Le jeudi 15 fév 2007
Les cannabinoïdes protègent le coeur
Charles
Côté
Les cannabinoïdes, substances du cannabis
qui provoquent l'euphorie, protègent aussi le coeur, selon une recherche
de l'Université de Montréal, qui a mis au jour un nouveau
mécanisme de régulation cardiaque.
Le chercheur Daniel Lamontagne, professeur titulaire
à la faculté de pharmacie, a observé une réduction
de plus de 50 % de la gravité de l'infarctus chez le rat qui avait
auparavant reçu une dose de cannabinoïdes.
Sa recherche révèle le rôle des cannabinoïdes
produits par le corps dans la protection du coeur. «Depuis quelques
années, on sait que le coeur possède des protéines
qui reconnaissent ces substances, dit-il. On ignore où la substance
est produite, comment et en quelles quantités, mais elle sont libérées
dans le coeur et les tissus environnants.»
Cet afflux de cannabinoïdes permet au coeur de mieux supporter le
manque d'apport sanguin, appelé ischémie, explique M. Lamontagne.
Une ischémie qui se prolonge peut provoquer un infarctus, ou crise
cardiaque.
«Pendant une ischémie, le coeur et les tissus environnants
produisent une foule de substances qui mettent en oeuvre des mécanismes
de protection naturelle, dont des cannabinoïdes, dit-il. Les substances
jouent au niveau des cellules elles-mêmes.»
L'effet protecteur semble se prolonger. «Si par la suite le coeur
est exposé à une ischémie plus sévère,
il va être mieux outillé pour passer au travers sans infarctus»,
dit-il.
Mais ne sortez pas la pipe à haschisch ni le papier à rouler
: fumer de la marijuana demeure dangereux pour le coeur, avertit M. Lamontagne.
«Quand on fume du cannabis, il y a plein d'autres substances nocives,
dit-il. Chez un patient cardiaque, il y a eu des cas de rapportés
d'infarctus après la consommation. Ça augmente la fréquence
cardiaque, entre autres.»
Et on est encore très loin d'une application thérapeutique.
«On connaissait les effets des cannabinoïdes sur le système
nerveux central, mais depuis quelques années, on sait que le coeur
possède des protéines qui reconnaissent ces substances, dit-il.
Alors il y a plusieurs chercheurs qui s'y intéressent. C'est un nouveau
système de régulation cardiaque.»
Le projet de recherche de M. Lamontagne tire à sa fin. Ses plus
récents résultats de la recherche ont été publiés
dans le British Journal of Pharmacology. «C'est au tour d'autres
chercheurs maintenant de pousser plus loin les aspects cliniques»,
dit-il.