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Ta
Parole, Seigneur,
une lampe sur mes pas, une lumière sur ma route. (Ps 119, 105) |
Moines
et prophètes
dans l'Église d'aujourd'hui |
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L'expérience
spirituelle Texte révisé: mai 2007 |
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"Aujourd'hui
comme au temps de saint François, on a besoin d'hommes qui réussissent
à renouveler la vie |
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| Introduction | |
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1.
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Dieu parle encore
aujourd'hui dans le coeur des hommes. Notre témoignage comme moines
et prophètes, attentifs au souffle de l'Esprit. De tout temps, Dieu
a parlé au coeur de l'homme en des mots humains. À la lumière
de la Parole de Dieu, affermis par notre expérience pratique des
dons et charismes de l'Esprit qui se manifestent avec constance depuis
bientôt trente-quatre ans et qui sont à l'origine de la fondation
de la communauté des Pauvres de Saint-François, nous nous
attarderons ici à traiter, plus particulièrement, du prophète
et de la prophétie, ainsi que du discernement des esprits. Nous
croyons que les Pauvres de Saint-François existent pour l'annonce
de la Bonne Nouvelle, pour proclamer la Parole par leur vie et par tous
les moyens possibles, pour révéler à tous ceux qui
veulent l'entendre et à tous les autres: Jésus est ressuscité,
le Royaume est au milieu de vous; pour crier avec saint François:
l'Amour n'est pas aimé. Pour y parvenir, nous comptons sur l'Esprit
Saint qui se charge de distribuer gratuitement ses dons et ses charismes
pour les besoins de l'Église. Le présent écrit porte
témoignage de l'agir du Dieu vivant en notre coeur. C'est une façon
de remercier le Seigneur pour la parole prophétique qu'il nous
donne d'entendre en notre coeur. En effet, le Dieu
de la foi chrétienne est le Dieu de l'Alliance. Dieu, se révélant
vraiment dans l'histoire des hommes, prend forme humaine, et parle le
langage humain; ce sont des mots humains qui expriment sa parole. Comme
chrétiens, nous croyons que cette histoire a trouvé son
couronnement en Jésus Christ: il est le Verbe fait chair. En lui,
les hommes peuvent reconnaître la gloire de Dieu. Cette histoire de
Dieu avec les hommes se poursuit encore aujourd'hui. Derrière les
événements de notre vie se dessine l'histoire du salut,
car Dieu «veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent
à la connaissance de la vérité» (1 Tm 2, 4).
Ainsi, comme chrétiens, nous avons cette certitude que Dieu ne
reste pas muet; il est présent aux hommes, il leur parle, il se
montre, il se révèle au coeur de la vie quotidienne. Mais Dieu ne parle
pas seulement de manière extérieure. Lui qui a fait nos
esprits et nos coeurs parle aussi en nous. À ceux qu'il appelle
à la vie en abondance, le Seigneur donne une lumière telle
qu'ils peuvent reconnaître avec certitude que c'est bien lui qui
les appelle. Cependant, afin d'aborder sereinement et sans préjugés les diverses manifestations de l'Esprit dans l'Église du temps présent ««1»», il convient de présenter brièvement ce que l'Église enseigne sur les divines Écritures et d'incliner notre coeur à y adhérer pleinement dans la foi. (HAUT)
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| I - Une expérience spirituelle enracinée dans le grand courant de la Tradition de l'Église | |
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2.
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Dieu se révèle. Le Dieu des chrétiens
est le Dieu qui s'est fait connaître à son peuple et qui
a fait alliance avec lui. Cette révélation ««2»»
a eu lieu au sein de l'histoire concrète des hommes. Car Dieu s'est
d'abord révélé dans l'histoire d'Israël où
lui-même a agi et parlé «par les prophètes,
à maintes reprises et sous maintes formes» (He 1, 1). La
venue du Christ Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection
marquent l'accomplissement de l'histoire d'Israël comme histoire
du salut. En lui, Dieu nous est définitivement révélé
comme notre salut et notre espérance. ««3»» Jésus Christ
est la Parole unique, parfaite expression de la Pensée du
Père. On ne trouve pas Dieu pleinement sans le Christ! On n'accède
pas à la plénitude du Christ sans l'Église! Dès les origines,
les chrétiens se sont efforcés de traduire leur foi en de
courtes propositions. Ils disaient par exemple: «Jésus
est le Christ». Cela revenait à déclarer: nous
croyons que Jésus est le Messie promis par Dieu, celui qui a reçu
en plénitude l'Esprit Saint et qui est le Sauveur des hommes. Autre forme de profession
de foi: «Jésus est le Seigneur», lui et non
pas un autre. Et, lors des persécutions des premiers siècles,
les croyants marchaient à la mort plutôt que de renier cette
confession: ils étaient témoins (martyrs) jusqu'à
la mort. Par la suite, toujours
à coup de petites phrases, les chrétiens ont cherché
à donner une synthèse de leur croyance. Parmi les formules
créées, le Symbole des apôtres reste la plus
usitée. Ainsi se constituait petit à petit la révélation.
La révélation du Christ Jésus s'est répandue par des hommes qui l'ont apprise à d'autres hommes, qui à leur tour la communiquèrent à d'autres encore. Et la révélation a continué à se maintenir et à cheminer de bouche à oreille grâce au contact des hommes les uns avec les autres. (HAUT)
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La Tradition est
un processus dynamique. Cette transmission
de la Parole, au long des âges, du temps et des générations,
à travers les divers pays, dans la continuité et l'unité,
voilà ce qu'on appelle la Tradition. ««4»»
C'est-à-dire, ce qui se transmet d'homme à homme, de groupe
à groupe, de génération à génération.
Cette fonction active du souvenir en train de se transmettre constitue
l'essentiel de la condition humaine. Ce moyen naturel et fondamental de
la communication entre les hommes et de la transmission de leur enseignement
les uns aux autres, Dieu s'en est servi pour se faire connaître
au peuple qu'il s'était donné, et il en a fait un chemin
de ses venues et de ses révélations. Car Dieu ne méprise
pas ce qu'il a créé. Guidée par
l'Esprit de Dieu même, cette transmission de témoignages
devient un appui solide, un chemin assuré, une voie de la vérité
révélée dans l'histoire. Tel est l'engagement pris
par l'Église de transmettre le mystère du Christ et l'ensemble
de son enseignement qu'elle conserve dans sa mémoire. Ainsi, la
Tradition demeure cette grande activité de l'Église où
chacun doit avoir sa place et être en liaison avec les autres. La Tradition est l'activité
même de l'Esprit Saint dans l'Église. ««5»»
Grâce à l'Esprit, en effet, la Tradition, tout en demeurant
dans la continuité et la fidélité, est toujours en
route, elle progresse, et elle avance. De fait, la mémoire de l'Église
croît à mesure que l'Église grandit. La Tradition, à
quelque époque que ce soit et dans la variété de
ses manifestations, forme un ensemble homogène. Toutes les vérités
s'y tiennent comme en un tout vivant et organique; mais pour être
énoncées, communicables aux hommes, il faut qu'elles soient
formulées séparément. De là, les diverses
affirmations du Credo de l'Église, les déclarations
successives du Magistère de l'Église. On ne peut formuler les vérités de la foi que par parties. Mais la foi en chaque vérité exprimée suppose l'adhésion à l'ensemble de toute la révélation originelle, contenue indissociablement dans la foi entière de l'Église. La vérité concernant les Saintes Écritures est de cette sorte: elles font partie intégrante de tout ce que croit et enseigne l'Église, elles sont incluses à l'intérieur de la Tradition sacrée.(HAUT)
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Antérieurement
aux Écritures: la Tradition. Que la Tradition soit
antérieure aux Saintes Écritures, c'est une évidence
de l'histoire. Le peuple de Dieu n'a pas toujours eu une Bible. Peuple
appelé et interpellé par Dieu, par son Esprit de vérité,
il pouvait subsister comme tel, dans sa vocation et pour sa mission, sans
avoir de livre inspiré. L'histoire l'atteste,
il en fut ainsi longtemps. Israël n'a pas commencé par écrire,
et pendant des siècles, il n'a pas eu d'Ancien Testament écrit.
