Jean Lafrenière écrivait sur
le coin du comptoir, entre deux services, pour les autres ou juste pour
jeter une idée sur papier. Il n’a jamais vraiment publié ses
textes, mais plusieurs amis s’en sont chargé pour lui, question de
lui rendre hommage. Le Zénob vibrera au rythme des mots de son ancien
propriétaire, ce soir.
«Jean était ce qu’on peut appeler
un écrivain public. Si quelqu’un était déprimé,
au lieu de lui parler, il lui écrivait un petit mot. Il n’a jamais
pensé à publier. Il écrivait pour les autres ou pour
lui», se souvient l’artiste Gilles Devault, qui a réuni les
textes du recueil Pas de nouvelles, pas de nouvelles: textes choisis.
Jean Lafrenière, qu’on ne peut dissocier du Zénob, est
connu dans le milieu pour avoir ouvert sa porte à de nombreux artistes
établis, émergents ou complètement inconnus venus s’y
produire. Le Zénob est le premier lieu de diffusion du Festival international
de poésie et est demeuré depuis toutes ces années un
carrefour de rencontres culturelles pour tous les horizons.
Le Prix Jean-Lafrenière a d’ailleurs été créé
en 2005 au Festival international de la poésie de Trois-Rivières
pour récompenser le poète ayant reçu le plus de votes
du public.
Gilles Devault, Henri Wittmann, Jean-Pierre Hamelin, Louis Jacob et
Guy Rivard sont de ceux qui veulent perpétuer son souvenir. «C’est
un recueil pour nous rappeler quelqu’un qui n’attendait jamais pour faire
quelque chose, cet animateur culturel dynamique et accueillant»,
explique M. Devault, qui signe la préface du livre.
Jean Lafrenière est notamment à l’origine des «Textes
en jeu», et a accueilli autant les chanteurs que les écrivains
ou les artistes en arts visuels au sein de son bar. Il est décédé
brusquement en 2004, à 49 ans, des suites d’une foudroyante maladie.
Gilles Devault a ainsi commencé à rassembler ses textes.
«Il y en a beaucoup. Des bouts de papiers écrits au bar,
ou écrits pour des gens. J’en avais quatre caisses. J’ai fait le
ménage et gardé les textes les plus universels. Jean écrivait
beaucoup pour des personnes en particulier ou pour des événements,
comme les fêtes ou les baptêmes», explique-t-il.
Les vers contenus dans Pas de nouvelles, pas de nouvelles témoignent
d’un esprit vif, engagé, qui sait jongler avec les mots même
s’il n’a jamais réellement publié. Le petit livre regroupe
Observations derrière un comptoir, une Suite amoureuse, plusieurs
courts poèmes de même qu’une chanson, Dans ce monde, que Fabiola
Toupin a intégré à son nouvel album sur une musique
de Manu Trudel.
Le comité de rédaction a convié les proches et
connaissances de Jean Lafrenière ce soir à 17 h, au Zénob.
Plusieurs artistes devraient alors lui rendre hommage.•