Famille Pellerin


    Histoire des Ancêtres


    Courte Histoire - Pellerin (par Marcel Pellerin)


      Les recherches pour retracer nos ancêtres m'a fait découvrir que nos racines remontent à la Normandie et que nous sommes de descendance Acadienne.

      De plus, j'ai pu y découvrir beaucoup de choses intéressantes sur les Pellerin, mais surtout qu'ils figurent doublement parmi les pionniers de l'Acadie, que s'étant d'abord établis au Port-Royal (fondé par Champlain en 1605), ils s'y maintinrent globalement et fidèlement jusqu'à la grande débâcle de 1755, que même alors quelques membres de leurs familles ont su "éviter un plus grand mal" en se réfugiant en Nouvelle-France (Québec).

      Si, par ailleurs, l'origine graphique du patronyme Pellerin-Pèlerin n'est guère difficile à trouver, tellement elle est claire, il n'en va point tout à fait de même pour l'origine ethnique de ces Acadiens, nombreux déjà en Acadie, si nombreux depuis au Québec.

      Parmi toutes les hypothèses émises avec plus ou moins de vraisemblance (car on ne peut, pour le moment, parler de preuves) je crois que la plus sérieuse devrait être celle qui fait remonter nos Pellerin à la sympathique Normandie. Plus précisément à la paroisse du bourg Saint-Etienne-de-Bacilly, situé en-tête de l'actuel arrondissement d'Avranches. Quand a fixer l'an d'arrivée des Pellerin en Acadie primitive, si vous endossez les dires du Docteur Marguerite Michaud parus dans le XII ième Cahier de la S.H.A. de Moncton (page 54), nous devons opiner que les parents de nos pionniers François et Etienne y sont venus aussi, car l'ainé François est né en 1642.

      Voici donc ce qu'a écrit Mlle Michaud: "l'Acadie passa (temporairement) aux mains des Anglais en 1613; d'ailleurs ce fut son triste sort d'être ballotée entre deux puissances rivales jusqu'au traité de 1763. A partir de 1613, le pays fut sous la domination des Massachusetts jusqu'en 1632. De 1639 à 1649 les Acadiens se fixèrent définitivement en Acadie avec les familles Babin, Daigre, Bourgeois, Gaudet, Hébert, Terriau, Scavois, Pellerin .....". Ceci laisse donc croire que les frères François et Etienne Pellerin seraient arrivés en Acadie avec leurs parents à un très bas âge, soit probablement en 1648 ou début 1649.

      Parmi les vieux souvenirs qui nous restent de la Vieille Acadie il en est deux qui se rattachent à la mémoire des Pellerin; l'un nous conserve le goût d'un savoureux folklore, l'autre qui nous fait revivre l'un de ces petits procès typiques dont nos lointains ancêtres ont pu être la victime ou les témoins. Le sérieux Rameau de Saint-Père, nous en fournit les textes-reliques qu'il nous présente de la façon suivante.

      Voici des extraits tirés d'un procès de sorcellerie intenté au sieur Jean Campagna (il serait arrivé à Beaubassin avec François vers 1678) habitant de Beaubassin, ... ledit procès relaté à la date de 1685 dans des régistres judiciaires que j'ai consulté ... à la bibliothèque du Parlement de Québec.

      Ce document et les deux autres qui le suivent sont curieux a revoir ainsi que les observations qui les accompagnent, à cause des détails qu'ils fournissent, de 1640 à 1685, sur les habitudes et les relations intérieures de la population et sur les travaux de d'Aulnay, de La Vallière, de Jacques Bourgeois, etc.

      Il est à peine besoin de vous dire, au préalable, que les présentes notes de petite histoire ne peuvent faire plus que de vous offrir que des parcelles de ces textes précieux: soit tout juste pour vous donner le goût d'aller vous-mêmes aux sources dont ils émanent.

      "L'intimé: Jean Campagna, 45 ans, laboureur natif d'Angoulême en Aunis, demeurant avant sa détention à Beaubassin en Acadie... On l'a accusé de faire mourir, par sortilèges, des hommes et des bestiaux... (il parait qu'en 1678 il y eut une grande mortalité dont on le rendit coupable!).
      Sa comparution: 1 ière question: N'avez-vous pas, en 1678, soufflé dans l'oeil de François Pellerin, dans le temps qu'il travaillait au marais du sieur de La Vallière?......2 ième question: N'avez-voux pas dit à Pellerin, lorsqu'il était près de mourir "voilà mal moudre pour de l'orge?", Réponse: Un jour il a dit, en effet, "voilà mal moudre pour de l'orge", mais il ne pensait pas alors audit Pellerin, mais bien au mal qu'il sentait lui-même; que c'est une façon de parler de son pays, lorsqu'on veut railler...

      Suivirent les dépositions d'Andrée Martin, 45 ans, Veuve de François Pellerin, de Roger Quesssy, de Thomas Cormier, d'Isabelle Pellerin, Pierre Godin et autres: accusations aussi diverses que farfelues, comme celles-ci: "animaux (victimes du sorcier) qui mouraient enragés de vouloir manger sans pouvoir se lever... La Vallière qui menace de tuer Campagna s'il continuait a arriver un accident aux bestiaux;...que, le lendemain matin (Roger Quessy) ayant été à son étable, il trouva lesdits bestiaux sur pied,... sans besoin de les aider a se lever..." Pierre Godin prétendant, pour sa part, "avoir été ensorcelé par Campagna et s'être fait désensorceler de son sortilège en le menaçant"...

      Or, "Ce procès se termina, le 28 juin 1685, par une ordonnance d'élargissement pour le sieur Campagna" le tout signé par Duquet de La Chesnaye.

      Un scandale à Beaubassin

      Selon les recherches concernant l'expulsion, le banissement et la confiscation des biens nous donne un bon tableau de ce qui arriva à Beaubassin.

      Printemps de 1688, Sr Fronsac vint s'abriter à l'ombre de sa maison et de son entrepôt, à quelques pas de la mission micmacque.

      M. de Menneval, gouverneur ainsi que Mathieu Des Goutins, lieutenant général en Acadie écrient:

      J'ai été obligé, écrit le gouverneur au Ministre, de faire passer en France sur la Fripone, un jeune garçon nommé Louis Morin âgé de 26 ans, fils d'un habitant de Chignoutou (Beaubassin). Il eut mérité un châtiment plus rude pour les choses dont il était accusé. Cette affaire regardait une famille considérable, qui s'est contentée de ce châtiment d'autant plus volontiers que n'y ayant point d'officiers de justice ici elle ne pouvait la poursuivre par les formes ordinaires, et le faire à Québec n'était pas possible. Je crois que la Cour approuvera ma conduite, c'est de quoi fairee un bon matelot en France où il pourra bien servir le Roy, et il était dangereux de le laisser au pays.