Jésus lui-même n'a pas laissé d'écrits. Ses
premiers disciples et apôtres n'ont guère écrit tout
de suite. L'Église chrétienne a d'abord vécu et grandi
sans Nouveau Testament. La communauté
des croyants, autrement dit l'Église, exista bien avant le livre
que nous appelons Nouveau Testament, tout comme Israël précéda
le livre que nous nommons Ancien Testament. Il n'y aurait pas de Bible
si le peuple de Dieu de l'ancienne et de la nouvelle Alliance n'avait
veillé à maintenir le souvenir des hauts faits de Dieu.
Ces grandes oeuvres
de Dieu trouvent leur accomplissement dans le Christ, Verbe fait chair,
«le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation».
««6»» L'Écriture Sainte
renvoie donc elle-même à une réalité qui la
déborde, et qui est l'histoire même de Dieu et de son oeuvre. Le peuple de Dieu
a ainsi préexisté à son Livre Saint. Et sa Tradition,
c'est-à-dire les enseignements reçus, ses expériences,
son savoir, sa mémoire collective, sa sagesse, sa foi et sa piété,
sa vie même s'exprimant et se communiquant, s'est élaborée
d'abord sans le moyen des Écritures mais sous le souffle de l'Esprit
Saint. De même, l'Église
vivante, la communauté des fidèles en marche sous la conduite
de l'Esprit Saint ne dépend pas de l'Écriture en son origine.
La Tradition apostolique, en effet, a été première
dans l'Église pour dire la révélation du Christ.
Si la Bible est reconnue comme le Livre Saint, la Parole de Dieu, c'est
parce que la Tradition portée par le peuple de Dieu a discerné
comme inspirés un certain nombre d'écrits et les a reconnus
comme authentiques (sacrés et canoniques), répudiant tous
les livres apocryphes. Le dernier Concile déclarait:
Le peuple de Dieu,
dans une adhésion commune, accueille la Parole de Dieu, «non
comme une parole d'hommes, mais comme ce qu'elle est réellement:
la Parole de Dieu» (1 Th 2, 13); aussi est-elle au-dessus de toute
parole humaine, de tout texte et de toute littérature. De même,
le peuple de Dieu se nourrit de la riche Tradition qui vient des Apôtres
et qui s'est développée en lui au long des âges par
le fait de l'Esprit Saint, et qui s'exprime de toutes sortes de façons:
par la bouche des prédicateurs, par les enseignements des maîtres
de la vie spirituelle, par les exemples pratiques de la vie des saints,
par la liturgie, etc. Avec cet instinct
profond qui lui fait reconnaître l'Esprit de Dieu à travers
l'enseignement magistériel de l'Église, le peuple de Dieu
accueille cet enseignement comme étant celui du Christ lui-même,
car lui-même a dit: «Qui vous écoute m'écoute.
Qui vous rejette me rejette. Et qui me rejette, rejette celui qui m'a
envoyé» (Lc 10, 16), conférant ainsi son autorité
à la parole de ses apôtres et de leurs successeurs. Et comme
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«Toute Écriture
est inspirée de Dieu». Dans la Constitution
dogmatique sur la Révélation divine ««9»»
de Vatican II, l'Église universelle est venue nous rappeler le
vrai sens de la foi en la Parole de Dieu. Parlant de l'inspiration de
la Sainte Écriture, voici ce qu'affirme ce document conciliaire:
Appuyés solidement sur la véracité de la Parole de Dieu telle qu'enseignée par l'Église, et que tout croyant, en fils obéissant, doit accueillir joyeusement dans la foi, nous vous invitons à regarder sans préjugés l'expérience acquise au sein de la communauté des Pauvres de Saint-François dans l'exercice des dons de prophétie et de discernement des esprits. Cette expérience est en soi une merveille de Dieu, un signe des temps que le Seigneur Jésus fait à son peuple, à son Église. De telles manifestations dites prophétiques existaient déjà dans l'Église primitive et elles sont même décrites dans les Écritures, en particulier chez saint Paul dans sa première épître aux Corinthiens. (HAUT)
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Notre humble apport
à la Tradition vivante de l'Église. Nous croyons que cet
apprentissage de toutes ces années ««11»»
dans ce domaine précis de la pratique des dons de prophétie
et de discernement, peut très bien faire partie de ce qu'on appelle
la Tradition de l'Église, la Parole de Dieu ayant été
reçue et crue puis mise en exercice sous la mouvance de l'Esprit
Saint, en particulier les enseignements de l'Apôtre sur les dons
spirituels. ««12»» Et bien
que la prophétie ne vienne pas compléter la Révélation
définitive du Christ qui nous a été transmise par
nos devanciers, elle l'explicite et aide à vivre plus pleinement
la Parole de Dieu. En effet, nous pouvons
dire qu'à travers la Tradition se continue l'exercice du don de
prophétie qui rend présent à son peuple le Dieu vivant.
