Les grandes folles, ou la parade gaie 2002
Francine Allard, août 2002
Images de Grangalo
 
 

La parade de la fierté gaie.

À entendre tous mes amis homosexuels qui hantent les bureaux des psychologues et des psychiatres (à cause, bien sûr, de la méchante société qui tarde à les accepter), je me demande souvent s’il existe vraiment une fierté à être gai. Mais c’est un tout autre débat. Je sais en tout cas que j’ai écrit un livre sur la fierté d’être gros et que cela n’a pas empêché la société de repousser les obèses.

En 1998, voici ce que j’écrivais dans une chronique intitulée : Moumoune power!
« Pourquoi tout ce brouhaha teinté de folies bergères?Cute, non? Comment ces attriqûres de grandes folles peuvent-elles nous persuader que l’on peut être fier de vivre une telle expérience. Et si les homosexuels étaient si fiers de s’aimer entre eux, pourquoi auraient-ils besoin de cet événement loufoque pour convaincre les autres que leur choix est tout ce qu’il y a de plus trippant? (…)

Selon moi, les gays ordinaires n’ont pas besoin de cette parade ridicule pour se faire accepter. Ils n’ont qu’à continuer comme il le font depuis des décennies : être gentils avec tout le monde, pleurer devant les belles choses de la vie, être à l’écoute de leurs camarades de travail, implanter la beauté dans tout ce qu’ils touchent. C’est ainsi qu’on les aime et qu’on les a toujours aimés.  Ceux-là n’ont pas besoin de grandes tapettes déguisées en femmes hyperfardées et hypervulgaires qu’ils refusent paradoxalement de considérer comme potentielles compagnes sexuelles.

Les drag queens sont de toute façon, une insulte à la gent féminine, selon moi. et ce qui m’étonne bien davantage, c’est l’aval que leur concèdent les lesbiennes.
Elles sont beaux
Peut-on seulement être lesbienne et demeurer fière d’être une femme sans trouver offensants, tous ces hommes déguisés en femmes vulgaires? Comment les lesbiennes peuvent-elles tolérer ces horribles poupounes qui sentent le besoin d’exhiber leur pénis pour prouver qu’elles sont des hommes?

Et puis, j’ai aperçu un de mes proches, atteint du SIDA depuis presque 12 ans, maigre à en faire peur, la mort obsédant sa pensée, tourner son regard famélique du côté des caméras, crier qu’il était fier d’être homosexuel. J’ai éprouvé une grande tristesse et je ne l’ai pas cru.»

Quatre ans plus tard, les choses n’ont pas changé. Ou plutôt si. Les homosexuels peuvent se marier au Québec et ils peuvent adopter des enfants. Et les autres, les hétéros de droite comme moi, vont continuer à avouer discrètement qu’ils trouvent cela ridicule et inacceptable. La cause homosexuelle n’a guère avancé dans la mentalité de la population québécoise à entendre les blagues au sujet des gays, à voir les caricatures, à apercevoir ces milliers de personnes qui chaque année, sortent du placard après avoir abandonné femmes et enfants dans le désarroi le plus total. Me, myself and I. Les gens sortent du placard pour régler des conflits de couples, pour échapper à l’éducation de leurs enfants, pour aller voir ailleurs. Je suis persuadée qu’il y a des homosexuels qui n’avaient aucune autre avenue, mais j’en connais aussi quantité d’autres qui auraient eu intérêt à demeurer dans leur placard pour réfléchir sur le bonheur, sur leur responsabilité dans cette société, et pour régler leurs problèmes de jeunesse. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire non plus d’organiser de telles manifestations pour que cette société permissive accepte la cause homosexuelle.

Lorsque les journalistes ont interrogé le premier couple à avoir été uni par le mariage civil,
Le mariage gai
l’un des deux a nettement déclaré : nous devons avoir le droit de vivre une vie sexuelle au grand jour.

Caramba! comme dirait mon grand-père mexicain.

Les gays ne veulent pas se marier pour fonder une famille, pour gravir l’existence en se susurrant des mots doux, pour s’épauler mutuellement, pour passer sereinement à travers les affres de l’existence, pour marcher main dans la main sur la route de l’Univers, mais pour vivre leur vie sexuelle en toute légitimité. Si toute la relation gay ne repose que sur cet aspect, on a encore beaucoup de chemin à parcourir. Alors, on nous ment. Les gays ont réclamé à «cul et à sang» (tiens, elle était facile celle-là) qu’on leur accorde le droit de se marier et ils avouent après que c’était pour obtenir l’assentiment légal de baiser en paix? C’est ici que je ne marche plus.
Slurp!
 

Et comme la population en général n’aime pas philosopher, les gens que je rencontre avortent la discussion en lançant : «moi, je trouve ça ben correct». Et ils ajoutent invariablement: «ils ne me dérangent pas du moment qu’ils font ÇA chez eux»
Les bougalous....
C’est le ÇA en question qui dérange. Et puisque le mariage gay ne désigne que le ÇA en question, et bien, j’attends les autres raisons. Et si, selon le docteur Mailloux et ses sbires de la psychiatrie, la femme est la seule à posséder la fibre nécessaire à l ‘éducation des enfants, pourquoi les homosexuels auraient-ils le droit d’en adopter?