L’Ile enchantée (à Bob le magicien)

Il vient chercher Marie un dimanche après-midi pour l’amener faire une balade dans la nature. Il veut lui faire plaisir, la distraire un peu. Il désire en même temps lui faire une surprise mais se garde bien de lui dévoiler le plan qu’il a en tête. Elle accepte de l’accompagner sans chercher à comprendre : elle lui accorde une confiance aveugle. Ils se connaissent depuis environ un an par l’entremise d’un ami qu’ils ont en commun et il lui rend visite quelquefois. Marie apprécie toujours sa présence et une certaine complicité s’est développée entre eux.

Ils montent dans la Jeep et tout au long du parcours il lui raconte toutes sortes d’anecdotes, ses aventures, elle rit et le trouve assez téméraire dans ses exploits mais il l’impressionne, elle l’admire, aucune prétention n’émane de cet homme, il désire simplement partager son expérience.

Ils font quelques haltes pour se dégourdir un peu tout en admirant le paysage. À un certain moment, ils empruntent une petite route de campagne et il décide d’arrêter le moteur en lui demandant de baisser sa vitre elle s’exécute et elle entend le plus beau concerto en Ré b majeur pour grenouilles à en rendre Wolfgang Amadeus Mozart jaloux. Encore étourdies par ce concert, ils continuent leur route. Arrivé en bordure d’un petit chemin, il arrête la Jeep et récupère son véhicule tout terrain à l’arrière du véhicule. La voilà la surprise se dit Marie il l’amène visiter son antre. C’est la première fois qu’elle monte sur ce genre d’engin motorisé elle sent la peur la gagner mais se garde bien de lui dire. Marie ne voudrait surtout pas qu’il s’imagine qu’elle est une petite nature.

Ils empruntent un sentier vers la montagne. Elle le tient solidement autour de la taille pour ne pas tomber et ressent à ce moment une sécurité avec lui. Ils arrêtent chemin faisant pour vérifier si les mangeoires d’ours sont vides et effectivement elles le sont, ils aperçoivent des empreintes de griffes sur les chaudières. Marie aimerait voir apparaître un ours mais ils sont bien cachés et les observent peut-être. C’est un chasseur et un trappeur, il prend soin de ses animaux, de sa nature. Son ouie est aussi très développée il perçoit des sons inaudibles pour certains. La forêt lui est plus familière que sa maison.

Ils repartent en se dirigeant vers la montagne. Marie s’émerveille devant ce paysage sauvage, des dames à castors à gauche, une rivière à droite, un peu plus loin quelques rapides qui assomment les rochers au passage et devant eux des arbres alignés comme de gentils petits soldats les accueillent branches ouvertes.

Ils aboutissent à un magnifique petit lac et soudainement il disparaît dans les buissons et revient avec un canoë qu’il avait enfoui sous des branches, il s’aperçoit alors qu’il manque un banc, en 2 enjambées il attrape une planche qui traînait par terre et lui fabrique un siège de fortune en fendant la planche sur ses genoux. Elle admire sa force, sa débrouillardise et son aisance à composer avec dame nature. Il la fait asseoir au bout du canoë en lui recommandant de ne pas bouger, elle obéit religieusement. Il rame tranquillement, le canoë fend les vaguelettes et Marie se retient pour ne pas trop gigoter. Tout respire le calme autour d’eux, des odeurs de sapin, de sous-bois mêlées à l’effluve du lac leur chatouillent les narines, il lui dit de regarder à midi (Marie ne comprend rien) alors il lui répète de regarder devant elle (elle vient de comprendre) ce langage ne lui est pas trop familier, ils en rient tous les deux; il veut lui montrer un huard qui est juché sur une patte en train de faire du tai-chi, au même moment une corneille contrariée croasse au-dessus de leur tête, il lui répond sur le même ton, Marie lui découvre un don particulier de communiquer avec les bêtes.

En atteignant la rive Marie se croit arrivée à destination mais surprise, il tire le canoë et ils se dirigent vers un autre lac qui les conduira à son île. En chemin ils surprennent une gelinotte un peu effarouchée qui gesticule pour leur faire sentir son mécontentement. Ils repartent en canoë et accostent sur l’Ile enchantée. Marie s’accorde un petit moment de répit en s’assoyant au bord de l’île comme le Petit Prince installé au bord de sa planète. Il lui fait visiter son île en lui montrant ses trésors. Elle est si petite qu’en tournant sur elle-même Marie en fait déjà le tour. Mais que de trésors dans un espace si minuscule. Qui dit trésor pense à secret. Un coin de paradis à l’abri des regards indiscrets, un endroit magique. Marie très touchée de ce privilège qu’il lui accorde en l’amenant sur son île ne veut pas trop divulguer de détails, elle préfère conserver jalousement ce souvenir pour elle. Trop préoccupés par ce qui les entourent ils ne voient pas le temps passer. Ils doivent quitter l’île avant que la noirceur n’apparaisse.

Ils reprennent le canoë et tout en pagayant il lui raconte comment il fait la cueillette des champignons, comment ils discutent avec les animaux en ayant toujours le dernier mot. Marie commence à comprendre pourquoi il aime tant se retirer dans son île. L’endroit rêvé pour méditer, l’environnement s’y prête d’ailleurs très bien; le bruissement des feuilles, le clapotis de l’eau sur le bord du rivage, le chant de Frédéric qui s’en donne à cœur joie mêlé à tous les autres bruits familiers à la forêt, tout incite au calme, à la sérénité et donne l’impression de vivre sur une autre planète.

Le retour au bercail se fait plutôt dans le silence, ils savourent encore les doux moments qu’ils viennent de partager ensemble. Tout à coup ils aperçoivent une bande de chevreuils dans un champs, il immobilise la Jeep et il leur parle, ils approchent en se méfiant un peu avec leurs grands yeux inquiets, il tape dans ses mains et ils disparaissent dans la forêt en sautillant et en frétillant de la queue.

Le ciel commence à s’assombrir et peu à peu quelques réverbères s’allument dans le ciel. Les voilà de retour. Avant de le quitter, Marie l’embrasse très fort et le remercie de cette journée magique.

Gavée de toutes ces merveilles, elle s’endort paisiblement en voyant défiler devant elle un carrousel d’animaux mais Marie pense surtout à Merlin l’Enchanteur qui fait tourner le carrousel.

Marielle.
Nov2002