Par sa sollicitude continuelle et les dons de sa grâce, celui-ci
permet donc aux hommes de le reconnaître et de l'aimer, lui, ainsi
que la Bonne Nouvelle de l'Évangile. Dans la plus ancienne lettre de saint Paul, la première épître aux Thessaloniciens, nous lisons: «N'éteignez pas l'Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophétie, mais vérifiez tout: ce qui est bon, retenez-le» (1 Th 5, 19-21). C'est dans le sillage de cette exhortation, de ce commandement de l'Apôtre que s'inscrivent tant d'années de vie communautaire au service de Jésus Christ sauveur. (HAUT)
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L'Esprit de prophétie,
témoignage de Jésus. «Je suis venu
apporter le feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà
allumé!» (Lc 12, 49). Nul doute que Jésus «parlait
de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croient en lui» (Jn 7,
39). Conçu lui-même de l'Esprit Saint, ayant accompli en
sa personne l'oeuvre de la rémission des péchés,
«ce Jésus, Dieu l'a ressuscité
Et maintenant,
exalté par la droite de Dieu, il a reçu du Père l'Esprit
Saint, objet de la promesse, et il l'a répandu
comme un feu»
(Ac 2, 32-33, 3). L'Esprit répandu sur la terre, voilà le
grand signe des temps donné par Dieu au monde pour lui rappeler
son origine et sa fin dernière. C'est précisément
ce que saint Pierre proclame au peuple rassemblé devant le Cénacle
au matin de la Pentecôte. Devant tous ces gens éberlués
par la manifestation prodigieuse de l'Esprit répandu sur les Apôtres,
C'est donc lui, l'Esprit,
qui est le grand signe des temps: Esprit de prophétie, Esprit qui
fait parler et qui veut parler, Esprit qui a été répandu
sur l'Église, tel que prédit par le prophète Joël,
et qui donne à l'Église la force et l'audace
Le grand signe des
temps, c'est l'Esprit Saint à l'oeuvre dans le monde, Esprit de
prophétie aux multiples opérations qui se manifeste par
des merveilles et des prodiges de toutes sortes! Cet agir de l'Esprit
Saint traverse le temps de l'Église depuis le matin de la Pentecôte
et il est toujours présent, surtout dans les moments les plus critiques
de son histoire. Le Christ Jésus lui-même en a fait la promesse
à ses apôtres: «Mais le Paraclet, l'Esprit Saint que
le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera
tout ce que je vous ai dit» (Jn 14, 26). Et encore: «Ce n'est
pas vous qui parlerez, c'est l'Esprit de votre Père qui parlera
en vous» (Mt 10, 20). Ainsi, dans sa prévoyance
du salut des hommes, Dieu, dans son infinie sagesse, se réserve
le droit d'intervenir directement, par les charismes, certainement par
le don de prophétie, dans l'Église d'abord, pour la rendre
«toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais
sainte et irréprochable» (Ep 5, 27); et dans le monde pour
appeler tout homme à rentrer à la Maison. Le prophète
est celui qui voit le signe des temps, l'Esprit à l'oeuvre:
il en témoigne, il en vit et il cède à sa mouvance.
Et tout compte fait, son message doit être le même que celui
de Jésus, que celui de Jean-Baptiste:
Le discours de saint
Pierre au matin de la Pentecôte est toujours actuel. Il nous donne
l'heure juste pour reconnaître que les temps où nous sommes
sont «les derniers» (Ac 2, 17), «les derniers jours»
avant «le grand Jour du Seigneur» (Ac 2, 20; Jl 3, 4), le
jour de son Retour dans la gloire sur les nuées du ciel, ce Retour
qui est imminent, et qui sera précédé de jours d'épreuves
et de ténèbres, «car il vient, le Seigneur, pour juger
la terre; il jugera le monde en justice et les peuples en sa vérité
(Ps 95, 13) ... Et les hommes verront le Salut de Dieu» (Lc 3, 6;
Is 40, 5). En parlant sous le
souffle de l'Esprit Saint, le prophète nous conduit à ce
chemin sûr qu'est le Christ Jésus et il interprète
à la lumière de la foi les signes des temps, les
signes qui nous font reconnaître que l'Aurore est proche! Car, «en
ces temps qui sont les derniers» (He 1, 2), nous veillons dans la
foi, dans l'attente où nous sommes de la Venue du Seigneur sur
les nuées. La parole prophétique bien accueillie communique la grâce de reconnaître la présence du Christ en tout temps et dans le temps conformément à sa promesse: «Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde» (Mt 28, 20). Jésus entretient en nous l'espérance de son Retour glorieux et nous donne l'interprétation juste des signes qui nous montrent que «la nuit est avancée et le Jour, tout proche» (Rm 13, 12). (HAUT)
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| II - Le prophète et les dons de prophétie | |
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8.
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L'Esprit de prophétie:
ses diversités d'opérations. Nous trouvons dans
l'épître de saint Paul aux Thessaloniciens cette expression:
«
les dons de prophétie» (1 Th 5, 20). Voilà
pourquoi nous pouvons dire que le don de prophétie communiqué
par l'Esprit Saint aux membres de l'Église est un don aux multiples
facettes, diversifié dans ses opérations. Dans sa première
épître aux Corinthiens, le même saint Paul ne manque
pas de nous faire connaître cette manifestation de l'Esprit en vue
du bien commun dans la diversité des dons, la diversité
des services et la diversité des activités, l'Esprit étant
unique et le même, opérant tout cela, distribuant à
chacun ses dons comme il le veut: à chacun la manifestation
de l'Esprit est donnée en vue du bien commun. ««14»»
Et il écrit aux Romains: «À plusieurs nous ne formons
qu'un seul corps dans le Christ, mais pourvus de dons différents
»
(Rm 12, 5-6). À la diversité
des services à rendre et des fonctions à remplir dans l'Église,
Corps du Christ, correspond la diversité de l'action de Dieu qui
permet de les exercer comme il convient. Saint Paul l'a remarquablement
expliqué dans son épître aux Corinthiens: en vue de
l'utilité de tous, l'Esprit de Dieu dispense, selon les cas et
les besoins, la parole de sagesse, la parole de connaissance, la foi qui
est fidélité et «communications d'Esprit Saint ««15»»»,
le don de guérison, les pouvoirs d'accomplir des actions puissantes
comme les miracles, la prédication, les dons de prophétie,
le discernement des esprits qui animent les uns et les autres, le don
des langues et son interprétation
««16»»
Souvent, chez l'Apôtre des nations, est associé au don de
prophétie le mystérieux parler en langues accompli sous
le souffle de l'Esprit de Dieu ««17»».
Du reste, parmi les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru, saint
Marc souligne le parler en langues ««18»».