      Ces données plutôt vagues sont précisées dans un autre "Mémoire" émanant de Des Goutins:

      Le fils d'un habitant de Beaubassin nommé Louis Morin ayant fait un enfant à une demoiselle du dit lieu, Monsieur Trouvé, prêtre informé contre lui entendit les témoins, conclut contre le dit Morin et le fit emprisonner et, quoi qu'il y eut des officiers du Roy, obtint de Mr de Menneval que les pères, mères et soeurs seraient bannis de Beaubassin et colonie même les gendres par ce qu'il y en avait un qui avait parlé du dit sieur Trouvé et de la demoiselle.
      Les biens de ces familles ont été confisqués au profit du père de la demoiselle sans aucune formalité de justice tellement que la colonie a perdu dix neufs personnes qui sont comprises dans ce bannissement ce qui rendit le sieur Trouvé tellement odieux aux habitans de Beaubassin qu'ils l'obligèrent d'abandonner la cure. Il voulut se retirer aux mines mais les habitants ne le voulurent pas recevoir, cette affaire a causé quantité de désordre, ces dix-neufs personnes étant apparentées au tiers de la colonie et il fut obligé de venir au Port-Royal, ou l'autorité de Monsieur de Menneval étouffa toutes les plaintes contre le sieur Trouvé.

      La légèreté des moeurs de notre temps ne verra là, sans doute, qu'un banal fait divers; mais il dut en être tout autrement dans la vingtaine de familles qui composaient alors la bourgade de Beaubassin.

      Comme nous avons trouvé la famille Morin installée à la baie des Chaleurs dès le printemps de 1688, c'est vraisemblablement durant l'hiver précédent qu'éclata à Beaubassin le scandale dont les rapports de Menneval et de Des Goutins nous livrent les échos.

      Les Morin étaient considérés entre tous. Lorsque M. de Meule, intendant de la Nouvelle-France, avait fait sa tournée en Acadie, il avait voulu honorer Pierre Morin, père, en tenant sur les fonds baptismaux le dernier de ses fils, à qui il imposa son propre prénom: Jacques (régistre de Beaubassin, 2 mars 1686).
      Des Goutins n'exagére rien quand il estime à un tiers de la population de Beaubassin le groupe des Morin et de leurs alliés: les Mercier, les Pellerin, les Chiasson-Lavallée et les Cochu. Ils formaient, en effet, un effectif de 44 personnes sur 129, à l'époque du recensement de 1686. C'était, au surplus, des cultivateurs à l'aise .

      Cependant, je suis porté à croire que seulement la famille Morin fut expulsé de Beaubassin car nous retrouvons Pierre Pellerin dans les archives, concernant les recensements suivant:

      Recensement de Beaubassin 1686

      Pierre Mercier - 40 ans, son épouse Andrée Martin - 37 ans
      Marie Pellerin - 16 ans; Anne Pellerin - 14 ans; Isabelle Pellerin - 12 ans; Jeanne Pellerin - 10 ans; Catherine Pellerin - 8 ans; Pierre Pellerin - 8 ans;
      Joseph Mercier - 5 ans; Magdeleine Mercier - 3 ans; Alexandre Mercier - 2 ans; Marie-Joseph Mercier - 2 mois.
      Ils possédaient 1 fusil, 40 arpents de terre, 6 vaches et 4 cochons.

      Pierre Morin - 51 ans , son épouse Marie Martin - 44 ans
      Louis Morin - 22 ans; Antoine Morin - 20 ans; Marie Morin - 18 ans; Anne Morin - 16 ans; Jacques Morin - 14 ans; Charles Morin - 12 ans; Marguerite Morin - 10 ans; Jean Morin - 8 ans; Jacques-François Morin - 3 ans.
      Ils avaient 30 arpents de terre, 15 vaches, 8 moutons, 12 cochons.
      Pierre Morin fils - 24 ans, son épouse Jeanne Lavallée - 18 ans
      Pierre Morin - 3 ans
      Il avait 2 fusils, 6 arpoents de terre, 14 vaches, 6 moutons et 8 cochons.

      Recensement de Beaubassin 1693

      Pierre Mercier - 45 ans, son épouse Andrée Martin - 44 ans
      Jeanne Pellerin - 18 ans; Pierre Pellerin - 15 ans
      Joseph Mercier - 13 ans; Madeleine Mercier - 12 ans; Alexandre Mercier - 10 ans; Guillaume Mercier - 7 ans; Agnès Mercier - 2 ans.
      Ils possédaient 11 vaches, 14 moutons, 3 cochons, 8 arpents de terre et 1 fusil.

      Lors de ce dernier recensement, on ne trouve plus aucune trace des familles Morin aux régistres.

      Recensement de Beaubassin 1698

      Pierre Mercier - 51 ans, son épouse Andrée Martin 45 ans
      Jeanne Pellerin - 22 ans; Pierre Pellerin - 20 ans
      Joseph Mercier - 18 ans; Madeleine Mercier - 14 ans; Alexandre Mercier - 12 ans; Guillaume Mercier - 9 ans; Agnès Mercier - 7 ans.
      Ils possédaient 7 vaches, 17 moutons, 5 cochons, 10 arpents de terre et 1 fusil.

      Notre ancêtre Pierre n'apparait plus aux recensements de 1700. Cependant la famille est toujours présente aux recensements de 1700, 1701, 1703 pour disparaitre au recensement de Beaubassin en 1707.

      Il semblerait que la famille de l'ancêtre Pierre Pellerin demeura dans les environs de Beaubassin jusque vers 1710.

      C'est ici le bon moment pour rappeler qu'en ces mêmes années lointaines il y eut, en Nouvelle-France deux prêtres français du nom de Pellerin dont le premier, l'abbé Philippe Pèlerin qui s'embarqua pour Québec en 1659 avec Monseigneur de Laval, devenu Vicaire Apostolique de la Nouvelle-France. Il accompagnait le Père Lallemant, l'abbé Torcapel et Henri de Bernières. Le second prêtre fut le Père Ambroise Pellerin, Recollet. Si, après tout cela, vous vous interrogez sur la présence des Pellerin dans les Maritimes ancestrales, vous serez heureux d'apprendre qu'en 1928 on y comptait pas moins de 138 familles. Toutes choses à bien retenir!

