Voici trois chapitres du polar "Le Coffret de Toyokama"
Ce roman est paru en septembre 2000.
Le Coffret de Toyokama

Chapitre premier…
- Bonjour monsieur Le Mince, vous avez fait bon vol ?
- Vous n’êtes pas au courant? Il y a eu de la turbulence tout le long. Le café volait littéralement au dessus des tasses, mon croissant s’est retrouvé dans l’allée et n’eût été des ustensiles en plastique, je me retrouvais avec un couteau dans le bras ! Un très bon vol, Merci !
- Je vous appelle un taxi ?
- Pas nécessaire, le père Simon m’attend sûrement.
- Vous savez, les autres conducteurs…
- Oui je sais ! Et comme je vous le dis à chaque fois, s’ils ne sont pas contents, qu’ils viennent me le dire en face ! Et ça, c’est pas dangereux ! Cette bande d’enculés préfère sûrement que ça se passe par derrière !
Maudit qu’il fait beau ! Un matin superbe. Un soleil radieux et une brise si légère qu’elle est à peine perceptible. Ça me change vraiment du brasse camarade que j’ai connu là haut. Ce qui ajoute à ce tableau déjà fort joli, ce sont toutes ces jeunes femmes qui par ces matinées estivales, promènent fièrement leur poitrine dans de jolis corsages moulants. Et moi, l’œil clair, je reluque ces seins de toutes formes, sautillants au gré de leur pas.
Le père Simon file certainement aussi cool que moi. Il roule lentement, regardant un peu partout, sauf devant, se délectant de toutes ces choses exquises. Il ne faut pas croire qu'il prend son temps, afin d’étirer la course. Je le connais bien et je suis certain que non. Si un jour je vous présente sa Sofia, je pense que vous vous rangerez de mon coté.
C’est presque devenu une habitude. A chaque fois que je rentre de voyage, c'est le père Simon qui me ramène à mon hôtel. Je sais que la chose fait jacasser les autres chauffeurs, mais je m'en fiche tout autant que de ma première dent de lait !
Une bonne Bleue bien froide ! Quoi de mieux pour refaire son homme ? - Une bonne douche, une bonne botte et une bonne nuit de sommeil. - Voilà ce que me suggère un lecteur averti. Il a sans doute mille fois raison, mais une bonne Bleue pour commencer, c’est déjà bien, surtout que ça n'empêche pas le reste !
Je ne suis pas encore sorti de la douche que déjà, on frappe à mon huis. Je crie d'entrer, ayant presque la certitude que c’est ce bon vieux Bernard - un ami tout aussi fidèle que le chien du même nom qui lui, est déjà canonisé- qui vient me bommer une bonne bière bien froide, tout en s'enquérant de ma santé.
- C'est toi Vieux ?
Je n'ai pas de réponse. Le croyant confortablement installé, petite brune en main, je prends tout mon temps. J’aime bien me laisser caresser par l’eau tiède du jet vibrant de ma douche. Même si cette pratique me conduit rarement à l’orgasme, je la trouve tout de même exquise et cela me détend beaucoup.
Ceinturé de mon drap de bain, d’un pas débonnaire, je me dirige allègrement au salon afin d'y rejoindre mon ami. Oups ! Quelle surprise !
Parlez-moi d’un endroit pour terminer un chapitre ! C’est du moins ce que va brailler cette bonne vieille tante Adélyre et peut-être bien aussi, certains d’entre vous ! Main enfin, passons au chapitre second.
Chapitre second…
Vous avez tous deviné, j’en suis certain, que ce n'est pas mon
ami Bernard. Je suis un peu abasourdis pour ne pas dire stupéfait en
apercevant assise dans mon fauteuil, une jeune femme que je devine être
asiatique.
En me voyant, elle se lève et m’adresse un léger sourire. Sans y avoir goûté, je la trouve délicieuse. Gracile, elle fait facilement cinq pieds sept ou même cinq pieds et huit. Ses cheveux sont noirs et tombent légèrement sur ses épaules. Son teint est d’un halé superbe et ses yeux noirs en amande, sont d’une vivacité certaine. Elle porte un tailleur lilas qui, bien que sobre, laisse deviner des formes plus qu’attrayantes. Malgré son air réservé, je devine sous la finesse de ses traits, beaucoup de détermination.
- A qui ai-je l'honneur ?
- Yma Toyokama, Monsieur.
Elle paraît un peu gênée que je la reçoive aussi précairement vêtu. Je ne sais trop dire pourquoi, mais je me sens obligé de me justifier.
- Excusez ma tenue, je pensais que c’était un vieil ami.
Vous avez cent fois raison ! Il s'agit là beaucoup plus d'une excuse que d'une justification. C’est comme ça ! Souvent je me justifie en m'excusant et croyez-moi, je ne suis pas le seul !
- Je crois que c'est plutôt à moi de m'excuser monsieur Le Mince ! Du moins, je présume que vous êtes bien monsieur Gro Le Mince ?
- Oui, je suis Le Mince.
- Je suis venue comme ça à l’improviste, car je pense que vous êtes la seule personne qui puisse m'aider.
- Tout d'abord, prenez le temps de vous asseoir et détendez-vous un peu.
- Si vous saviez ce qui m'arrive !
- Voulez-vous boire quelque chose ? Question de nous connaître un peu mieux.
