La santé entre ciel et terre

 

Sainte Hildegarde

Hildegarde de Bingen, née le 16 septembre 1098 à Bermersheim (Hesse) et décédée le 17 septembre 1179 à Rupertsberg (près de Bingen), était une religieuse bénédictine et une mystique allemande. Elle était d'une noble famille germanique. Très jeune, on la confie au couvent de Disibodenberg, un monastère double, sur les bords du Rhin, où moines et moniales chantent la louange divine en des bâtiments mitoyens. Devenue abbesse, elle s'en va fonder une autre communauté à Bingen puis une à Eibingen. Elle voyage, va où on l'appelle, prêche dans les cathédrales et les couvents, correspond avec toutes les têtes couronnées, les pontifes de son temps, saint Bernard et bien d'autres. Elle plaide pour une réforme radicale de l'Église.

Daniel Maurin

Éd. Jouvence, 2001

 

 

Objectif

 

Faire la jonction entre la préoccupation spirituelle qui se fait jour actuellement dans tous les milieux et la nécessité de sauvegarder, ou de rétablir, ce don merveilleux qu'est la santé du corps.

 

Hippocrate recherchait par delà les symptômes " la cause de la cause " et déclarait que " la santé parfaite n'est rien d'autre que la sympathie universelle ".

 

Sainte Hildegarde nous enseigne que nous ne pouvons " tenir debout " et vivre en pleine santé, sans harmoniser les divers courants de notre vie : l'environnement, le corps (en particulier la nourriture), l'esprit (la psyché, les émotions…), l'âme, en relation équilibrée avec le cosmos et notre créateur.

 

Un tel système global représente une clef d'or pour l'homme moderne, si morcelé par une culture matérialiste et si assoiffé de recouvrer son unité intérieure.

 

 

 

Vers une santé totale

 

 

Une bonne santé est le principal fondement de notre succès, de notre bien-être et de notre épanouissement.

 

" La possession du meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre constitue l'un des droits fondamentaux de tout être humain ". (Selon l'Organisation mondiale de la Santé)

 

Un esprit clair, apaisé, cohérent, génère des influences de même nature dans le corps, qui répond par un fonctionnement harmonieux.

 

Les lois biologiques qui structurent la santé sont aussi inexorables que celles qui gouvernent le monde sidéral. (Dr Alexis Carrel)

 

Pour les Anciens, la santé était le résultat de l'obéissance aux grandes lois naturelles, et la maladie la conséquence de leur violation.

 

Notre histoire ne se confine pas à la conformité " inéluctable " à la naturelle, elle appelle une réponse qui engage totalement notre liberté.

 

 

 

Les trois plans de la personne

 

 

Nous touchons ici à la dimension spirituelle proprement dite, qui s'étend " au-delà " du domaine de la pensée rationnelle.

 

La fécondité de la vie spirituelle se " mesure " non en terme de ce que l'on a, mais de ce que l'on est.

 

Cette vision de la santé nous conduit à considérer l'être humain sous trois aspects : physique, psychique et spirituel.

 

 

En occident, la prédominance des doctrines matérialistes contribue à nous couper de nos racines et nous entraîne sur la pente du doute, dans une vue superficielle des choses, sous l'emprise de passions incontrôlées.

 

On a trop souvent négligé cette interdépendance essentielle entre l'esprit et le corps, ce qui a contribué à démanteler l'intégriste de la personne humaine dans sa structure trinitaire, privilégiant tel aspect plutôt que tel autre :

 

L'homme spirituel a souvent répugné à s'occuper de son corps, perçu comme un obstacle à la vie de la grâce; siège des désirs de la chair, il devrait être mortifié parfois cruellement pour se soumettre aux exigences de l'esprit.

 

À l'opposé, nous laissons aujourd'hui une telle licence aux exigences du corps que nous devenons ses esclaves, subissant passivement les assauts de ses quatre volontés, ce qui produit un déséquilibre d'avancement spirituel.

Comme en toutes choses, la vérité fuit les extrêmes et se trouve au centre, dans la vie de l'équilibre.

 

 

 

Dis-moi ce que tu manges et je te dirai qui tu es.

 

 

L'homme est terrestre par sa chair, céleste par son âme.

 

L'âme est une énergie qui nous communique le mouvement et la vie…

 

L'âme certes n'est ni chair ni sang, mais elle emplit la chair et le sang, pour leur donner la vie, car, raisonnable, elle est issue de Dieu qui a insufflé la vie à la forme première…

 

C'est pourquoi une médecine qui ne tient pas compte de ce qui " emplit la chair et le sang, pour donner la vie " demeure à la surface des choses et ne peut pas prétendre guérir l'être total.

 

Tout au plus peut-elle servir de palliatif à certains troubles… et répondre aux situations d'urgence avec des moyens techniques remarquables.

 

L'âme, étincelle vivante et souffle raisonnable issu de la puissance divine, pénètre par son action végétative le corps tout entier.