      François Pellerin né en 1642, à bourg St Etienne-de-Bacilly (près d'Avranches) en Normandie (France) arriva à Port-Royal en Acadie à un très bas âge car le nom de ses parents apparaissent au récensement de Port-Royal de 1649. En 1665 il épousa Andrée Martin, fille de Pierre et Catherine Vigneau. Ils eurent 6 filles et un garçon né en 1680 qu'ils nommèrent Pierre (dont nous descendons). François était tisserand et s'occupait aussi de commerce.

      Les parents d'Andrée Martin eux, furent parmis les premiers colons arrivés en Acadie à bord du Saint-Jehan, qui quitta La Rochelle en avril 1636. Ils nommèrent leur premier enfant, qui naquit en 1636 à Port-Royal, Mathilde. Leur premier fils était nommé Pierre, et étant le premier né en Acadie, il fut nommé seigneur de Cobequid en 1689.

      Frère de François - Etienne

      Le frère de François, Etienne, né en 1646 épousa Jeanne Savoye (Savoie), fille de François et Catherine Le Jeune à Port-Royal en 1671. Ils eurent 6 filles et 4 garçons qui furent presque tous déportés lors du grand dérangement de 1755. Plusieurs revinrent soit en Acadie ou en Nouvelle-France (Québec) après 1763.

      Pour ne mentionner que quelques uns d'entre eux, je sousligne les familles de Grégoire marié à Cécile Préjean et de Charles marié à Isabelle Thibodeau qui, eux aboutirent en Louisiane (fils de Bernard, petits-fils d'Etienne). Jean-Baptiste (fils de Jean-Baptiste, petit fils d'Etienne) marié à Marie-Josephte Bourg ainsi que Pierre (fils aussi de Jean-Baptiste, petit fils d'Etienne) marié à Anne-Girouard furent déportés au Massachusetts.

      Suivent alors, chez Rameau, deux mémoires datés de 1702 et 1703 sur la fameuse Ile aux Cochons de Port-Royal.

      "Le Gouverneur de l'Acadie, Jacques de Brouillan ayant jeté les yeux sur l'île aux Cochons, distante du Fort (Port-Royal) d'un bon quart de lieue, fit proposer à l'habitant à qui elle était - soit Etienne Pellerin, frère de François ci-dessus mentionné - de lui vendre... pour le prix de 500 livres".

      "Mais Etienne déclara qu'il ne vendrait que ce qu'il avait acquis du sieur (Jacob) Bourgeois - c'est à dire tout ce que la marée ne baigne pas - (mais) sa femme ne voulut pas... Après un certain temps on fit sommer cette femme a ratifier, puis on insista auprès de son mari et des grands garçons qu'elle a et qui la déterminèrent a consentir (à cette vente partielle)."

      Notons, en passant, que la somme de 500 livres "représentait alors 3 à 4,000 francs de monnaie (française, au siècle dernier)" et qu'elle ne paraît pas avoir été "un prix déraisonnable" pour l'époque. Mais, en acquérant l'Ile-aux-Cochons, Etienne avait cultivé "avec soin et profit (cette) nouvelle terre; et comme il était marié depuis huit ou neuf ans, il avait sans doute (à par cela) une tenue censive à lui propre sur laquelle était sa maison; il avait (donc) acheté l'île avec les profits provenant de ses récoltes. Il possédait (à ce moment là) huit bêtes à cornes et douze moutons: ce qui indique (pour cette époque) une situation au- dessus de la moyenne.

      Retournons à l'ancêtre François.

      La famille Pellerin arriva donc au début de la guerre sans merci entre Sieur Claude de la Tour et Sieur Charles d'Aulnay. D'Aulnay s'était emparé du pouvoir de commandeur de son oncle Razilly lors de son décès en décembre 1635, même si celui-ci avait confié le pouvoir au sieur Charles de Poincy.étendit son pouvoir militaire et économique au depens de Sieur Charles de Saint Etienne de la Tour jusqu'à sa mort par noyade dans la rivière Dauphin en 1650. Sieur Claude de la Tour avait hérité du contrôle des biens de la compagnie Poutrincourt lors du décès de sieur Charles Biencourt en 1628. Lors de son décès en 1636 à l'âge de 66 ans, il légua tous ses pouvoirs à son fils Charles.

      Afin de démontrer les situations difficiles et souvent atroces qu'ont endurées nos ancêtres, j'ai cru approprié d'y inclure un court résumé de l'histoire de l'Acadie. N'oublions surtout pas que la guerre entre les Français de l'Acadie et les Anglais de la Nouvelle Angleterre débuta dès le début de la fondation de l'Acadie entre 1630 et 1640.

      Les Anglais protestants "puritains" exilés de l'Angleterre à bord du "Mayflower" suite à une rebellion religieuse, étaient débarqués à Plymouth, Massachusetts le 26 décembre 1620. Ils n'avaient qu'un seul objectif, soit d'anéantir les Français papistes (catholiques) de l'Amérique du Nord et leur enlever leurs terres fertiles.

      Mentionnons tout d'abord le fait que nos ancêtres, tout comme les colons Acadiens ont du constamment prendre les armes contre les Anglais pour défendre les forts Français et leurs possessions et ce, sur une période de plus de cent ans. Soit jusqu'après la défaite de Québec et le traité de Paris en 1763.

      Combien de Pellerin tombèrent au combat au nom du Roi de France pour défendre leurs familles et leurs biens? Il est impossible d'en établir le nombre. Tous les colons (hommes) âgés de 16 à 60 ans devaient acheter leurs fusils (la France fournissait les munitions), ils devaient savoir manier leur arme, être membres de la milice et s'entrainer une journée par semaine ou tous les deux semaines. Comme ils devaient réagir immédiatement au son du canon du fort les avertissant d'une attaque imminente de la part des Anglais, il est donc logique de prétendre que quelques uns d'entre eux y laissèrent leur vie.

      En 1636, d'Aulnay força Charles La Tour a aller s'établir à l'embouchure de la rivière Saint Jean où il y construisit le fort La Tour que d'Aulnay détruira complètement en 1641. L'épouse de Charles La Tour, Françoise Marie Jacquelin ainsi que tous les occupants y laissèrent leur vie lors de l'attaque dévastatrice.

