Le jeudi 11 janv 2007
FAUTE DE L'AVOIR RENOUVELLÉE À
TEMPS
De jeunes Canadiens ont perdu leur citoyenneté
Allan Woods
Jeunes Canadiens nés à l'étranger,
vous risquez de perdre votre citoyenneté si vous ne vous réenregistrez
pas avant votre 28e anniversaire. Et c'est pour éviter cette mauvaise
surprise qu'Ottawa ajoute depuis peu une date d'expiration sur les cartes
de citoyenneté.
La Loi sur la citoyenneté adoptée en 1977 stipule que les
Canadiens de deuxième génération nés à
l'étranger doivent se réenregistrer avant leurs 28 ans afin
de prouver leur «attachement» au pays, et «préserver
la valeur de la citoyenneté», selon des porte-parole de l'Immigration.
Toute personne touchée par cette loi et la première cohorte
a eu 28 ans le 15 février 2005 pourrait avoir perdu sa citoyenneté
si elle n'a pas pris la peine de s'enregistrer de nouveau.
«On ne peut en aucune façon évaluer combien de personnes
ont perdu leur citoyenneté parce qu'elles n'ont pas rempli leur formulaire
avant leur 28e anniversaire», précise Lisa Borsu, porte-parole
d'Immigration Canada.
De fait, un comité des Communes avait relevé en 2005 que bien
des Canadiens ignoraient cette «exigence légale plutôt
obscure». Les députés avaient recommandé que le
ministre de l'Immigration montre de l'indulgence envers ceux qui auraient
perdu par inadvertance leur citoyenneté canadienne.
Selon un avocat de Vancouver spécialisé en droit de l'immigration,
Richard Kurland, ce problème pourrait devenir plus flagrant puisque
de plus en plus de Canadiens demandent leur passeport. À partir du
23 janvier prochain, les États-Unis exigeront en effet ce document
de tout voyageur arrivant sur leur territoire par avion. À l'occasion
de leur demande, bien des Canadiens risquent de s'apercevoir qu'ils n'ont
plus leur citoyenneté, estime l'avocat.
À Ottawa, des députés de l'opposition suspectent cette
mesure d'être le fer de lance d'une révision des règles
de citoyenneté lancée par l'ex-ministre de l'Immigration, Monte
Solberg. Dans la foulée de l'évacuation libanaise, celui-ci
souhaitait revoir les «droits et responsabilités» associés
à la citoyenneté canadienne. Il voulait notamment se pencher
sur la question de la double citoyenneté.
«Il (Solberg) a étudié la question et, tout à
coup, a découvert qu'il y avait une échappatoire», ironise
Jim Karygiannis, député libéral de Scarborough et membre
du comité parlementaire sur l'immigration et la citoyenneté.
«Cette disposition (le réenregistrement avant 28 ans sous peine
de perdre la citoyenneté) a toujours été en vigueur mais
on n'en a jamais, disons... abusé. Les conservateurs l'ont soudainement
découverte et se sont dit : Parfait, ressortons-la.»
La nouvelle mesure n'est aucunement liée à une révision
des règles de citoyenneté, assure Philippe Mailhot, porte-parole
de la nouvelle ministre de l'Immigration Diane Finley. Elle ne reflète
pas non plus une approche plus sévère, ajoute-t-il. Il estime
que l'ajout d'une date d'expiration sur toutes les cartes de citoyenneté
est simplement une façon plus efficace de rappeler aux détenteurs
leurs obligations, plutôt que de tenter de les retracer à l'approche
de leur 28e anniversaire.