Sur le mur, un grand placard affichant des photos d’enfants.
D’un côté, les proies à rechercher, à retrouver, à faire attraper par les autorités et à ramener à leur foyer généralement maternel.
De l’autre côté, les trophées de chasse : des enfants qu’on a retrouvés après des années de recherches laborieuses, qu’on a arrachés de force sans aucuns soucis pour leur bonheur, leur équilibre mental et affectif d’un foyer où ils avaient appris à vivre heureux, pour les retourner comme des bêtes dans une maison qu’ils ne connaissent pas, auprès d’une mère qu’ils connaissent peu ou qu’ils avaient presque oubliée.
Ces trophées, tels des têtes de chevreuils empaillés, sont les proies qu’on a tuées psychologiquement ou blessées sérieusement dans leurs affects, dans leur équilibre mental, dans leur cheminement évolutif.
Les adeptes de la pensée unique, les bougalous du vide mental applaudissent ces organismes qui se sont donnés comme mission d’aider ces ‘’pauvres’’ mères dont les enfants ont été ‘’enlevés’’ par leur ‘’méchant’’ père.
Les yeux larmoiements et la mine triste, on a pitié de tous ces enfants qui ont étés enlevés par ce monstre, ce misérable, ce pelé, ce galeux… le père.
Aux nouvelles télévisées cette semaine on nous a appris une excellente nouvelle : trois enfants qui avaient été enlevés par leur père il y a dix ans ont été retrouvés et ramenés à leur mère. Mieux encore, leur père attend son procès en prison. Que les bougalous applaudissent ; que le nouveau conjoint de la mère soit heureux ; que les bien pensant fassent fête ; que justice soit rendue !!!On ne se demande pas qui avait raison, avec qui les enfants seraient le mieux, pourquoi un jugement de cour souvent stupide ou mal motivé a donné pleine garde à la mère.
Que la mascarade continue !
Personne n’a cependant parlé des enfants, personne n’a parlé aux enfants.
Triste, triste sort que le leur. Ils se retrouvent dans un pays qu’ils ne connaissent pas, avec une mère qu’ils ne connaissent pas, qui parle une langue qu’ils ne connaissent pas, avec un beau-père qu’ils ne connaissent pas, et leur père, leur seul contact significatif avec le monde des adultes, est en prison.
Ça c’est un enlèvement réussi !Vive enfants-retour !!!
On ne se demande pas si, après quelques années ces enfants sont heureux dans le foyer du père, s’ils ont une vie intéressante et enrichissante. On ne se pose pas la question si pour le bien des enfants on ne devrait pas les laisser là où ils sont, là où ils ont leur père et souvent une nouvelle mère, là où ils ont leurs amis leur école, leurs liens réels.
On ne se demande pas s’il sera bon que ces enfants déracinés de leur vrai foyer, privé de leur père que la justice enverra en prison pour enlèvement et séquestration (comment un père peut-il enlever et séquestrer ces propres enfants ? ) obligés de vivre dans une nouvelle famille, un nouvel environnement seront plus heureux, s’ils se développent mieux, s’ils deviendront de meilleurs adultes.
On verse plutôt une petite larme de crocodile sur ces enfants perdus, et on cherche des indulgences, des mérites. On est utiles, reconnus, importants et même quelques fois on fait la manchette.
On accroche les trophées, on se tape les bretelles, on se félicite… Et merde pour les enfants déracinés, tuées moralement.
Grangalo