une passion désintéressée pour les autres,
quel programme !
C'est un de mes rêves les plus chers, si inaccessible tellement il est exigent à bien des égards. C'est prendre du temps pour apprendre à communiquer, connaître, comprendre et surtout AIMER l'autre en temps qu'être humain que je dois traiter d'égal à égal avec ma petite personne. Si je ne suis pas capable de respecter mon prochain, je peux déjà me poser des questions sur moi vis-à-vis d'une attidude négative qui ne me fait pas honneur. L'autre, un ami ou un inconnu, a autant d'importance que moi-même et je ne peux me permettre de le dédaigner, de l'ignorer, voire de l'écraser à cause de ma suffisance qui déforme la vision simplement humaniste que je devrais normalement adopter vis-à-vis de quiconque. Ces quelques constatations me font tout-de-suite remarquer que j'ai encore bien du travail à accomplir avant d'obtenir un tel résultat; ma vie, même très longue, n'y suffira pas, mais ce n'est pas une raison pour ne pas ESSAYER, puisque c'est le principal but dans notre existence !
A 45 ans, je peux dire que j'ai rencontré bien des personnes aux caractères, aux attitudes, aux idées, aux occupations bien différentes. Je n'ai pas toujours été d'accord avec certaines d'entre elles et j'ai défendu avec vigueur mes convictions face à des réactions, des comportements que je ne trouvais pas normaux. Je l'avoue même ici, j'ai condamné, jugé avec sévérité des personnes et pas forcément en leur présence. Cela fait partie, n'est-ce-pas, de ce qu'on qualififier de "lâcheté des grandes gueules" dont je fais partie comme bien d'autres. C'est humain, me direz-vous, nous ne sommes après tout que des êtres très imparfaits, je n'échappe pas à la règle, mais vous vous en doutiez !
Seulement, avec le temps, je me "soigne", comme dirait l'autre, en apprenant, (mais c'est pas fini, loin de là !) à bien prendre conscience que tout être humain que je côtoie est avant tout unique et donc précieux, même et surtout s'il n'a pas la même vie ou la même conception des choses que moi. De ce fait, il faut voir en chacun ce qui se dégage de positif, découvrir ses talents, ses aspirations, connaître son histoire, ses rêves, ses doutes, ses peurs même pour mieux se faire une idée de la personne qui se trouve en face de soi. C'est à travers une démarche volontairement amicale, chaleureuse, que l'on peut se faire accepter des autres, et ainsi obtenir leur confiance. Bien des à priori négatifs, liés à l'apparence d'un tel ou d'un tel, à son parler, à son comportement nous mettent d'emblée sur la défensive et nous empêchent à tout jamais de nous ouvrir aux autres, c'est vraiment dommage.
De par ma position de bénévole auprès de gens en difficultés, je me suis mis définitivement en position de ne jamais JUGER tel ou tel être humain qui cherche de l'aide, sinon il me faut tout arrêter tout-de-suite et faire autre chose. Lorsque nous rencontrons des personnes pour la première fois, elles ne sont vraiment pas en position de force. Cassés, blessés par la vie pour je ne sais quelle raison, elles n'attendent pas des leçons de moral mais simplement une main secourable qui leur permettra de se relever. Dans votre tête, vous ne devez avoir que cette obsession : tout faire pour sauver un jeune, une famille, une personne âgée de la "noyade sociale", de la détresse aussi bien morale que matérielle. Vous pourrez toujours connaître plus tard son histoire en détails, mais l'urgence du moment n'est certainement pas là.
Ces expériences de terrain vous font effectivement apprendre la passion des autres et oui, vous devez vous engager à les épauler de manière DÉSINTÉRESSÉE, sinon vous trichez avec ces êtres et avec vous-mêmes. Je ne pense pas qu'il y ait une école ou des formations spéciales pour vous intéresser passionnément aux autres. Rien ne vaut le contact spontané même si vous commettez forcément des erreurs. Il faut, je pense, être naturel en montrant dans votre regard un grand désir d'apprendre à connaître l'autre et qui sait à l'aimer dans son intégralité. Vous allez peut-être rencontrer sur votre route des gens à l'aspect repoussant, mal habillés, sâles, puant l'alcool, mais ayez toujours à l'esprit qu'ils restent avant tout des êtres humains dignes d'intérêt. Je reconnais qu'il faut vraiment avoir la passion des autres accrochée au plus profond de ses "tripes" pour adopter une telle attitude.
Sachez écouter les gens, en difficultés ou non d'ailleurs, vous raconter leurs expériences de vie intérieure, à travers leurs épreuves, leurs voyages, leurs rencontres, leurs joies, leurs handicaps, leurs opinions politiques, leurs religions, etc..., vous en tirerez toujours quelque chose pour vous-mêmes. Se passionner pour les autres c'est s'enrichir soi-même, c'est s'ouvrir au monde dans toute sa diversité, c'est apprendre qu'on ne détient pas la vérité, c'est remettre en cause des certitudes qui nous habitaient depuis des lustres. L'autre : un voisin, un parent, un ami, un chrétien, un musulman, un juif, un noir, un maghrébin, etc..., c'est d'abord un cadeau inestimable qu'il faut respecter autant que sa propre vie. Il a autant d'importance que nous, donc il mérite qu'on se passionne pour lui en temps que citoyen-frère de cette planète.
Si je vous ai écris ce texte, c'est que moi aussi je suis continuellement en recherche de passion pour les autres et je sais que c'est extrêment dur d'y arriver complètement à cause des barrières que j'oppose parfois entre moi et mes semblables. Je prie pourtant pour y arriver un peu plus chaque jour et pour que tout le monde fasse aussi un effort sur ce plan là, car la passion pour les autres, sans distinction, sans dicrimination, conduit tout simplement à l'AMOUR ! C'est peut-être encore une fois utopiste, mais c'est tellement bon d'avoir ce rêve au COEUR !
Guy GILLET