Toutes ces différentes manifestations de l'Esprit viennent magnifiquement
au secours de l'Église et de l'évangélisation. Le don de prophétie est un don aux multiples facettes! Voilà bien pourquoi saint Paul peut parler «des dons de prophétie»! Parmi «ces dons» de prophétie se trouve le don de prophétie proprement dit ou don de la parole prophétique: c'est dans ce sens plus restrictif que l'on parle ordinairement de la prophétie. (HAUT)
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La prophétie,
un don fait à l'Église. Les ministères
dans l'Église sont soutenus par des dons faits par le Christ Jésus
lui-même. En effet,
L'Église, Corps
du Christ, est donc fondée sur les apôtres et sur les
prophètes. Par «apôtres», on pensait autrefois
qu'il fallait entendre «les douze apôtres», et par «prophètes»,
ceux de l'Ancien Testament. L'exégèse moderne nous dit que
le concept d'«apôtre» doit être entendu en un
sens plus large, et celui de «prophète» doit être
rapporté aux prophètes dans l'Église. Cet espace
prophétique dans l'Église est éminemment celui dans
lequel Dieu se réserve d'intervenir en personne, et de prendre
l'initiative de nouveau à chaque fois. La prophétie devrait
toujours être reconnue dans le collège apostolique, tout
comme les apôtres étaient aussi, à leur façon,
des prophètes, des envoyés et des hérauts du Très-Haut. Dieu se réserve donc le droit d'intervenir directement en son Église par les charismes pour la réveiller, l'avertir, la promouvoir et la sanctifier. Le charisme de prophète traverse le temps de l'Église comme en témoigne avec une richesse infiniment variée la vie des saints et des pasteurs qui l'ont gouvernée, car l'Église a reçu à toutes les époques de son histoire ce don, ce charisme de prophétie absolument nécessaire à sa croissance et à son épanouissement. (HAUT)
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Dans le corps
du Christ qu'est l'Église, «les pieds» symbolisent
les envoyés, les prophètes! Pour favoriser l'exercice
des charismes dans l'Église et découvrir la fonction qu'ils
remplissent dans l'évangélisation, il est essentiel d'entrer
dans le mystère du Corps du Christ qu'est l'Église, tel
que décrit par saint Paul en sa première épître
aux Corinthiens:
Il est bien évident
que les membres sont rattachés au corps et qu'à ce corps,
il faut une tête visible. Car, c'est bien par la tête qu'est
conduit tout le corps et non l'inverse. Cependant, la tête a besoin
du corps et de tous ses membres. La tête ne peut donc dire aux pieds:
«Je n'ai pas besoin de vous, vous n'êtes pas nécessaires
à la bonne marche du corps». Les pieds, ne serait-ce
pas ceux qui sont envoyés et qui prêchent le Christ selon
cette belle parole d'Isaïe reprise par saint Paul: «Qu'ils
sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles, qui annoncent
la paix, qui apportent le bonheur, qui annoncent le salut»? (Is
52, 7; Rm 10, 15). C'est pourquoi saint Paul pose cette question:
Ainsi appuyés
sur l'Écriture, force est d'admettre que celui qui est envoyé
et qui prêche, celui qui parle au nom de Dieu, celui qui a mission
de prophète dans le Corps du Christ qu'est l'Église est
identifié, est signifié, symbolisé par «les
pieds». L'Écriture les déclare «beaux, porteurs
de bonnes nouvelles» (Is 52, 7; Rm 10, 15). Ce sont ces messagers
qui permettent, par la prédication de la Parole, de faire naître
à la vie de foi, de semer la foi, de pousser l'homme à invoquer
le Christ et à l'écouter parler à travers un homme,
un envoyé. En effet, «comment
invoquer le Seigneur sans d'abord croire en lui? Et comment croire sans
d'abord l'entendre? Et comment entendre sans prédicateur?»
(Rm 10, 14). Ainsi donc, la prédication est nécessaire,
irremplaçable même. Les techniques modernes, si performantes
qu'elles soient, ne peuvent remplacer la prédication. Le Pape Paul
VI écrivait: «Même portée par la technique à
une extraordinaire puissance par la presse et les moyens audiovisuels,
aucune forme de diffusion de la pensée ne remplace la prédication
««19»»». Oui, dans le Corps du Christ qu'est l'Église, les pieds font penser aux prophètes, ces envoyés de Dieu, souvent dérangeants, gênants et encombrants à cause de leur langage de vérité. En eux, c'est l'amour et la vérité qui se rencontrent ««20»». Ces pieds, hélas! on ne sait où les mettre et on ne sait comment ils s'articulent avec le reste du corps lorsqu'on les voit et les regarde comme détachés du reste du corps, lorsqu'on les considère comme ne faisant pas partie du corps. Et pourtant, les pieds font partie du tout, ils sont membres à part entière du corps et sont absolument nécessaires à la tenue du corps. Une tête ne peut ignorer ses pieds et leur dire: «Je n'ai pas besoin de vous», car Dieu les a vraiment voulus comme membres de tout le corps et même, c'est dans le plan et le dessein de Dieu que la tête prenne soin de ses pieds comme de tous les autres membres du corps. (HAUT)
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«Puisse tout
le peuple de Yahvé être prophète.» Saint Paul, lui qui
avait l'expérience des dons de l'Esprit Saint et connaissait son
agir, ose prescrire sous le souffle de ce même Esprit cette injonction:
«Recherchez la charité; aspirez aussi aux dons spirituels,
surtout à celui de prophétie... Celui qui prophétise
parle aux hommes; il édifie, exhorte, console
il édifie
l'assemblée» (1 Co 14, 1-5). La parole prophétique
est une manifestation authentique de la charité dans le peuple
de Dieu puisqu'elle édifie, exhorte, console. Elle contribue à
édifier la foi, l'espérance et la charité dans les
coeurs; elle encourage, avertit et corrige les défaillants; enfin,
elle console et réconforte ceux qui n'en peuvent plus. Bien avant saint Paul,
Moïse avait exprimé le souhait, le désir que tous soient
habités par le souffle puissant de l'Esprit Saint: «Ah! puisse
tout le peuple de Yahvé être prophète, Yahvé
leur donnant son Esprit» (Nb 11, 29). Et même dans
la bouche du petit prophète Joël, nous retrouvons cette belle
promesse de Dieu: «Je répandrai mon Esprit sur toute chair.
Vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes,
vos jeunes gens, des visions» (Jl 3, 1). Nous devons garder
à l'esprit que la prophétie ne signifie pas d'abord prédire
l'avenir. Mais, avant tout, elle est là pour indiquer, manifester,
découvrir, expliquer ou expliciter la volonté de Dieu pour
le présent et donc montrer la voie droite pour et vers l'avenir.
Le prophète, en communiquant la révélation qu'il
reçoit de l'Esprit, vient fortifier la volonté de l'homme
dans la pratique du bien et illuminer sa pensée afin de rendre
évidente la volonté de Dieu à accomplir pour le présent
comme pour l'avenir. Ainsi, la prophétie vient aider à mieux
vivre et à accomplir plus pleinement l'Évangile au temps
présent. Ce qui est essentiel, c'est l'exercice pratique et vivant de ce don de prophétie animé par l'esprit de foi. Saint Paul dit avec le psalmiste: "J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé" (2 Co 4, 13), c'est-à-dire: c'est pourquoi j'ai porté témoignage au Christ, j'ai prêché sous l'action de l'Esprit Saint. Et ailleurs: "Ce qui importe, c'est la foi agissant par la charité" (Ga 5, 6). Les dons spirituels que Dieu nous a faits et qu'il nous a donné de connaître par son Esprit (1 Co 2, 12), encore nous faut-il les rendre agissants et opérants dans l'Église, et cela à cause de "la charité en vue du bien commun de manière à édifier" le Corps tout entier (Ga 5, 6; 1 Co 12, 7; 14, 26). Il n'est pas permis au disciple du Christ de les tenir cachés sous le boisseau ou enfouis dans la terre. (HAUT)
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| 12. |
Le droit et le devoir d'exercer les dons de l'Esprit. Désireux de rendre plus intense l'activité apostolique du peuple de Dieu, le concile Vatican II a rappelé à tous les chrétiens leur droit et leur devoir d'être apôtres dans le monde à la manière d'un ferment. Voici ce que nous lisons dans le décret sur l'apostolat des laïcs:
Il est d'une importance
capitale pour le dynamisme de l'évangélisation que les dons
de l'Esprit soient exercés dans l'Église, et "surtout
celui de prophétie", comme nous dit saint Paul, ce don par
lequel "Dieu parle aux hommes
pour les instruire et les encourager
et pour édifier la foi dans les curs" (1 Co 14, 3, 4b
et 31b, 24-25; Rm 10, 17).