 

 

 

Le jeûne dans le monde civilisé

 

 

Le jeûne nettoie et transforme nos tissus. (Dr Alexis Carrel)

 

Dans les parties du monde qui connaissent la prospérité, toute privation des besoins inutiles est déjà insupportable : qu'en est-il donc des besoins " vitaux ", ceux qui sont à portée de la main dans la profusion de biens de consommation qui nous environne?

 

Les supermarchés nous offrent une surabondance de nourriture de toutes sortes qui n'invitent pas aux privations volontaires!

 

Dans un tel contexte, copieusement alimenté par les puissances sollicitations de la publicité, comment résister à ce flot de plaisirs de la table?

 

On remarque sur les visages des peuples moins nantis (en voie de développement), parfois acculés à des privations de nourriture, un rayonnement, une joie de vivre, qui attestent d'un " esprit sain dans un corps sain. "

 

Toute la civilisation semble être construite sur la préoccupation de ne manquer de rien. Le pire des maux est en effet la privation, et la peur de manquer habite de manière sous-jacente la plupart des " civilisés ".

 

Dès la naissance, l'éducation des enfants se fonde sur ces conceptions " modernes " qui creusent allègrement le nid à la délinquance et à l'insatisfaction chronique, produisant des êtres fragiles, de en plus dépendants de ce qu'ils ont, de plus en plus éloignés de ce qu'ils sont.

 

Pour souscrire aux lois d'équilibre qui constituent la santé totale, il est proposé une double exigence, sur tous les plans de la vie : nourrir sans surcharger. Ceci est vrai du mode d'alimentation, de notre vie psychoaffective et de notre vie spirituelle.

 

Curieusement, à mesure que se creuse l'indigence spirituelle, les maladies de surcharge creusent gravement le gouffre de la sécurité sociale, entraînant une dépendance thérapeutique de plus en plus inquiétante.

 

Paradoxalement, plus on s'occupe de la santé à force de traitements et de soins complexes et plus elle nous échappe!

 

Le jeûne possède une double portée : préventive et curative. Préventive, en permettant à la force vitale ou virilité d'accomplir son œuvre de désintoxication et de régénération, avant que le danger de maladie ne se manifeste; curative, en tentant de remettre en état les métabolismes déréglés à la suite d'erreurs répétées et prolongées.

 

En raison de l'unité essentielle de la personne humaine, il est évident que ce qui purifie le corps purifie aussi l'âme, et vice versa.

 

Cette double nature, terrestre et céleste, ne peut s'équilibrer que si nous la respectons dans son intégrité : trop d'attache à la terre est aussi nuisible qu'un angélisme éthéré.

 

Dans notre monde matérialisme, nous sommes tellement englués dans la matière que seule l'élévation de l'âme peut rétablir l'équilibre.

 

 

Un mal sournois

 

 

Parmi les attraits et les charmes de notre monde moderne se présente une nouvelle religion, un dogme incontournable : le confort. En dehors des bienfaits qu'il nous procure, il occupe cependant une telle place dans notre vie, qu'il devient parfois, une obsession dangereuse.

 

Afin de combler cette aspiration à l'abondance matérielle, nous sommes bombardés par un afflux incessant d'excitations sensorielles, qui nous projette à la périphérie de nous-mêmes, dans une vie superficielle et pleine soucis.

 

 

Le stress

 

Le rythme accéléré de la vie moderne impose à notre système nerveux une surcharge de plus en plus grande, de plus en plus pressante, et nous nous trouvons chaque jour confrontés à des agressions psychiques qui nous obligent à nous défendre… ou à prendre la fuite.

 

Au-delà de la capacité et du maintien de l'équilibre, le désordre s'installe dans la physiologie et les troubles, jusque-là " fonctionnels ", c'est-à-dire limités à une perturbation des fonctions, provoquent alors des lésions organiques : nous voyons apparaître le cortège des maladies psychosomatiques déclarées, telles que l'ulcère, l'asthme, la migraine, les maladies cardio-vasculaires, l'hypertension les troubles digestifs, la colite… quoi s'expliquent par des perturbations biochimiques hormonales et mécaniques.

 

Les pensées ou émotions négatives sont elles-mêmes une agression, un stress, elles ressemblent à un poison qui nous envahit et perturbe nos métabolismes, engendrant des maladies graves.

 

Par contre, les pensées positives qui sont basées sur la foi, l'espérance, la compassion, la joie, sont non seulement une prévention solide, mais possèdent à elles seules un effet thérapeutique pouvant venir à bout des maladies les plus graves.

 

 

Du physique au psychique

 

 

Au-delà d'un certain seuil d'intensité, variable pour chaque personne, les tensions et perturbations psychiques peuvent engendrer des maladies mentales, quoi viennent de l'accumulation de frustrations ou de chocs émotifs importants, les stress les plus éprouvants étant causés par des changements brusques et profonds de conditions de vie, tels que le divorce, décès de proches, chômage…

 

À la suie de cela apparaissent dépressions nerveuses, névroses, voire psychoses qui traduisent alors une véritable désintégration psychique.