      Charles de La Tour se réfugia à Québec et revint en Acadie après qu'il prit connaissance de la mort de d'Aulnay en 1650. Plus précisément, il s'établit à Port-Royal en 1651 et en 1653 ironiquement il épousa Jeanne Motin, la veuve de son ennemi mortel d'Aulnay. Il mourrut à cet endroit en 1666 alors âgé de 73 ans.

      Plus tard, l'Acadie vivra sous l'occupation Anglaise qui se prolongea de 1654 à 1670. Le 31 juillet 1667, le traité de Bréda redonne au Roi le pays appelé Acadie.

      Le Gouverneur Anglais Temple s'y opposa, mais Colbert intervint auprès du Roi Charles II d'Angleterre qui, en mars et août 1669, rend les forts de Pentagouët, de Saint-Jean, de Port-Royal et de Port-La-Tour. Grandfontaine reçoit pour mission de récupérer ce qui avait été pris par les Anglais et devient Gouverneur. Il signe un accord avec Temple et en septembre, tous les lieux en question sont de nouveau entre les mains de la France.

      Grandfontaine invite la population acadienne a accepter les lois et les directives de la France et essaie d'empêcher les Anglais de faire le commerce et de pêcher sur le territoire acadien. Ces deux objectifs ne sont pas atteints sous Grandfontaine. L'Acadie, entre la Nouvelle France (Québec) au nord et la Nouvelle Angleterre au sud (les Etats-Unis), est un terrain de combat majeur pour les deux puissances colonisatrices.

      La faiblesse et le laisser-faire des successeurs de Grandfontaine, Marson, Chambly, La Vallière, favorisent une autre attaque des Anglais qui prouve ainsi aux Acadiens que la France n'a pas encore assuré leur sécurité.

      Ces brave gens préfèrent cultiver les terres qui sont près de la mer, même s'ils doivent auparavant bâtir un système de digues pour empêcher l'eau salée de les envahir lorsqu'ils les cultivent. Ces digues comportent des aboiteaux, petits canaux de bois situés au bas de la levée de terre qui permettent au surplus d'eau douce venant des terres de s'en aller dans la mer. Quand il est fermé du côté de la mer, par une porte basculante appelée clapet, il empêche l'eau salée d'inonder les terres où l'on cultive le blé et l'avoine et où paît le bétail. Cette méthode de travail permet aux Acadiens d'aller plus vite en s'attaquant aux eaux plutôt qu'aux forêts.

      C'est le long de la rivière Dauphin à Port-Royal que l'expérience a débuté. Nous pouvons, encore aujourd'hui admirer ces aboiteaux à quelques endroits en Nouvelle-Ecosse.

      A partir de 1670, la population augmente et les nouveaux arrivants s'installent dans d'autres régions de la Baie Française (Baie de Fundy maintenant). Vers 1674, c'est Beaubassin et on utilise les mêmes procédés pour la culture, soit la construction d'aboiteaux. Les documents consultés indiquent que François Pellerin serait arrivé à Beaubassin vers 1678 en compagnie de Laurent Godin dit Chatillon et Jean Campagna.

      La France se désintéresse de la colonie jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Marson meurt en juillet 1678 et Frontenac, Gouverneur de Québec, nomme La Vallière Commandant pour étendre son influence en Acadie. Cependant, ce dernier est mal accepté par le Roi et par le gouvernement métropolitain. Il s'installe en Acadie avec sa famille et quelques habitants de la vallée laurentienne.

      La politique française accorde une grande importance aux relations indiennes. Elles ont été très utiles en temps de guerre, comme en temps de paix. Les Indiens offraient leur amitié aux Acadiens en raison des présents venus de France, de l'oeuvre des missionnaires et parce que les Acadiens respectaient leurs territoires de chasse et de pêche. Lorsque la France se désintérressa des Indiens et des Acadiens en période de paix ceux-ci devaient vendre des fourrures aux Anglais pour récupérer ce que la France leur refusait. Frontenac organise trois expéditions et dévaste Schenectady (New York), Salmon Falls (Massachusetts) et Fort Loyal (Maine) pour se venger des Anglais. La revanche a lieu en Acadie.

      Selon les archives consultées, il semble apparent que c'est à cette époque que notre ancêtre Pierre né en 1680 fils de François et d'Andrée Martin, suite au décès de son père, sa mère épousa Pierre Mercier en seconde noce.

      Menneval, successeur de Perrot, était un homme lâche, faible de caractère, peureux et dont le seul désir était de retourner en France au plus tôt. Même s'il avait 86 soldats et 180 Acadiens prêt a défendre Port-Royal, il capitula le 20 mai 1690 sans même avoir tiré un seul coup de canon. Il faisait face aux 700 hommes et 7 bateaux commandés par William Phips et l'histoire démontre bien que l'attaque des Anglais contre un Port-Royal bien fortifié aurait très facilement pu être défendu avec succès.

      Les Anglais prennent le fort et contrairement aux conditions auxquelles Phips s'était engagé pour la capitulation, Menneval est fait prisonnier avec ses soldats et les colons sont désarmés. Les Anglais pillent tout, brulent les récoltes et leurs maisons et détruisent leurs bestiaux.

      Des Acadiens prêtent serment d'allégeance pour calmer les agresseurs et éviter la présence anglaise. C'est alors l'oubli, comme sous la domination française, jusqu'en 1697, année du traité de Ryswick.

      Villebon arrive de France et obtient un serment d'allégeance à la couronne de France en échange de vivres et de produits de toutes sortes. La colonie acadienne, étant la plus faible et située entre les deux plus fortes colonies, était habituée à se soumettre à la fois à deux pouvoirs. Et a en subir les conséquences! Dans le cadre de la guerre de la ligue d'Augsburg, le Canada et la France décident d'attaquer Pemquid (Maine) avec d'Iberville. Les Acadiens en sont les victimes: on brise leurs digues.

      Après le traité de Ryswick en 1697, s'achève la guerre en Amérique et en Europe, l'administrateur Villebon essaie de consolider la présence française en Acadie, mais tous les efforts pour aider les Acadiens poussent les Américains à se venger.

      Le début de la Guerre de la Succession d'Espagne leur donne l'occasion de régler les conflits par la conquête. Les Acadiens sont attaqués, pillés et victimes d'un blocus économique. La contrebande est difficile, presqu'impossible. Enfin une dégradation continuelle de la vie les conduit progressivement à une conquête qui se précise.