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Les prophètes:
des serviteurs, soumis à la Parole de Dieu et à l'Église. Vatican II s'exprime
ainsi:
C'est qu'il a plu
à Dieu d'établir une hiérarchie dans les dons et
ministères pour le bon fonctionnement du Corps du Christ, l'Église.
En effet, «dans l'Église, il en est que Dieu a établis
premièrement comme apôtres, deuxièmement comme prophètes,
troisièmement comme docteurs
Puis ce sont les miracles, puis
le don de guérir, d'assister, de gouverner, les diversités
de langues» (1 Co 12, 28). Il est clair que ceux qui ont reçu
des charismes se doivent d'être soumis entre eux pour le plus grand
bien du corps, selon ce que dit l'Apôtre: «Les esprits des
prophètes sont soumis aux prophètes, car Dieu n'est pas
un Dieu de désordre, mais de paix» (1 Co 14, 32-33). Le don de prophétie
doit être vérifié par l'Église, examiné
et discerné par elle. Mais elle ne peut en aucun cas déprécier
ce don selon l'avertissement de l'Apôtre: «N'éteignez
pas l'Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophétie;
mais vérifiez tout: ce qui est bon, retenez-le» (1 Th 5,
19-21). La vraie prophétie
doit être en conformité avec les Écritures et avec
ce qu'enseigne notre Mère l'Église afin que cette parole
de l'Esprit devienne nourriture pour la foi, l'espérance et la
charité, vertus nécessaires qui sont pour tous la voie permanente
conduisant au salut en Jésus Christ. Lorsque la prophétie nous éloigne si peu soit-il des Saintes Écritures, de l'enseignement de l'Église, elle prend malheureusement des allures de liberté et d'indépendance face à l'Évangile et à l'interprétation qu'en fait la sainte Église. Et lorsque la prophétie se présente ainsi comme meilleure et plus importante que l'Évangile et l'enseignement de l'Église dans son dessein de salut, alors, nous pouvons être assurés et certains que cette parole prononcée ou écrite, même si on la dit prophétique, ne vient pas de l'Esprit Saint qui, lui, nous guide toujours à l'intérieur de l'Évangile et de l'Église, et non en dehors d'eux. (HAUT)
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| III - Qu'est-ce donc que prophétiser? | |
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14.
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Parler sous le
souffle de l'Esprit Saint. Prophétiser,
c'est parler au nom du Seigneur, c'est révéler aux autres
hommes une parole qui ne vient pas de l'esprit de l'homme, mais qui provient
comme de la bouche même du Très-Haut. Prophétiser,
c'est parler avec cette certitude que c'est bien l'Esprit du Dieu vivant
qui dépose sur les lèvres de son envoyé ce qu'il
veut dire et annoncer pour la conversion de son peuple. Certes, l'Esprit
Saint se sert des facultés et de la forme du prophète
qui parle en des mots humains selon sa langue, sa culture, sa région,
son époque, quoiqu'il puisse lui donner des expressions dont il
ne connaît nullement le sens. C'est en patois que la «Dame»
s'adresse à Bernadette Soubirous. «Que soy era Immaculada
Councepciou ««23»»»,
répète la petite paysanne sur le chemin du retour pour ne
pas oublier une appellation dont elle ne pouvait connaître et encore
moins comprendre le sens. Prophétiser
n'est pas compliqué. C'est parler sous le souffle, sous l'action
de l'Esprit Saint. Nous n'avons pas à douter de l'agir de l'Esprit
Saint en nous ni chercher à tout comprendre uniquement par notre
intelligence. Nous devons être audacieux dans la foi et nous faire
un coeur tout petit et humble qui a souci de vivre de la foi en la Parole
de Dieu. En agissant ainsi, il nous sera possible de distinguer la parole
prophétique arrivant au fond de notre coeur comme un souffle léger;
ce sera comme une inspiration suivie de mots qui se font entendre «aux
oreilles du coeur». La prophétie, c'est le moyen dont le Seigneur se sert pour se révéler au coeur de l'homme et lui parler, cela indépendamment de ses connaissances et de ses études. Le don de prophétie n'est surtout pas le fruit d'une réflexion de l'homme, ou de la décision de sa volonté humaine, ou encore de son expérience enfouie dans sa mémoire et son imagination, mais c'est l'accomplissement d'un acte de foi poussé sous le souffle, sous la mouvance de l'Esprit Saint. (HAUT)
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«Le Seigneur
Dieu m'a ouvert l'oreille pour que j'écoute comme celui qui se
laisse instruire ««24»».» Prophétiser,
c'est d'abord se mettre à l'écoute de l'Esprit Saint pour
qu'il parle au fond de notre coeur. «Parle, Seigneur, dit Samuel,
ton serviteur écoute» (1 S 3, 10). Que cet Esprit de vérité
nous instruise à notre tour et se saisisse de nous de la manière
qu'il voudra bien, afin que nous soyons lumière révélant
la présence de Dieu au monde et à l'Église, le révélant
lui, la vraie lumière. Lorsque ce don de
prophétie est en exercice, c'est bien l'Esprit Saint qui épouse
la forme du prophète et non le prophète qui dicte
à l'Esprit quoi dire et comment le dire. Le prophète doit
se laisser saisir sans résister, sans rien ajouter ni retrancher
ni omettre de ce qu'il entend, acceptant de se laisser conduire comme
un tout petit enfant. C'est pourquoi on
peut affirmer avec certitude que ce don de prophétiser est réservé
aux coeurs humbles et petits, dociles, qui se laissent conduire par la
main, qui fuient la voix des étrangers et qui reconnaissent la
voix du Maître et du Bien-Aimé. Ceux-là sont obéissants
à l'Église et reconnaissent la voix du Christ à travers
elle. Plus une âme se fait généreuse dans l'exercice
du don de prophétie, plus elle progressera aussi dans le discernement
des esprits. Plus elle vivra cette pauvreté en esprit dont parle
l'Évangile, plus sera facilité l'exercice des dons du Saint-Esprit
et en particulier l'exercice du don de la parole inspirée. Il a été donné au Père Émilien Tardif la grâce de prêcher l'Évangile sur les cinq continents. À sa façon, il a actualisé cette parole du Christ: "Vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux confins de la terre" (Ac 1, 8-9). Cette force de l'Esprit Saint s'est traduite chez lui par un étonnant charisme de prière pour les malades.
Ainsi, exercer les dons du Saint-Esprit, c'est cette capacité intime, au coeur du serviteur de Dieu, d'écouter, de percevoir, de sentir le Verbe de vie se manifester à lui et en lui par le ministère des anges ««26»». C'est un moyen salutaire dont le Seigneur se sert pour communiquer au coeur de l'homme ses bons vouloirs, pour lui parler, et cela, indépendamment de ses connaissances, de ses études, de son expérience. (HAUT)
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| IV - Comment le prophète entend-il les paroles de l'Esprit Saint en son coeur? | |
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16.
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C'est un souffle
dans l'homme, une brise légère, parfois même un souffle
oppresseur ««27»». Il y a différentes
manières dont l'Esprit Saint se sert pour opérer en l'âme.