 

Sans aller jusqu'à ces extrémités, le stress s'exprime par des syndromes mineurs, mais qui " empoisonnent la vie " et sont l'apanage de la majorité de nos contemporains.

 

Si nous allons au fond des choses, la santé étant caractérisée par la joie de vivre, le manque de motivation, d'intérêt ou d'enthousiasme est encore une manifestation du stress.

 

Ainsi, pourrait-on se demander, qui n'est pas soumis à son influence insidieuse et omniprésente?

 

Incapables d'utiliser toutes nos facultés, nous nous sentons limités, " mal dans notre peau " insatisfaits, blessés …, tout en sentant que nous pouvons vivre beaucoup mieux : c'est ainsi que nous apparaissons tels que nous ne sommes pas et ne vivons pas tels que nous sommes! "

 

 

L'éternel présent

 

 

Quand cesserons-nous donc de vivre sur les impressions du passé, nous contentant de réagir aux sollicitations intérieures ou extérieures, ballotés dans le jeu de nos émotions, parfois de nos fantasmes?

 

La corporalité est une image de la splendeur de Dieu, le sommet de son œuvre. L'être humain, corps et âme, est le cœur de la création, le centre du cosmos.

 

Il faut distinguer l'âme " céleste " et le corps " terrestre ". Entre les deux, il existe un troisième élément, le " moi " , qui décide de suivre les penchants du corps ou les aspirations de l'âme.

On est introduit ici de plain-pied dans le combat spirituel, où notre liberté intervient pour choisir le temporel ou l'éternel, le fini ou l'infini, le plaisir sensible ou la félicité des profondeurs…

 

Notre " corps " est la zone du sensible, où arrivent par les cinq sens, les informations venues du monde extérieur; il est le siège des sensations, du plaisir et du déplaisir, des passions, de l'instinct, des émotions (peur, fantasmes, imaginaire).

 

C'est le lieu de l'inconscient, des besoins lus ou moins bien connus, avec ses blessures, ses frustrations…

 

Chaque fois que le cops de l'homme agit sans discernement en mangeant ou en buvant, les énergies de l'âme s'en trouvent brisées.

 

Autrement dit, la licence, l'asservissement aux désirs des sens (sous prétexte d'aimer la vie) nous conduisent à la mort.

 

 

L'homme psychique (la psyché)

(la zone intérieure)

 

Cette " couche " est la zone du " moi " : C'est le lieu de la connaissance réfléchie, de la volonté, de la mémoire, de la liberté.

 

Elle reçoit ses informations de deux sources, qui n'ont pas toujours le même avis… du corps lui proviennent les influx des désirs, des passions, des attraits des sens et du monde; de l'âme les aspirations à baigner dans les béatitudes éternelles.

 

Sa tâche n'est pas simple, car elle engage notre liberté.

 

C'est ici qu'interviennent les choix, les jugements, les directions de vie.

 

Notre " moi ", celui qui dit " je ", se trouve sans cesse " écartelé " entre ces deux pôles : l'homme est terrestre suivant sa chair, céleste suivant son âme.

 

Le corps ne peut se retenir d'œuvrer dans une double vie : selon le goût de la chair et selon le désir de l'âme.

 

 

Tant que l'homme prend goût aux choses de la chair, il sera incapable d'embrasser pleinement l'héritage de l'esprit.

 

Mais comment brimer ces penchants de la nature sans créer des frustrations insupportables et mutilantes?

 

Il convient pour cela de diriger notre action, non dans une brimade excessive, source de refoulement dangereux, mais dans la loi de l'amour, suivant le précepte de Saint-Augustin : " Aime et fais ce que tu veux ".

 

Là où dominent la pureté et la stabilité de la vie divine, la désintégration et le chaos n'ont plus prise, et l'esprit maintient son intégrité et sa bonne humeur.

 

 

Conclusion

 

 

Il est vrai que nous devons nous prendre en main, réorienter notre alimentation, notre vie spirituelle.

 

Peut-être quelques sacrifices seront-ils nécessaires, comme de jeûner de temps en temps, réduire les temps de télévision, consacrer plus de temps à la réflexion.

 

Nous découvrirons avec émerveillement notre unité intérieure, les richesses insoupçonnées qui résident au plus profond de nous-mêmes, et plus encore, une sérénité inaltérable dans les difficultés, l'harmonie et la paix avec nous-mêmes, et avec notre environnement.

 

Quelle joie de renaître à une nouvelle existence, quels que soient notre âge ou notre état de vie!

 

" L'art de ne pas tomber malade et de vivre dans l'harmonie, la sérénité et la joie. "

 

 

Fin