      Subercase (1706-1710) ne peut obtenir aucune aide de Versailles. Le Massachusetts en obtient de Londres. Les Anglais attaquent en octobre 1710. Port-Royal, capitale militaire Française de l'Acadie n'a que 570 habitants dans le fort, 150 soldats, une centaine de miliciens Acadiens et quelques Abénaquis. Ceux-ci n'ont aucune chance de vaincre contre la force Anglaise composée de 51 bateaux (356 canons), 3500 soldats, 400 indiens et 2000 matelots. Le 12 octobre 1710, Subercase doit capituler. L'Acadie tombe sous le joug Anglais.

      Pierre serait-il demeuré en Acadie pour combattre les Anglais après la prise de Port-Royal pour enfin revenir en Nouvelle-France? Aurait-il devenu pêcheur? Nul ne peux affirmer quoi que ce soit.

      Je n'ai trouvé aucun document pouvant retracer avec certitude les allées et venues de notre Pierre Pellerin après le récencement de 1698 alors que Pierre avait déclaré avoir 20 ans et le recencement de 1707.

      Sans avoir de preuve concrète disponible (il existe différentes opinions concernant cette union), Pierre, né en 1680 fils de François et Andrée Martin aurait épousé Marie-Anne Quessy (Caissie/Kuessy) à Port-Royal en 1709. Aucun enfant ne semble être né de cette union. Cependant, en 1710, il y eut une épidémie à Port-Royal qui fit périr 50 personnes, soit presque le quart de la population. Il est fort possible que Marie-Anne Quessy (Caissie) soit décédée cette année là.

      Selon l'histoire que papa "Midas" racontait concernant un de ses ancêtres, il s'agirait sans contredit de ce même Pierre.

      L'histoire voudrait que cet ancêtre, accompagné de son beau frère Pierre Morin, soit arrivé en Nouvelle-France comme passager clandestin à bord d'un navire. Découvert par le capitaine juste en bas de la ville de Québec, celui-ci, voyant qu'il n'avait plus rien à perdre, cet ancêtre aurait alors ouvert sa chemise et invité le capitaine à lui planter son couteau au coeur. Le capitaine prenant pitié de ces malheureux, l'auraient jeté par dessus bord. L'ancêtre et son beau frère se seraient rendu sur la rive sud du Saint Laurent à la nage pour s'y établir.

      L'histoire de Louis Morin est raconté plus haut.

      Serait-il venu retrouver sa mère et son père adoptif Pierre Mercier?

      Nous retrouvons d'ailleur ces deux Pierre dans la région de Montmagny à la même période, ce qui semble confirmer l'histoire de papa Midas.

      J'ai trouvé dans les archives de la Chambre des Notaires du Québec le contrat suivant.

      "Le Parchemin

      21 juillet 1710 (QC)

      Barbel, J. (1703-1740)

      Vente d'une terre située en la seigneurie de Beaubassin; par Pierre Mercier dit Codebec, habitant et Andrée Martin, son épouse, de Beaubassin, côte de l'Acadie, de présent demeurant en la côte et seigneurie de la Rivière du Sud près de la ville de Québec, à Daniel Maisonnat, de Beaubassin, ce acceptant par Pierre Maisonnat dit Baptiste, capitaine commandant le brigantin ou bateau l'Yrondelle, son père.

      Doc # 16100821PA000551.

      Se pourrait-il que la vente de cette terre ait servi à l'installer dans la région de St. Pierre de la Rivière du Sud (aujourd'hui Montmagny) avec sa famille? Impossible de trouver la réponse mais quand même, ajoute beaucoup de crédibilité a l'histoire de Papa.

      Nous retrouvons les traces de notre ancêtre lorsque Pierre épousa Marie-Anne Bélanger en 1722 (contrat de mariage du notaire Rageot en date du 1 juin 1722) et eurent au moins trois enfants, deux fils dont l'ainé fut baptisé Pierre en mars 1723 et le second baptisé Louis en 1724 ainsi qu'une fille nommée Marie-Anne baptisée en 1725.

      Après la prise de Port-Royal en 1710, le vainqueur, Samuel Vetch est nommé gouverneur de la nouvelle colonie Anglaise. Pour la première fois, les Acadiens connaissent l'occupation où 400 soldats Britannique restent au fort.

      Les Acadiens deviennent citoyens britanniques, ils résistent à l'occupant anglais. Ils trouvent toutes sortes de raisons pour ne pas payer les taxes et les impôts. Ils restent neutres. La France ne possède plus que l'Ile Royale (Cap-Breton).

      Comment gouverner avec une majorité acadienne? Indécision jusqu'au traité d'Utrect de 1713. Le gouverneur Samuel Vetch proposait déjà au gouvernement Britannique en 1711 que tous les Acadiens soient déportés. Les Anglais attendaient beaucoup d'immigrants, mais peu sont venus. Les autorités anglaises se méfient des Acadiens et ils ne veulent pas les laisser partir.

      La France les veut sur l'Ile Royale, mais après avoir vu le terrain, ils préfèrent rester sur leurs terres fertiles. Les Anglais leur interdisent de construire des bateaux et de vendre leurs terres et leur cheptel.

      En 1720, le gouverneur Philipps esseya encore d'obtenir le serment d'allégeance des Acadiens. Encore une fois, il faillit à la tâche car les Acadiens refusèrent carrément. Selon les archives consultées, il semble apparant que c'est vers cet époque que l'on commença a demander le serment d'allégeance à la couronne Britannique.

      Finalement, le gouvernement britannique organise un gouvernement militaire pour empêcher les Acadiens, pourtant majoritaires, de voter. Il nomme cependant des représentants ou des délégués pour garder contact avec la population acadienne, mais ceux-ci ne sont que porteurs des ordres du gouvernement ou messagers des désirs de la population.

      En décembre 1729 le gouverneur Philipps, après son échec de 1720 et celui du Lieutenant-Gouverneur Armstrong en 1726 et 1727, afin de régler le problème une fois pour toutes, fit prêter le serment d'allégeance aux hommes de plus de 15 ans dans tous les établissements acadiens le long de la rivière Annapolis (rivière Dauphin). L'année suivante, il se rendit dans les autres établissements Acadiens de la Nouvelle-Ecosse.

      Les hommes devaient jurer loyauté à la Couronne britannique en apposant leur signature au document que Philipps apportait avec lui d'un district à l'autre. S'ils ne savaient pas écrire, ils faisaient une marque (habituellement une croix plutôt qu'un X), puis le nom approprié était inscrit vis-à-vis.

