12 février 2002
Francine Allard
Source: Matinternet
Je dédie ce texte à Jean-Claude (Grangalo), il se reconnaîtra.
Je vais surprendre toutes mes lectrices assidues et surtout mes lecteurs
en posant une question qui me brûle les lèvres : pourquoi
est-ce un drame effroyable quand un homme enlève sa petite fille
alors que la très grande majorité des femmes
séparées le font allègrement? Elles ne quittent pas
toutes le pays. Elles procèdent plus subtilement. Elles retirent
lentement le père de la tête de leurs enfants en souillant
les souvenirs, en tuant l’attachement que ses enfants pourraient éprouver
pour lui.
J’entends le psychiatre Pierre Mailloux me répondre que les enfants
appartiennent aux femmes. Que la femme est plus compétente que son
mari pour s’occuper des enfants. Le bon docteur Mailloux raconte depuis
des années à des auditeurs
ébaubis que le père n’est qu’un maudit Gusse qui ne mérite
pas l’amour de ses enfants. Et les femmes, qui forment le public le plus
assidu de CKAC, sont rassurées.
Fabienne Brin s’amène au Canada pour retrouver sa fille Sara, enlevée par le très méchant Marc Habib Eghbal. Bien sûr, il est accusé de lui avoir découpé la figure lors d’une grosse colère et pour cette raison, il fallait retrouver le type et le mettre en prison. Je suis d’accord. Mais Fabienne Brin voulait surtout lui retirer sa fille qu’elle n’a pas vue depuis trois ans. Le monde s’est laissé émouvoir par leurs retrouvailles.
Quand verra-t-on le bon peuple s’apitoyer sur les pauvres pères
privés de voir leurs enfants? Quand la justice comprendra-t-elle
le désespoir de tous ces pères qui ne voient plus leurs enfants
parce que leur femme a tout mélangé. Quand la justice avouera-t-elle
avoir fait fausse route depuis trente ans en appuyant les femmes contre
leurs maris? Quand la médisance envers les pères sera-t-elle
aussi sévèrement punie que les cas de propos diffamatoires?
Quand la justice
punira-t-elle aussi les femmes pour avoir tué l’image de leur conjoint
dans la caboche de leurs enfants?
Je connais des tas de jeunes qui auraient voulu aimer leur père.
Qui auraient voulu le connaître autrement que par ses accrochages
conjugaux avec leur mère. Qui auraient tant bénéficié
d’une relation équivalente avec les deux parents. Que
peut-on faire lorsque deux adversaires en arrivent aux coups? Nommer un
arbitre Placer les enfants dans un foyer neutre jusqu’à ce
que les parents aient fini de s’entre-tuer. Encourager la garde partagée.
Punir le conjoint qui démolit la
réputation de l’autre. Je ne sais pas, moi.
Dans l’affaire de la petite Sara, les médias ont dit que la fillette
pleure parce qu’elle s’ennuie de son papa. Vous voyez? Les enfants sont
capables d’aimer un père, même s’il a abîmé la
figure de maman. Même s’il s’est enfui au bout du monde.
Même s’il était prêt à tout pour l’amour de sa
petite Sara.