quotidien, les mêmes
gestes qu'elle a réprouvés. Pourquoi vous
redonnerais-je ma confiance que vous avez MAINTENANT si
aisément piétinée ?
Pas un
seul député du vrai pouvoir n'a jusqu'ici parlé.
C'est le mutisme bloquiste unanimement remarqué ! Même
pas mon député, dont la plume acerbe dénonce si
facilement les abus du régime essoufflé. Il n'a pas
osé parler, sans doute pour ne pas nuire à sa
réélection qu'il souhaite assurée.
Mais
sachez que les chômeurs, en ma Gaspésie enneigée,
sont en beau maudit de voir les petits copains
déménagés, filer avec un beau petit 150,000 $,
de la belle argent qu'ils auraient bien aimé récolter,
puisqu'ils sont, eux, sans emploi assuré....Si c'est ainsi que
vous agirez dans le futur pays que vous nous annoncer, il vaut mieux
rester dans celui-ci, malgré les travers mille fois
remarqués. Votre séjour à Ottawa ne donne pas
les signes du changement souhaité. Vous ne valez pas mieux que
ce que vous dénoncer. S'il faut se donner le vrai pouvoir, ce
n'est pas par vous qu'il doit passer.
Note: Dans
quelques semaines, j'aurai à faire la distinction entre le
légal et le moral. L'actualité politique nous a
donné la semaine dernière, un exemple concret de cette
confusion des deux domaines: la prime de séparation de 8
adjoints du Bloc québécois. Je n'ai pu résister
à la tentation d'écrire ce petit texte que je partage
avec vous bien amicalement.
10 février 1997