      Sans en informer ses supérieurs en Grande-Bretagne, Philipps promit aux Acadiens qu'ils n'auraient pas à porter les armes ni contre la France ni contre les Micmacs. Le texte original du serment est le suivant:

      "Je promets et je jure sincèrement en foi de chrétien que je serai fidèle, et obéirai vraiment à Sa Majesté le Roi Georges le Second, que je reconnais pour le souverain seigneur de la Nouvelle-Ecosse et de l'Acadie. Ainsi Dieu me soit en aide".

      Il est bon de noter qu'après avoir consulté le dossier contenant la signature des acadiens ayant signés ce serment d'allégeance aux archives de la Nouvelle-Ecosse, je n'y ai trouvé aucun Pellerin.

      Louisbourg, sous le contrôle de la France était devenu un centre important pour le commerce et la pêche. Néanmoins, les Acadiens de la Nouvelle-Ecosse continuent leur contrebande pour survivre. De Beaubassin à la Baie Verte (Cumberland aujourd'hui), ils apportent des animaux vivants, des céréales et des fourrures.

      Il n'y a pas de documents pour le prouver, mais les 16 bateaux qui faisaient ce commerce en 1740 prouvent que l'agriculture acadienne était en plein essor. Méme si le gouvernement est au courant de ce commerce clandestin, il n'y peut rien.

      Pierre né en 1723, fils de Pierre et Marie-Anne Bélanger épousa Geneviève Des- Trois-Maisons - dit - Picard en première noce le 12 novembre 1746 à Saint-Pierre de la Rivière du Sud. De ce mariage, il n'eurent qu'un seul fils nommé Pierre. Devenu veuf très jeune, il se remaria avec Marie-Françoise Morin à Saint-Pierre de la Rivière du Sud le 14 avril 1749. Neuf autres enfants naquirent de cette union, dont Jean-Baptiste, né en 1766. Cette famille s'établiera dans la région de Nicolet vers les années 1760.

      L'Angleterre construit un fort à Grand'Pré en 1749, un autre à Pisiguid (Windsor aujourd'hui) en 1750 et à Beaubassin (aujourd'hui Amherst) en 1751. La demande du serment d'allégeance absolue en 1749 fait comprendre aux Acadiens que les choses ont changées. Beaucoup déménagent à l'Ile-Saint Jean où à l'Ile Royale pour mener une existence misérable, ce qui contraint plusieurs d'entre eux à revenir.

      La lutte continue sans relâche entre l'Angleterre et la France pour contrôler l'Acadie et la Nouvelle-Ecosse. En 1751, la France construit les forts Beauséjour et Gaspereau et utilise l'abbé LeLouvre pour agiter la population française et indienne afin de développer une nouvelle Acadie dans le Nouveau-Brunswick d'aujourd'hui. Elle force l'immigration et exige une fidélité inconditionnelle sous peine de déportation.

      En 1753, Charles Lawrence est nommé Lieutenant-Général. Il met sur pied, avec son supérieur Sherly, un moyen de déloger les Français de l'isthme de Chignectou. Le Général Monckton prend les forts Beauséjour et Gaspéreau en juin 1755. Le 28 juillet, le gouverneur Lawrence ordonna aux Acadiens d'envoyer une autre délégation de 100 représentants devant le Conseil d'Halifax afin de régler la question du serment de fidélité inconditionnel qu'ils devaient prêter envers le monarque britannique.

      En cette même journée, le lieutenant-gouverneur Lawrence rassembla le Conseil, dont faisaient partie pour l'occasion les amiraux Boscawen et Mostyn ainsi que le juge en chef Belcher. Les officiers britanniques prirent la décision de déporter les "habitants français" de la colonie de la Nouvelle-Ecosse.

      Malgré la prise du fort Beauséjour en juin, malgré le fait que 2000 soldats de la Nouvelle-Angleterre étaient maintenant stationnés en Nouvelle-Ecosse et que la flotte des amiraux Boscawen et Mostyn se trouvait dans le port d'Halifax, les Acadiens maintinrent leur position et refusèrent de signer le serment. A l'instar des autres représantants venus avant eux, ils refusèrent de signer un serment qui minerait automatiquement leur état de neutralité. Cette deuxième délégation fut également emprisonnée sur l'île Georges.

      Profitant de la flotte de l'amiral Boscawen et des troupes de la Nouvelle- Angleterre, on rassemble les habitants des différents établissements et on les embarque sur des bateaux. Le 10 septembre 1755, 498 Acadiens étaient embarqués de Beaubassin. C'était le début de la déportation qui se prolongea jusqu'en 1763 et qui incluera entre 8000 et 10000 Acadiens sur une population totale d'environ 16000.

      Contraire à la promesse faite aux Acadiens qui signèrent le serment d'allégeance, les Anglais n'hésitèrent pas de les inclure dans la déportation. Enfin, les Anglais pouvaient prendre possession des terres des Acadiens, les plus fertiles de la Nouvelle-Ecosse.

      Les familles, souvent séparées furent entassées dans des vaisseaux de guerre ou de marchandise avec des destinations différentes: Massachusetts (2000), Connecticut (700), New York (aucun nombre ne peut être établie), Pennsylvanie (500), Maryland (1000), Virginie (1200), Caroline du Nord et du Sud (1000), Georgie (400) et plusieurs centaines en Angleterre. Dans presque tous les états américains ils sont traité en esclave, on retire les enfants des familles complètes et les vend comme esclaves.

      Des milliers meurent de faim, de soif, de maladies ou périssent lors de naufrages. En Pennsylvanie on compte plus de la moitié des déportés sont mort de maladies et de misères. En Virginie, on les refuse et après plusieurs semaines d'attente où plusieurs meurent, ils sont re-déportés en Angleterre d'où ils sont dispersés ou gardés prisonniers jusqu'au traité de Paris en 1763. En 1783, plus d'un millier d'Acadiens, dont 435 enfants croupissaient encore dans les prisons d'Halifax et plusieurs centaines d'autres dans les forts de Cumberland et Rivière Saint Jean.

      Certains s'enfuient au nord du Nouveau-Brunswick, à l'Ile-Saint-Jean, à l'Ile Royale, ou au sud de la Nouvelle-Ecosse, mais pour beaucoup c'est peine perdue, car la déportation se poursuit jusqu'en 1763. On les chasse et les fait prisonniers. Ils sont dirigés vers les colonies anglaises du sud, vers l'Angleterre, ou utilisés en Nouvelle-Ecosse pour des travaux de fortification. Il est impossible d'avancer le nombre de Pellerin qui périrent lors de ce Grand-Dérangement ou qui furent emprisonnés et condamnés aux travaux forcés durant plusieurs années.