L'Esprit en effet agit, tout comme le vent, de bien des manières,
selon son bon vouloir ««28»»,
mais aussi selon les dispositions de celui qui reçoit la parole. Voici ce qui peut
aider à illustrer comment on peut entendre la voix du Seigneur
en son coeur. Lorsqu'on se parle intérieurement, on entend au-dedans
de soi des mots qui se succèdent, mais on ne les entend pas avec
les oreilles du corps. Par exemple, lorsqu'on récite le Notre
Père ou formule une prière en son coeur, personne ne
l'entend à l'extérieur. Il n'y a aucun bruit et pourtant,
on sait très bien où on est rendu dans la récitation
de sa prière. Pour le prophète
animé de l'Esprit, la voix du Seigneur est entendue un peu de la
même façon, mais dans ce cas de la prophétie, ce n'est
pas son intelligence qui fait un effort de composition: les mots ou paroles
viennent sans que le prophète ait à les chercher. Ces mots
viennent en lui dans la paix, sans effort, sans recherche. Parfois, les
mots viennent un à un, lentement, parfois par petits groupes de
mots, parfois par phrases entières. Il peut arriver que le prophète
reçoive d'abord comme une idée globale de ce que le Seigneur
veut faire proclamer en assemblée, avant même d'entendre
un seul mot au-dedans de son coeur; c'est comme si l'Esprit du Seigneur
donnait en un flash tout ce qui allait être contenu dans la parole
prophétique. Que la parole vienne lentement ou comme un fleuve ««29»», le prophète se doit de demeurer dans une écoute attentive, dans l'attente patiente, et de se tenir prêt à donner ou à communiquer les paroles reçues dans la paix dès que le souffle de l'Esprit se manifeste, sans précipiter et sans précéder les paroles, et surtout sans chercher à se rappeler ce qui a été dit auparavant. Il faut se souvenir, appuyé sur les Écritures en saint Paul, que la prophétie est un don gratuit qui doit être développé dans la foi et par la foi:
Laisser l'Esprit Saint agir en nous, c'est faire grandir la foi dans les curs, c'est découvrir que notre Dieu est vivant aujourd'hui, qu'il agit avec autant d'amour qu'il le faisait sur les chemins de la Palestine et qu'il est le même hier, aujourd'hui et à jamais. (HAUT)
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«Ouvre large
ta bouche, et je l'emplirai ««30»».» Appelés à
agir dans l'audace de la foi, il nous faut apprendre à reconnaître
en notre cur l'agir de l'Esprit Saint. De façon générale,
on peut dire avec certitude que le souffle de l'Esprit Saint est une inspiration
légère qui se laisse saisir par le coeur petit, humble,
attentif et veillant. Lorsqu'on croit que des premiers mots du Seigneur
viennent en notre coeur, il faut les dire ou les écrire, et au
fur et à mesure qu'on les donne ou qu'on les écrit, d'autres
mots viennent s'ajouter. Si cependant on ne donne pas les premiers mots
ou qu'on ne les écrit pas, il est certain que les autres mots pour
compléter la parole ne viendront pas. L'exemple de la boîte
de kleenex nous aidera à comprendre: celui qui en a fait l'expérience
sait qu'en tirant sur le premier mouchoir, l'autre vient de lui-même
en sortant légèrement de la boîte et ainsi de suite,
mais il demeure toujours que c'est la personne qui tire le mouchoir. Dans l'exercice des
dons de prophétie, c'est le prophète qui ouvre la bouche
et donne le premier mot afin que le suivant vienne. Il n'y a pas de raisonnement
à faire pour savoir comment tirer un mouchoir de la boîte
pour qu'il en vienne un autre. C'est dans ce sens que l'on peut affirmer
que l'intelligence n'a pas besoin d'intervenir pour prophétiser,
cela va comme de soi. Pour disposer son coeur à recevoir les paroles de l'Esprit, il faut se mettre dans une attitude d'écoute intérieure, se tenant à l'affût de la moindre parole ou mot qui vient de Dieu, mais sans rien chercher, sans composer avec son intelligence. Quand surgit un mot ou une parole en notre coeur, on ne doit pas chercher à retenir ce mot ou cette parole. Pour ceux qui sont familiers avec la prière en langues, cette arme leur sera d'un grand secours pour demeurer paisible et attentif à la voix du Seigneur au plus profond de leur coeur. (HAUT)
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Discerner les
paroles entendues dans le coeur.
On doit faire de même.
Si on est seul, en solitude, et qu'on croit entendre des paroles de l'Esprit,
on les écrit afin de les faire vérifier par la communauté
ou l'assemblée, sinon par un guide expérimenté dans
l'agir de l'Esprit Saint afin d'être préservé de son
propre esprit ou de l'empire des ténèbres. Si le prophète
est dans l'impossibilité de faire vérifier les paroles reçues,
qu'il les rejette absolument: si c'est l'Esprit qui a parlé, il
laissera les effets dans l'âme même si les paroles ont été
rejetées. En assemblée,
à moins que celui qui exerce l'autorité en juge autrement,
on doit céder humblement à l'Esprit en donnant à
haute voix la parole entendue en son coeur, afin que ce qu'on reçoit
soit vérifié, discerné sur-le-champ et par tous. Lorsque la parole
provient du Seigneur ou de son envoyé, de son ange, elle est claire,
limpide, simple, et parvient au coeur du prophète sans que son
intelligence participe à l'élaboration de la parole. Cette
parole reçue réjouit le fond du coeur, le fortifie et le
conserve dans la paix, grand signe de l'agir de l'Esprit Saint. Comme un veilleur attend l'aurore ««32»», ainsi le prophète guette-t-il la venue du Seigneur. Il est patient, certain dans la foi qu'il viendra à son heure. Il sait, comme le veilleur, que le lever du soleil ne dépend pas de lui mais de Dieu. De même en est-il pour la parole prophétique: ce n'est pas le prophète qui souffle la parole à son propre esprit, mais l'Esprit de Dieu qui opère ce prodige par sa grâce. (HAUT)
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«Parle, Seigneur,
car ton serviteur écoute!» À ce sujet,
l'exemple du jeune Samuel dans l'Ancien Testament ««33»»
demeure très instructif. Le petit Samuel couchait dans le temple
de Yahvé, mais il ne connaissait pas encore l'agir de l'Esprit,
c'est-à-dire comment Dieu pouvait parler à l'âme,
comment reconnaître la voix de l'Esprit de Dieu parlant à
son coeur. Samuel est couché
dans le sanctuaire, non loin du prêtre Éli, et il entend
une voix l'appeler: «Samuel! Samuel!» Dans sa promptitude
à répondre à l'appel entendu qu'il pense venir d'Éli,
il se lève et va trouver Éli, disant: «Me voici!»
