Pizza Hut et la lecture
par Francine Allard
 

 Jeune enseignante à La Salle, dans les années soixante-dix, mes quinze élèves composaient une classe de maturation, ce qui signifiait qu’ils n’étaient pas prêts à être promus en première année. J’ai dû inventer des tas de trucs plus audacieux les uns que les autres afin de provoquer la stimulation, l’encouragement, voire la compétition chez mes élèves. Un jour, j’ai eu la brillante idée, à chaque jeudi de la paye, d’emmener un élève méritant, dîner avec moi chez Mac Donald.
 Jamais une idée n’a autant stimulé l’apprentissage. Jamais ces enfants en difficulté n’ont autant redoublé d’efforts pour se mériter cette chance d’aller manger avec leur professeur. Jamais aucun parent n’a trouvé à redire, au contraire.
 Dernièrement, l’affaire Pizza Hut a soulevé l’ire des parents et des bien-pensants de l’ordre des pédagogues. Pizza Hut a mis un projet sur pied pour encourager les élèves à lire davantage. Wow! me suis-je alors répété. Enfin, les enfants auront de bonnes raisons de se plonger dans mes romans et ceux de mes collègues écrivains. Pizza Hut offrait alors des pizzas gratuites et des coupons-rabais aux enfants. On a regimbé. On s’est offusqué. On a vociféré.
 Quelle différence y a-t-il avec les clubs d’achats de livres Scholastic dont les enseignants distribuent ouvertement les formulaires dans leur classe? N’avez-vous pas songé aussi à l’acharnement des éditeurs pédagogues qui font du lobbying auprès des enseignants et ce, chaque fois qu’il y a une réforme scolaire? Et le scandale du porte-à-porte que l’on sanctionne alors que les élèves sollicitent de l’argent des voisins pour faire un voyage à Paris? Et les bercethons qui leur enseigne la mentalité BS qui consiste à se bercer en attendant d’être payés.
 Moi, je dis bravo à Pizza Hut qui avait trouvé un excellent moyen pour que nos élèves lisent davantage puisqu’il est prouvé que le vocabulaire et la culture s’acquièrent dans les livres. Avec la médiocrité de notre enseignement, tous les moyens sont bons pour stimuler les enfants à apprendre. Nous n’avons plus les moyens de lever le nez sur les big shots qui veulent aider nos enfants puisque nous n’y arrivons pas autrement. Et qui peut jurer que ses enfants n’ont jamais mangé de pizza à la maison?