      Leur sort était donc de mourir de faim ou de maladie sur les bateaux, d'encourir les naufrages ou d'affronter l'hostilité des colons anglais des territoires du sud. Les Anglais dominent. Les Acadiens vivent dans l'ombre et en raison de leur religion, ne peuvent voter avant 1810 et n'être députés qu'en 1830.

      Même si la guerre de guérilla menée par les Acadiens qui avaient échappés aux Anglais se poursuivit sans relâche, grâce à l'incompétence et indifférence de Vaudreuil, Port- Royal tomba sous la dominance Britannique en 1758.

      Lors de la bataille pour la prise de Québec par le général Wolfe en septembre 1759, les fortifications Françaises étaient défendus par le général Montcalm qui avait obtenu l'aide de centaines d'Acadiens qui s'empressèrent a venir en Nouvelle-France pour continuer le combat contre les Anglais. Malheureusement pour le Canada, Vaudreuil succéda Montcalm à la tête des forces Françaises lorsque celui-ci fut tué sur le champ de bataille.

      Ce gouverneur Vaudreuil était un homme lâche, peureux et sans caractère. Même s'il avait 16000 combattants sous ses ordres dans une citadelle bien protégée contre seulement 8000 combattants pour Wolfe, il prit la fuite sans résister à l'attaque Anglaise en abandonnant les 140 canons sur place sans les rendre inutilisable ainsi que toutes les vivres et munitions pour aller se cacher dans les bois. Finalement, la Nouvelle-France devait s'avérer vaincu devant les forces Anglaises qui prirent Québec sur les plaines d'Abraham le 13 septembre 1759.

      Les Acadiens n'acceptèrent pas la défaite de Québec et la débandade du lâche gouverneur Vaudreuil. Ils retournèrent en grand nombre vers leur pays natal, soit l'Acadie et continuèrent a harasser les Anglais sans relâche. Ils participèrent à la bataille de la Restigouche en 1760 ou ils livrèrent un combat acharné aux Anglais qui avaient l'avantage en nombre, 1700 soldats Anglais contre 300 combatants Français (5 contre 1).

      Tel que déjà mentionné, les Pellerin n'échappèrent pas a la déportation et plusieurs d'entre eux, surtout de la descendance d'Etienne subirent le même sort.

      Des huit à dix mille Acadiens déportés des Provinces Maritimes, les trois-quarts se rendent dans les colonies anglaises (Etats-Unis) ou sont emprisonnés à Halifax ou en Angleterre. Le reste se cache dans les bois du Nouveau-Brunswick ou de la Nouvelle- Ecosse, ou se rendent au Québec.

      La soif d'extermination chez les vainqueurs fut assez inextinguible que l'historien Américain George Bancroft à cru important d'écrire entre 1859 et 1875 dans 'History of United States":

      "Je ne sais pas si dans les annales de la race humaine il peut se trouver le récit d'épreuves et d'afflictions aussi cruelles et endurées au cours d'une période aussi prolongée que celles délibérément infligées aux habitants français de l'Acadie".

      Pour en venir désormais aux incroyables tribulations du Grand Dérangement et de l'exil qui s'ensuivit pour un certain nombre de familles Pellerin, on pourrait citer, à titre d'exemple, les aventures crucifiantes de celle de Pierre, fils de Jean-Baptiste et de Marie Martin du Port-Royal, marié depuis 1745 à Anne Girouard. En voici un aperçu obtenu du Rapport 1905 des Archives canadiennes.

      Echoués, en exil, à Pembroke, au Massachusetts, en 1756, Pierre Pellerin et son épouse Anne Girouard, ont été accablés de maladie, d'extrême pauvreté et de dettes. Cela devait même conduire Pierre à la prison, faute de pouvoir payer "son loyer". C'est de là qu'il dut requérir, on ne sait trop par quel stratagème, les services d'un scribe de langue anglaise, pour pouvoir s'adresser directement au "Gouverneur Francis Bernard et au Conseil de Sa Majesté"...

      "Your poor Petitioner is greatly distressed by reason of a law just brought by Mr. Isaac Keine ... against me for Rent: I have ... seven children, five of them small, and its with great-difficulty I can with mine and my wife's industry get Clothes to keep me and mine from suffering with cold, and victuals to prevent their Perishing with Hunger, and cant possibly Pay for house rent, but so it is ... Mr. Keine has taken out his Executive and last Tuesday to add to all my other distresses and sore fortunes the officer committed me to the goal in Plymouth, where I remain close confined to this day." "Its very distressing after getting through a cold winter ... to be shut up in a dark goal and separated from my poor wife and children for whom I am greatly distressed and fear they suffer greatly. May it please your Excellency, the Creditor is notified in order to my taking the benefits of the law ... I Pray that it may be done, ... possibly if your Excellency an Honours would send to ye Selectmen of Pembrook they would pay the house rent, which is but #2,8 and #2,21.,5, which I am utterly unable to pay, and if I must lye here forty days, I shall loose all my opportunity of the Spring Tyhing for my poor family's Relief as well as of my other Labor and Planting. Pray consider my distressed case." "A few years ago (quelle discrétion pour indiquer ses biens d'Acadie!) I had a good farm and every thing needful to make mine and my poor family's lives not only comfortable but happy and hoped to leave a good estate to my children, but now ... (I am) removed to a strange land and, to make our misery complete, separated from my dear wife and children and shut up in a dark Prison ... If any relief can be afforded ... I must entreat your Excellency to direct some measures that I may obtain my liberty and go again to my poor family and your poor Petitioner shall ever Pray".

      (la main engagée écrit): his PETER + PELERINE mark
      *** Ne sachant pas écrire, il apposait une + comme signature.

      Plyn Goal, April 13th 1765.

      Nota: Cette lettre au Gouverneur est mentionnée dans le film reconstruisant la déportation de 1755 intitulé "Acadie/Liberté" qui fut produit pour le grand ralliement des Acadiens par l'Office National du Film en 1994.

      De semblables mots-paroles et de pareilles choses se passent aisément de tout commentaire! Ils nous acheminent, néanmoins, à d'autres scènes mi-resemblantes, mi- héroïques, dont nous parlent, mais sans tout dire, deux anciennes traditions familiales de nos Pellerin du Québec: les voici, telles que nous les rapporte F. Desaulniers dans Les vieilles Familles d'Yamachiche.