Cela se répétera trois fois jusqu'à ce que le prêtre
Éli comprenne que c'était le Seigneur qui se révélait
à Samuel par la parole entendue. Alors, Éli dit à
Samuel: «Lorsque tu entendras de nouveau l'appel, tu répondras:
"Parle, Seigneur, car ton serviteur écoute"» (1
S 3, 9-10). Ce que fit Samuel, et son esprit de foi et d'obéissance
lui valut d'entendre les oracles du Seigneur en son coeur. Voici comment le bienheureux Dom Marmion voulait que le moine vive de la foi.
Le message est clair:
il faut une foi agissante mue par la charité qui, de manière
habituelle, met en exercice tous les dons du Saint-Esprit. Il faut prendre
l'habitude de se mettre à l'écoute du Seigneur au fond de
son cur et veiller à ne pas contrarier son action en nous.
Plus on sera attentif pour répondre à son appel, plus il
deviendra facile de discerner en nous la voix de l'Esprit, ses inspirations,
et ayant entendu ses paroles, de les proclamer si je suis en assemblée
ou de les écrire si je suis en solitude. Plus le prophète prend l'habitude de céder au souffle de l'Esprit Saint, plus le Seigneur fera parler son instrument dans la foi nue, c'est-à-dire dans la foi dépouillée de tout ce côté sensible qui avait pu le séduire dans les débuts. Seules doivent demeurer la paix et la certitude au fond du coeur d'accomplir la volonté de Dieu. Il s'ensuit un affermissement du prophète dans la pratique des vertus et dans la pratique du discernement des esprits. (HAUT)
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«Prenez garde
à la manière dont vous écoutez.» Si nous voulons entendre
le Seigneur nous parler et être fidèles à ses inspirations,
il nous faut tout au long du jour être très attentifs à
écouter nos frères, ceux qui nous entourent, nous conformer
à l'enseignement de l'Église, et vivre dans un état
de prière et de colloque intime avec le Seigneur. C'est la conduite
à suivre si nous souhaitons, désirons et voulons que l'Esprit
parle à nos coeurs et se serve de nous comme instruments de sa
miséricorde pour construire l'Église, Corps du Christ. À ce propos,
rappelons-nous la parole du Seigneur Jésus: «Prenez garde
à la manière dont vous écoutez» (Lc 8, 18).
La mauvaise habitude de ne pas écouter les autres ou d'écouter
à moitié ceux qui nous parlent ou nous exhortent ou nous
enseignent rend très, très difficile l'écoute de
l'Esprit Saint en nous, pour ne pas dire que cela devient quasi impossible,
à moins d'une intervention miraculeuse pour réveiller l'âme
endormie dans sa mauvaise habitude. L'Esprit Saint ne demande qu'à parler au fond des coeurs pour les transformer, les Écritures en saint Paul l'attestent ««36»». Mais hélas! peu lui sont attentifs et peu lui prêtent l'oreille. Beaucoup prêtent l'oreille à l'esprit du monde et à ses inspirations, aux penchants de la chair et à toutes ses convoitises, et parcourent d'un pas allègre ce large chemin qui mène à la perdition et se rendent ainsi inaptes à entendre la voix de Dieu et à suivre ses inspirations. (HAUT)
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| V - Moines et prophètes | |
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21.
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Les Pauvres de
Saint-François: des moines exerçant les charismes et les
dons de l'Esprit. Cette appellation
de «moine» remonte au XIIe siècle. Ce mot origine du
grec «monos» et signifie «solitaire», «seul». Dans le concret, un
moine est quelqu'un qui vit à l'écart du monde, soit seul,
soit le plus souvent en communauté, après s'être engagé
par les voeux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance
sous la conduite d'un supérieur et d'une Règle approuvée
dont le but premier et fondamental est la conversion du coeur et la maîtrise
des passions. Pour le moine, le modèle par excellence, c'est Jésus. Lui, le Verbe de vie,
Fils du Père, s'est incarné. Vivant en plein monde, il a
déclaré ne pas être du monde et pourtant il était
dans le monde: «Vous, vous êtes d'en bas; moi, je ne suis
pas de ce monde» (Jn 8, 23). Le moine ayant rencontré le
Dieu vivant peut s'attribuer cette parole de Jésus: «Le monde
les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne
suis pas du monde» (Jn 17, 14). «Comme tu m'as envoyé
dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde»
(Jn 17, 18). Au premier abord,
on pourrait croire qu'il y a contradiction ou opposition entre ces deux
états de moine et de prophète, entre le
silence et la parole, entre une vie cachée dans un cloître
et une vie apostolique active au milieu de la cité, au milieu du
monde. Comme Pauvres de Saint-François,
nous vivons en plein monde, au milieu du monde, sans «être
du monde». Nous sommes conduits à penser à la manière
du Christ et de son Évangile par toute notre vie consacrée
à son service, vivant dans la prière et la pénitence,
nous refusant de penser à la manière du monde. C'est ce
qui nous met à l'écart, en solitude, retirés de l'esprit
de ce monde. C'est cela qui nous prépare et nous dispose à
déverser dans le monde, chez nos contemporains, le trop-plein que
nous recevons dans la prière et la vie fraternelle. C'est dans ce retrait
volontaire du monde, c'est dans cette solitude et ce silence favorables
au recueillement, c'est dans la sainte Eucharistie, la prière d'oraison
et l'Office divin que nous puisons la grâce de compatir aux souffrances
d'autrui, du monde présent, et de révéler le Royaume
de Dieu au milieu de ce monde par notre vie toute donnée. Voilà pourquoi
le pauvre de Saint-François s'habitue à vivre en plein monde
comme un moine dans le désert de son coeur, en se débarrassant
de tout souci, inquiétude, tracas et de toutes formes d'attaches;
à l'instar du moine, il doit vivre en son coeur comme dans un sanctuaire
où Dieu habite et se fait présent par son Esprit, là
où il peut être constamment en prière et en adoration,
que ce soit dans la ville ou au monastère. Ainsi, lorsqu'un aspirant fait son entrée chez les Pauvres de Saint-François, il est soumis à cette discipline de vie monastique dès le départ: il doit développer et prendre l'habitude de vivre en la présence de Dieu, peu importe où il est, afin de devenir apte à entendre la voix de l'Esprit Saint au fond de son coeur et d'être prêt à proclamer la Parole. (HAUT)
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Le prophétisme
de la vie consacrée. Dociles à l'appel du Père et à la motion de l'Esprit, les Pauvres de Saint-François s'engagent à suivre le Christ avec un cur sans partage. Par la profession des conseils évangéliques, ils rendent visibles les traits caractéristiques de Jésus - chaste, pauvre et obéissant. En manifestant le mystère et la mission de l'Église par les charismes de vie spirituelle et apostolique que leur donne l'Esprit Saint, ils concourent par le fait même à renouveler la société. À l'aube du troisième millénaire, Jean-Paul II a tenu à souligner par un synode la richesse du don de la vie consacrée avec la variété de ses charismes et de ses institutions.
