Mon
Dieu, je Vous adore comme la troisième Personne de la Bienheureuse
Trinité, sous le nom d'Amour, qui Vous désigne.
Vous êtes le vivant amour dont s'aiment le Père et le
Fils, et Vous êtes l'auteur de l'amour surnaturel dans nos curs
- Fons vivus, ignis, caritas.
Vous êtes descendu du ciel sous la forme d'un feu au jour de
la Pentecôte; et toujours comme un feu, Vous brûlez dans
nos curs les scories de la vanité et du péché,
et Vous y allumez la pure flamme de la dévotion et des saintes
affections.
C'est Vous qui unissez le ciel et la terre en nous montrant la gloire
et la beauté de la nature divine et en nous faisant aimer ce
qui est en soi-même si transportant et plein d'attraits.
Je Vous adore, ô feu éternel et incréé,
par lequel vivent nos âmes, par lequel seul elles sont rendues
dignes du ciel.
Mon
Dieu, éternel Paraclet, je Vous reconnais comme l'auteur de
ce don immense par lequel seul nous sommes sauvés, l'amour
surnaturel.
L'homme est par nature aveugle et dur de cur en toutes matières
spirituelles ; comment pourrait-il gagner le ciel ? C'est par la flamme
de votre grâce qui le consume pour le renouveler, et pour le
rendre capable de jouir de ce pour quoi, sans Vous, il n'aurait aucun
goût.
C'est Vous, ô tout-puissant Paraclet, qui avez été
et qui êtes la force, la vigueur et l'endurance du martyr au
milieu de ses tourments. Vous êtes l'appui du confesseur dans
ses longs travaux monotones et humiliants.
Vous êtes le feu par lequel le prédicateur gagne les
âmes, en s'oubliant lui-même dans ses labeurs de missionnaire.
Par Vous, nous nous réveillons de la mort du péché,
pour échanger l'idolâtrie de la créature contre
le pur amour du Créateur.
Par Vous, nous faisons des actes de foi, d'espérance, de charité,
de contrition.
Par Vous, nous vivons dans l'atmosphère de la terre à
l'abri de son infection.
Par Vous, nous pouvons nous consacrer au saint ministère et
y remplir nos redoutables engagements.
Par le feu que Vous avez allumé en nous, nous prions, nous
méditons, et nous faisons pénitence.
Nos âmes, si Vous les quittiez, ne pourraient pas vivre davantage
que ne feraient nos corps si le soleil s'était éteint.
Mon
très saint Seigneur et Sanctificateur, tout bien qui existe
en moi est à Vous. Sans Vous, je serais pire et pire encore
avec les années et je tendrais à devenir un démon.
Si je diffère du monde en quelque manière, c'est parce
que Vous m'avez choisi et tiré du monde et que Vous avez allumé
l'amour de Dieu dans mon cur. Si je diffère de vos saints,
c'est parce que je ne demande pas assez ardemment votre grâce,
ni une grâce assez grande et parce que je ne profite pas diligemment
de celle que Vous m'avez donnée.
Augmentez en moi cette grâce de l'amour, malgré toute
mon indignité. Elle
est plus précieuse que tout au monde. Je l'accepte en place
de tout ce que le monde peut me donner. Oh ! donnez-la-moi ! elle
est ma vie!
Cardinal Newman (1801-1890)