- Je ne veux surtout pas abuser. Me recevoir comme ça, à brûle-pourpoint, ça représente déjà beaucoup pour moi.
- Si mon ambition était de rester peinard, je ne m’annoncerais certainement pas comme privé ! Qu'est-ce que je vous sers ?
- Un cognac, s’il vous plaît ?
- Tout de suite !
Assis près de mon cabinet à boisson, je n'ai qu'à allonger le bras pour attraper une coupe et la bouteille de cette boisson bénite par Bacchus et bien d'autres depuis. Elle prend la coupe que je lui tends en me gratifiant d'un sourire plein de retenue. Elle y trempe les lèvres, me regarde et baisse les yeux.
- Maintenant, dites moi ce qui vous amène ?
- Vous allez probablement me trouver un peu étourdie, mais à présent que je suis ici, je me demande si j'ai bien fait de venir vous déranger ?
- Je suis certain que vous ne l'êtes pas et que vous avez de bonnes raisons. Soyez assurée que vous ne me dérangez pas le moins du monde ! Et pendant que nous y sommes, si tu es d’accord, je préférerais que l'on se tutoie. Ainsi. je pense qu'il te sera plus facile de m'expliquer ton problème.
- Je pense que vous… c’est à dire, que tu as raison.
- Maintenant, explique moi ce qui t’amène ?
- Voilà, je suis dans un beau pétrin. Sans vouloir dramatiser pour me rendre intéressante, je peux te dire que je suis réellement en danger ! Il faut cependant que je t'informe, que je suis sans le sou. Il est certain que…
- Je t'arrête ! – c'est un réflexe de corniaud que j'ai développé lorsque j'étais chez les flics – T’ai-je parlé d'argent ? Dis-moi plutôt ce qui te fait dire que tu es en danger ?
- Depuis plus d’une semaine, on me suit dans tous mes déplacements.
- As-tu une petite idée de celui qui te suit ?
- Selon toute apparence, ce sont des hommes de ma race.
- Hum, des asiatiques ?
- Je pense.
- Qu'est-ce qui te fait dire que ces personnes te veulent du mal ?
- Bien… Cela va peut-être te paraître futile, mais j’aimerais d'abord que tu me promettes que tout ce que je vais te dire, restera entre nous. En m’adressant à toi, je manque à ma parole car j’ai promis de ne jamais en dire mot à qui que ce soit. Mais là…
- Tu as ma parole !
- Ce n'est pas facile, tu sais…
- Je sais, mais si tu veux que je t'aide, il faudra bien que tu me donnes certains détails.
- Bon… J'ai reçu, il y a cinq ou six mois un coup de téléphone de l'un de mes vieux amis. Il m'a alors laissé entendre qu'il avait un grand service à me demander. Qu'il ne pouvait m'en parler au téléphone et qu'il fallait absolument qu'il me voie. Je l'ai alors convié chez moi.
À regret, voyant que son récit peut être assez long, je l'interromps car j’ai la vessie qui me rappelle que je dois en être à ma quelque unième bière.
Comme il se doit, après m'être lavé les mains, - Je le mentionne car certaines enquêtes tenues dans des toilettes publiques, révèlent qu'à peine cinq pour cent des hommes se lavent les mains, après l'avoir secouée afin d'en mettre un peu partout.- je reviens auprès de mon invitée et l’invite à continuer son récit.
- Le soir même, il vint à mon appartement et me remit, soigneusement enveloppée, un petit coffret qu'il disait d'une importance vitale pour l'avenir de notre pays.
- Et tu l'as pris comme ça ?
- Oh non ! Je ne suis pas aussi sotte ! Je te jure que tout d'abord, je ne voulais absolument pas le garder. Intuitivement, je pressentais le danger que pouvait receler ce coffret. Finalement, au nom de notre vieille amitié et surtout, au nom de l'avenir de l'Empire du Soleil Levant, il m’a persuadée de le garder tout au plus deux ou trois semaines.
Elle fait une pause et vide son verre d'un seul trait.
- Je t'en verse un autre
- Selon nos coutumes, je dois refuser car il est très impoli d'accepter un autre verre avant que l'hôte ait terminé le sien.
- Tu fais bien de me le dire, je règle ce détail en moins de deux.
Je lui verse un autre cognac pendant qu’elle continue son récit.
- Après le départ de mon ami, j’ai rangé le coffret dans un coin de tiroir et je l’ai presque oublié. J'ai commencé à m'en inquiéter, lorsqu’il y a de cela sept ou huit jours, j'ai remarqué qu'on me filait.
- Si je comprends bien, ton ami n’est jamais venu le reprendre ?
- Non et c'est à ce moment que j'ai pensé que les trois semaines pendant lesquelles je devais garder ce coffret, étaient largement dépassées.
- Alors, qu'as-tu fait ?
- Rien ! Si ce n'est que je me suis enfermée chez moi. Malgré ça, depuis ce temps il y a toujours quelqu'un de posté devant l'édifice où j'habite. Ce matin, voyant que mon guetteur semblait faire défaut, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis venue te rencontrer.
- Il ne t'est pas venu à l'idée de prévenir la police ?
- J'y ai bien pensé, mais ne sachant pas comment mon ami avait acquis cet objet, je ne voulais pas prendre le risque de le placer dans une situation embarrassante. