La vie est belle
 
Marielle

L'autre jour, j'étais au restaurant avec une amie et j'observais discrètement un couple dans la cinquantaine non loin de ma table.  Quelle tristesse, je n'en croyais pas mes yeux, ils n'ont pas dit un traître mot du souper, ne se regardaient même pas mais leur comportement témoignait du non-dit qui parlait beaucoup.

J'essayais un peu d'imaginer le genre de vie que ce couple pouvait mener.   Lui par exemple devait probablement amener sa femme au restaurant pour lui faire plaisir (le vendredi soir sacré réservé pour la sortie au restaurant) le genre de contrat  qu'un mari remplit  pour acheter la paix.  Le genre de couple qui doit crier sur les toits "ça fait trente ans que nous sommes mariés et
nous vivons encore ensemble". Par contre, ce qu'ils ne disent pas, c'est qu'il n'existe plus d'étincelles dans leur regard, les petites fantaisies et les petits soupers aux chandelles appartiennent au passé, les petits bains à deux accompagnés de
tendres caresses ne leur viennent pas à l'esprit, le désir passionnel dévorant fait partie d'un souvenir.  Pourquoi alors demeurent-ils encore ensemble?  Par peur de se retrouver seuls? Pour qu'on leur donne une médaille d'endurance? Pour ne pas déplaire aux enfants?  Parce qu'ils croient qu'à leur âge ça ne vaut plus la peine de réinvestir?  Pour pouvoir clamer qu'ils forment un couple?  Parce qu'ils ont investi beaucoup d'argent ensemble?

Malheureusement, notre entourage est bondé de ces couples qui perdurent, qui s'acharnent à rester ensemble pour on ne sait trop quelle raison. Ils ne réalisent pas qu'ils ont une seule vie à vivre ni la nécessité de réinvestir pour être heureux. Je ne veux pas nécessairement dire de tout ficher en l'air mais au moins essayer de voir une possibilité de récupérer leur couple, comme disait Brel:  "essayer de faire rejaillir le feu de l'ancien volcan qu'on croyait trop vieux". Évidemment si le volcan est vraiment éteint alors pourquoi s'empêcher l'un et l'autre de vivre un autre bonheur ailleurs?  Cette relation m'apparaît comme une forme de masochiste, d'autodestruction.  On a toujours le choix de poser les gestes appropriés pour atteindre le bonheur mais la peur de l'inconnu et l'insécurité nous empêchent de mettre les voiles et nous font vivre du regret et de l'amertume.  Matière à réflexion.

À vingt ans je ne pensais pas de cette façon alors qu'aujourd'hui avec les années d'expérience accumulées, j'ai une vision différente des choses.  Je vois la vie comme un cadeau précieux dont il faut profiter pleinement.  Pour moi vivre sa vie, c'est vivre de nouvelles expériences, sortir du quotidien, se dorloter, sortir avec des amis, prendre du bon temps, se faire plaisir, apprendre à devenir autonome (nombre de couples dépendent l'un de l'autre et lorsque la mort les sépare l'un deux se retrouve
démuni, dépressif, abandonné, incapable de prendre ses responsabilités et fait appel à ses amis ou à sa famille qui déjà ont leurs propres problèmes, pour s'en sortir.

La vie est belle; sachons en profiter..

Marielle
sept 2002