Si le
Saint-Esprit n'existait pas, nous ne pourrions pas dire que Jésus
est Notre-Seigneur: "Car nul ne peut dire que Jésus est
Notre-Seigneur, sinon par le Saint-Esprit" (1 Co 12, 3). Si le
Saint-Esprit n'existait pas, nous ne pourrions pas prier Dieu, nous
fidèles; en effet, nous disons: "Notre Père qui
es aux cieux" (Mt 6, 9). Or, de même que nous ne pourrions
pas appeler Notre-Seigneur, de même nous ne pourrions pas appeler
Dieu notre Père. Qui le prouve? L'Apôtre disant: "Parce
que vous êtes enfants, Dieu a envoyé dans vos coeurs
l'Esprit de son Fils qui crie: Abba, mon Père" (Ga 4,
6). C'est pourquoi, quand vous invoquez le Père, rappelez-vous
qu'il a fallu que l'Esprit ait touché votre âme pour
que vous fussiez jugés dignes d'appeler Dieu de ce nom.
Si le Saint-Esprit n'existait pas, les discours de la sagesse et de
la science ne seraient pas dans l'Eglise: "Car l'Esprit a donné
à l'un de parler avec sagesse; à l'autre, de parler
avec science" (1 Co 12, 8). Si le Saint-Esprit n'existait pas,
il n'y aurait dans l'Eglise ni pasteurs, ni docteurs, car c'est l'Esprit
qui les fait, selon ce que dit Paul: "Prenez garde à vous-mêmes
et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis
évêques et pasteurs" (Ac 20, 28). Voyez-vous que
cela encore se fait par l'opération de l'Esprit?
Si l'Esprit
Saint n'existait pas en celui qui est notre commun père et
docteur, quand tout à l'heure il est monté à
cette tribune sainte, quand il vous a donné à tous la
paix, vous ne lui auriez pas répondu tous d'une commune voix:
"Et avec votre esprit"; c'est pourquoi non seulement quand
il monte à l'autel, ou qu'il s'entretient avec vous, ou qu'il
prie pour vous, vous faites entendre cette parole; mais encore quand
il se tient auprès de cette table sainte, quand il est sur
le point d'offrir ce sacrifice redoutable, c'est ce que savent bien
les initiés; il ne touche pas les offrandes avant d'avoir imploré
pour vous la grâce du Seigneur, avant que vous lui ayez répondu:
"Et avec votre esprit", cette réponse même
vous rappelant que celui qui est là ne fait rien par lui-même,
que les dons qu'on attend ne sont nullement des ouvrages de l'homme;
que c'est la grâce présente de l'Esprit, descendue sur
tous, qui accomplit seule ce sacrifice mystique. Sans doute il y a
là un homme qui est présent, mais c'est Dieu qui agit
au moyen de lui. Donc ne vous attachez pas à ce qui frappe
vos yeux, mais concevez la grâce invisible. Il n'y a rien qui
vienne de l'homme dans toutes les choses qui s'accomplissent au sanctuaire.
Si l'Esprit n'était pas présent, l'Eglise ne formerait
pas un tout bien consistant; la consistance de l'Eglise manifeste
la présence de l'Esprit.
Saint
Jean Chrysostome, le futur évêque de Constantinople,
prononça cet hommage dans sa première homélie
sur la Pentecôte, quand il était encore simple prêtre,
à Antioche (de 386 à 397), au service de son évêque,
à titre de prédicateur officiel.