      L'acceuil réservé aux Acadiens laisse beaucoup a désirer. Les colonies ne sont pas préparées pour les recevoir et on ne les a pas consultées auparavant. Pour des milieux protestants, à cette époque, la présence de français catholiques est un élément perturbateur.

      En 1762, cinq goélettes transportant 1500 Acadiens reviennent à Halifax parce que le Massachusetts les refuse.

      Souvent les Acadiens attendent des semaines et des mois dans les ports, souffrant de la faim et de la maladie. Le Maryland pense à ses fondateurs catholiques et en acceuille. Environ 6000 s'installent dans les colonies américaines.

      Ceux qui ont échappé à la déportation se cachent dans le Nouveau-Brunswick surtout le long de la rivière Miramichi et sur les rives de la Baie-des-Chaleurs. C'est de ce dernier endroit que la France tire son dernier coup de canon pour préserver son empire en Amérique.

      D'autres se cachent dans les bois près de la rivière Saint-Jean, à Sainte-Anne (aujourd'hui Frédéricton), mais Monkton les chasse et ils se rendent au Québec. Un autre groupe gardé prisonnier à Halifax est employé à fortifier la capitale contre les attaques des Français, tandis que d'autres sont dirigés comme prisonniers sur la Grande-Bretagne. Mal nourris, mal soignés dans des prisons humides et froides, beaucoup y meurent. A Bristol par exemple, sur 300 prisonniers, il en meurt 184.

      Le traité de Paris en 1763 donne définitivement l'Acadie à l'Angleterre. Le Board of Trade permet aux Acadiens de revenir, à deux conditions: prêter le fameux serment d'allégeance absolue et ne former que de petits groupes dispersés.

      A partir de 1764, beaucoup d'Acadiens reviennent des colonies anglaises du sud et s'installent à la Baie Sainte-Marie et à Chéticamp, sur l'Ile -du-Prince-Edouard. Quelques autres se retrouvent au Québec dans la région de Yamachiche, Nicolet, Trois-Rivières et Bécancour.

      Jean-Baptiste, né en 1766 épousa Marie-Anne Poirier en première noce à Nicolet le 21 janvier 1793 et eurent deux fils Joseph et François, né vers 1795. Son épouse décéda alors que les enfants étaient encore jeune et en seconde noce, il épousa Marie-Jeanne Vertefeuille à Nicolet le 11 septembre 1809.

      "La tradition ... de Saint-Jacques de Montcalm tend a établir que Jean-Baptiste Pellerin, fils de Jean-Baptiste et de Marie Martin, arrière petit-fils d'Etienne est arrivé (d'exil) en Canada vers 1762. Il est venu s'établir à Saint-Jacques avec sa femme, Marie-Josephte Bourg, et quatre garçons: Jean, Isidore, Joseph et David ainsi qu'une fille nommée Anne. Il fut inhumé à St Jacques de l'Achigan le 24 juillet 1805.

      Une autre tradition, confirmée par plusieurs descendants, entr'autres par Paul Pellerin d'Yamachiche, âgé de 86 ans en 1881, veut que Pierre Pellerin, frère de (ce) Jean- Baptiste, était résident à Port-Royal, lors de la déportation. Il fut transporté à Boston avec sa famille composé de sa femme Anne Girouard, quatre garçons, dont un était le père (alors âgé de 3 ans) du même Paul (ci-dessus nommé) et une fille Judith.

      A force de travail et d'énergie ils parvinrent à se frêter un petit bateau sur lequel ils arrivèrent en Canada, vers 1762 (en réalité, après 1765). Pierre vint se fixer à Yamachiche, à deux milles du lac Saint-Pierre, à un endroit qu'il nomma la Petite-Acadie, nom qui subsiste encore en 1900.

      En 1772, il retourna à Port-Royal, où il mourut, vers 1780. Ses quatre fils restèrent à Yamachiche et furent les ancêtres de la grande famille des Pellerin d'Yamachiche et des paroisses environnantes".

      François, né vers 1795 épousa Esther Beaudet à Drummondville le 11 novembre 1828. De ce mariage ils eurent 7 enfants dont les jumeaux Odilon-Octave et Alphonse qui virent le jour le 31 juillet 1842. Les jumeaux Alphonse et Odilon-Octave s'établirent sur des terres voisines dans le troisième rang de Saint-Célestin qu'ils défrichèrent et où ils élevèrent leurs famille.

      Alphonse, épousa Philomène Bergeron à St Célestin le 3 février 1877. Ils nommèrent leur premier fils né le 23 octobre 1877 Alphonse et le deuxième Adolphe, né le 23 juin 1879. Leur fille fut nommé Eva, née le 10 janvier 1883.

      Ce dernier Alphonse épousa Marie-Eva Tourigny à St Grégoire le 18 juillet 1904 et le couple demeura dans la maison paternelle dans le troisième rang de St Célestin, prenant soin de leurs parents tout en élevant une famille de 11 enfants, incluant mon père Hormisdas, né le 24 juillet 1905.

      Pour ne pas prolonger indûment cette petite histoire, terminons par quelques statistiques familiales se situant plus près de nous, c'est surtout dans la région d'Yamachiche et dans celles de Nicolet et des Bois-Francs que les Pellerin se sont établis en grand nombre, mais aussi, quelques uns, dans le bas-du-fleuve, Rimouski-Matane, et sur la Côte-Nord du Québec.

      Ainsi, dans la paroisse de Saint-Grégoire, de 1803 à 1899, on a compté 278 actes paroissiaux, baptêmes, mariages et sépultures et dans le comté de Nicolet, de 1814 à 1975, on peut énumérer plus de 183 mariages d'hommes; or, chacun sait que, pour l'ordinaire, les mariages de femmes sont sensiblement plus nombreux.

      En résumé, ce bref historique démontre que c'est possiblement grâce au fait que l'aïeul Pierre ait quitté l'Acadie alors qu'il était encore jeune, si nous sommes ici. Car, s'il n'avait pas quitté à l'époque et que le destin ait voulu que le capitaine du navire soit aussi compréhensif à son égard, Pierre aurait fort problament, comme plusieurs de ses soeurs, cousins et cousines ainsi que des milliers d'autres Acadiennes et Acadiens qui ont dû endurer des conditions de vie atroces, ou, comme tant d'autres, ne plus jamais revenir dans son pays.