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Appelés
par la Sagesse multiforme à être prophètes. «Yahvé
dit à Moïse: "Vois, je fais de toi un dieu pour Pharaon,
et Aaron, ton frère, sera ton prophète. Toi, tu lui diras
tout ce que je te prescrirai et Aaron, ton frère, le répétera
à Pharaon, afin qu'il laisse les enfants d'Israël quitter
son territoire"» (Ex 7, 1-2). Dans son plan de salut, Dieu
veille sur son peuple choisi. Pour le libérer de toute forme d'esclavage,
il se choisit des messagers et des envoyés pour lui signifier sa
volonté. Tout vrai prophète
a vivement conscience qu'il n'est qu'un instrument, que les mots qu'il
profère sont à la fois siens et non siens. Il a la conviction
inébranlable qu'il a reçu une parole de Dieu et qu'il doit
la communiquer. Comme Moïse,
le vrai prophète est un homme qui a une expérience immédiate
de Dieu, qui a reçu la révélation de sa sainteté
et de ses volontés, qui juge le présent et voit l'avenir
à la lumière de Dieu, et qui est envoyé par Dieu
pour rappeler aux hommes ses exigences et les ramener dans la voie de
son obéissance et de son amour. Au long des âges,
l'Esprit Saint a fait surgir des mouvements, des Ordres, des congrégations,
des communautés selon le besoin des hommes et femmes de chaque
époque de l'Église. Aujourd'hui encore, il continue de manifester
son amour et sa sagesse pour les âmes. Sans cesse à l'oeuvre,
l'Esprit de sagesse veut parler à notre coeur:
Bienheureux le serviteur qui a été attiré, séduit et appelé par la Sagesse incarnée, le Christ Jésus! À l'appel du Maître, conduit par l'Esprit, il quitte tout pour le suivre, se renoncer lui-même, porter sa croix chaque jour et s'attacher à lui pour ne plus faire qu'un avec lui. En récompense, Dieu lui-même lui donne le bonheur, le salut marche devant sa face et la paix suit la trace de ses pas ««38»». (HAUT)
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«Si quelqu'un
veut venir à ma suite
» ««39»»
À la question
soulevée par l'Évangile: «Comment faire pour tout
quitter pour suivre le Christ?», François d'Assise répond:
«En se livrant tout entier à l'obéissance entre les
mains de son supérieur». ««40»» C'est la raison principale
pour laquelle le moine se consacre à Dieu par les saints voeux
de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, entre les
mains d'un homme qui représente Dieu. Chez les Pauvres de Saint-François,
ce représentant de Dieu, nous l'appelons le Berger; chez les Bénédictins,
il est appelé le Père Abbé; chez les Dominicains,
le Père Prieur; chez les Capucins, le Gardien; chez les Rédemptoristes,
le Recteur; etc. Le moine ainsi lié
par les voeux sacrés est entré dans l'arène pour
combattre en lui les tendances égoïstes de sa chair rebelle
marquée par le péché. Lié à l'Époux
de son âme par les saints voeux qu'il a prononcés, le moine
s'efforce de livrer le bon combat pour vivre dans la fidélité. Il travaille à se dépouiller de l'amour de toute créature, y compris de lui-même, comme il renonce à la libre disposition de son temps afin d'être disponible à suivre les moindres désirs et indications que Dieu lui manifeste. (HAUT)
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Le fruit du dépouillement
de soi: la paix et le silence de l'âme. Par ce travail patient
du dépouillement, le moine pauvre de Saint-François enlève
les obstacles entre lui et le Seigneur. Il peut alors librement s'unir
à Dieu, marcher en sa présence et vivre dans la prière.
Il se trouve à mettre en pratique un texte de sa Règle:
Pour ce moine, mettre
en pratique sa Règle, c'est donc conformer sa volonté à
celle de Dieu clairement exprimée. C'est de façon particulière
en vivant dans la prière et en faisant la volonté de Dieu
que le moine-prophète apprend à vivre dans la paix. Et pour
acquérir cette paix et ce silence intérieur, il est de toute
nécessité que l'âme prenne l'habitude de se dépouiller
d'elle-même, de faire mourir en elle la recherche de ses caprices
et de ses goûts, ses désirs, ses satisfactions ainsi que
la recherche de l'estime de soi. Ce dépouillement,
cette désappropriation volontaire du coeur et de l'esprit conduit
le prophète et lui procure cette grande grâce du silence
intérieur. Il lui enlève tout bruit intérieur et
tiraillement qui viennent des sens, en particulier de l'imagination, de
la mémoire, de la raison raisonnante d'où découle
le jugement propre, toutes des choses qui font véritablement écran
et obstacle à la promptitude à l'obéissance. C'est
par ce dépouillement et cette désappropriation de soi que
s'ouvre toute grande la porte de l'écoute attentive de l'Esprit
Saint et la claire vision (le discernement) de son agir. Ce silence de l'âme,
don de Dieu, peut être vécu à travers même une
activité intense. Il n'est pas conditionné par le silence
extérieur, mais par le détachement du coeur et de l'esprit,
par l'obéissance, la pauvreté et la chasteté vécues
par amour de Dieu. C'est dans ce silence
de l'âme ou la paix du coeur quele consacré pourra exercer
efficacement et avec prudence tous les dons du Saint-Esprit, en particulier
les dons de prophétie et de discernement des esprits. C'est dans le silence et la paix que l'Esprit Saint éduque et conduit son serviteur. Il éclaire son coeur et son intelligence et les fait progresser dans une union toujours plus étroite à la Volonté de Dieu. C'est aussi dans ce silence et cette paix du coeur poursuivis et entretenus que l'Esprit vient communiquer au moine-prophète ses paroles, ses lumières, ses révélations pour les âmes, pour la communauté, pour l'Église. Avec humilité, le moine-prophète se fait un devoir et une obligation de soumettre à son guide ces communications d'Esprit afin d'être protégé de son esprit propre. Pour le moine-prophète qui vit en communauté, il doit les soumettre à son Berger qui a charge des âmes. (HAUT)
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Purifiés
par la rencontre du Dieu vivant. «Convertissez-vous
et croyez à la Bonne Nouvelle» (Mc 1, 15). Avant d'interpeller
grands et petits à la conversion du coeur et de leur transmettre
les volontés divines, les lèvres du prophète sont
nécessairement passées au feu purificateur. La vocation
de moine et prophète chez les Pauvres de Saint-François
est à ce prix. Pour réaliser la portée d'une telle
purification, regardons les fruits de la rencontre, du face à face
que le prophète Isaïe a expérimenté avec le
Dieu vivant. Voici la description
que fait ce prophète de la vision qu'il a eue, et où il
contemple la gloire de Dieu et éprouve le sentiment de son indignité:
Isaïe est en
contemplation devant Dieu dans son sanctuaire. Ce simple fait révèle
qu'il est vraiment âme de prière. Il en est ainsi du moine.
Il doit être une âme de prière et de contemplation
qui ouvre son coeur et son esprit aux manifestations de Dieu dans le sanctuaire
de son coeur. Devant la grandeur
et la gloire de Dieu se manifestant à ses yeux, le prophète
s'écrie: «Malheur à moi, je suis perdu (muet, hébété),
car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au sein d'un
peuple aux lèvres impures et mes yeux ont vu le Roi, Yahvé
Sabaoth». Nous entrons ici dans l'intimité du coeur du moine à qui Dieu se révèle. C'est dans cette lumière de gloire qu'il voit et reconnaît sa misère, son |