Les épreuves
Marielle

 
 

On dit souvent que les épreuves nous font grandir.  Lorsque j’entends cette phrase je me sens si grande que je pourrais presque atteindre les étoiles.  Même si on désire tourner la page sur son passé, il refait surface sans crier gare..  Mes amis qui connaissent mon histoire m’encouragent à partager un peu mon vécu avec d’autres qui n’osent pas parler pour qu’ils se sentent moins seuls dans leur « gang » et les aider à comprendre qu’il existe toujours une possibilité de s’en sortir sans trop se détériorer et y laisser toutes ses plumes.

Dans ma famille on me considérait comme un être fragile, à ménager, très émotive, qui grimpait facilement dans les rideaux et j’y ai crû jusqu’au moment où j’ai été confrontée à des situations très difficiles à vivre dans lesquelles je m’en suis sortie victorieuse mais à quel prix quand-même!  Disons que les choses faciles ne me sautaient pas au visage souvent.  Durant ces périodes difficiles, je m’organisais pour ne pas trop embêter mes amis, ma famille qui déjà devaient gérer leurs propres problèmes. J’appréciais leur offre mais préférais aller chercher de l’aide à l’extérieur chez des professionnels que je payais et ce, pour me donner le droit de me vider le cœur sans restriction.

D’après mon expérience, l’alcoolisme (bibitte siphonneuse) m’apparaît le problème le plus difficile à vivre. Il rend l’homme ou la femme semblable à la bête.  Partager sa vie avec un alcoolique c’est accepter de vivre dans  l’incertitude, le mensonge, la manipulation, la peur, parfois la violence, l’enfer quoi.  Tout est focalisé sur la boisson. On dirait que j’attire facilement  ce genre de clientèle, peut-être voit-elle en moi la femme bonne et généreuse ou une bonne poire pour la soif.

Il t’arrive le soir avec une bouteille de vin en te disant « tiens chérie un petit cadeau pour toi » quand tu sais très bien qu’il s’imagine en train de la boire.  Toutes les sorties qu’il te propose sont toujours choisies en fonction de est-ce qu’on y sert de la boisson.  Le fait de ne pas vouloir regarder la réalité des choses rend la vie plus facile à vivre..   Avant de partir pour une sortie mondaine  tu te demandes toujours dans quel état il va revenir, s’il insultera tes amis, s’il te fera honte, s’il va s’obstiner pour prendre le volant à ta place.  Toutes ces questions que tu te poses avant de partir te bousillent déjà ta soirée.

Combien de fois à des heures tardives, alors qu’il n’arrivait pas, je me morfondais dans l’inquiétude en téléphonant à tout le monde, espérant le retracer quelque part.  Il arrivait souvent aux petites heures du matin dans un état d’ivresse avancée et parfois frisant le delirium,  je me demandais comment il avait fait pour arriver à bon port.  Un vrai danger public.  Quand il entrait dans la maison dans cet état d’ébriété,  je ressentais une telle violence que l’envie de le frapper et de l’égorger m’envahissait.  J’essayais parfois de lui parler de son problème d’alcool mais il niait avoir un problème, il refusait de l’affronter.  Boire était devenu son unique raison de vivre alors si on essayait d’entrer et d’intervenir dans son petit monde il se mettait en colère et pouvait devenir violent.  Menacer, faire peur, engueuler semblaient ses seuls moyen de protéger son trésor.

Le problème avec les alcooliques c’est qu’on ne sait jamais dans quel état ou degré d’ivresse ils seront d’un moment à l’autre.  Ils passent d’ange à démon.  Il faut apprendre à composer avec ça ou mettre les voiles.

Toutes ces années perdues à l’attendre, à pleurer, à espérer et prier pour qu’un miracle s’accomplisse.  Assister même à 2 soirées chez les AA   en me disant par la suite qu’est-ce que je fais ici en train de brailler comme un veau  sur mon sort devant un auditoire alors que le problème ne m’appartient même pas.  C’est à partir de ce moment que l’idée de le quitter a commencé à germer dans ma tête mais à chaque fois que cette idée se présentait à mon esprit, la culpabilité prenait le dessus avec la peur obsessive de le voir atterrir dans un parc sur un banc public, par ma faute.  Je me sentais responsable de lui, il le savait et en profitait. Ils sont des experts dans la manipulation.

Un jour en femme décidée alors que je prenais la  décision de le quitter il venait d’apprendre qu’il souffrait d’un cancer.  Devant cette révélation, je me suis sentie incapable de partir en le laissant seul avec son problème.  Intérieurement, je lui en voulais de m’imposer sa maladie surtout que je me disais qu’il avait tout fait pour en arriver là.

Si tout était à recommencer, je refuserais catégoriquement de vivre avec un alcoolique.  Pour moi, ce sont des vampires d’énergie.  Rares sont ceux qui arrêtent de consommer sans recommencer un jour ou l’autre.  Quand on les rencontre souvent ils affirment qu’il ne recommenceront jamais mais ça demeure un  vœu pieux.

Après avoir traversé entre autres le problème d’alcoolisme, je me demande comment j’ai pu conservé ma jeunesse de corps, d’esprit et ma joie de vivre.  C’est sûrement un miracle ou une récompense.
 
 

Marielle.