Deux fois la semaine dernière, j’ai ouvert un journal pour y trouver le mot «misogynie » en gros caractères. De tous les mots mal utilisé de la langue anglaise, celui-là vient en tête. Bien que menaçant comme un rouleau de barbelé, on le place quand même un peu partout sans égard.
Misogynie, dit le dictionnaire, est la haine pour les femmes. Cela n’est pas la même chose que de traiter certaines femmes, quelques fois, avec des stéréotypes sexistes. Malgré le fait que les gens qui ont une vraie aversion pour les femmes soient extrêmement rares, une recherche par informatique nous révèle que nos deux journaux nationaux ont employé ce terme des douzaines de fois au cours des récents mois.
Pour les journalistes et éditeurs qui couvrent les arts, il semble que la «misogynie » soit devenue une façon routinière d’expliquer des comportements grossiers ou inquiétants. Ce fut le cas, mercredi dernier, quand les grands titres du National Post ont fait référence à la légendaire «misogynie » d’Alfred Hitchcock.
L’article d’accompagnement nous racontait que M.Hitchcock ne traitait pas ses actrices principales très correctement, parlait avec sa mère chaque jour, et que «les mères chercheuses de poux et les fils menés par le bout du nez par leur mères » était un des thèmes communs de ses travaux. Il doit pourtant y avoir une différence entre être un mauvais patron, un produit sexiste de son époque, ou même avoir des difficultés de relation interpersonnelles, et haïr la moitié de la race humaine.
Il est de très mauvais augure que l'accusation de misogynie soit devenue la porte qu’on ferme sur la gueule de ceux qui font des déclarations impopulaires. Un cas classique est la colonne du Globe and Mail de mardi qui titrait : « Un message de misogynie des années 50 : revenez-en »
Écrite par Sheldon Walker, une psychologue qui répond au lecteur, la première lettre était d’un homme qui signait ‘Les Femmes sont ennuyeuses’. Le correspondant trouvait que M Walker a «un faible pour les femmes et les sujets de femmes », et que c’est répandu dans les médias. Pour lui, M Walker ne voit du négatif que dans un seul genre. Après s’être plaint qu’il avait manqué une promotion au travail en faveur d’une femme qu’il ne trouvait en rien plus qualifiée que lui-même, il ajoutait : ‘Je pense que les femmes ont tout le pouvoir dans notre société et l’ont pour longtemps" »
Plutôt que de considérer que certains points de vue de son correspondant avaient du mérite, la réponse de M Walker fut de fanfaronner, de condescendre et de cracher avec impertinence que le genre de couples qu’il conseille ont des mariages style années cinquante, et comment une de ses clientes est harcelée sexuellement au travail
« Je ne sais pas pourquoi vous êtes si fâché, --dit-il avec colère—Peut-être avez vous subi quelques douleurs émotionnelles dans vos relations personnelles et les exprimez-vous à travers votre misogynie…vous savez que ce n’est pas bien. Vous savez que les femmes n’ont pas égalité complète avec les hommes…Écrivez-moi de nouveau si vous voulez et dites-moi ce qui vous dérange vraiment »
Le correspondant exagère effectivement quand il dit que les femmes ont tout le pouvoir. Si M. Walker l’avait repris pour avoir exagéré et simplifié, ce serait difficile d’argumenter. Mais l’opinion professionnelle du psychologue se résume à quelque chose de moins appétissant : puisque tous les problèmes des femmes n’ont pas encore été résolus, aucun homme ne doit pas présumer que ses propres difficultés avec le sexe opposé vaille quelque considération.
En réalité, c’est plutôt M. Walker qui est mal informé—sans mentionner le fait qu’il soit pris dans un pli du temps. Alors que 1950 était un temps ou on disait aux femmes de ne pas se creuser leur jolie tête avec la politique internationale, et alors qu’on supposait que la nature les avait faite pour être mère d’abord, et toujours, Betty Frieddan parlait dans «The Feminine Mystique » (préparé et écrit presque entièrement pendant les années cinquante) non pas des oppresseurs mâles, mais de ménagères intelligentes et frustrées qui rendaient la vie de leur mari insupportable en vivant à travers lui.
En n'étant nullement attentif au mouvement féministe depuis ses premières apparitions dans les années 70, M. Walker ne s’est pas aperçu que le débat a fait un long chemin. Une nouvelle génération de penseur comme Cathy Young (Ceasefire ! Why Women and Men Must Join Forces to Achieve True Equality), Warren Farrell (The Myth of Male Power) and Christina Hoff Sommers (The War Against Boys) nous disent que notre société est devenu obsédée par les soucis des femmes à un degré alarmant et insalubre.
Le sujet des femmes a dominé les conversations à propos des genres depuis trop longtemps. Malheureusement ce n’est pas près de changer tant que des gens comme M. Walker continue de faire taire les hommes qui veulent dire le fond de leur pensée, en les accusant de haïr les femmes.
Traduction : Grangalo
Source :
Misogyny (n)1. Hatred of women
Donna Laframboise
National Post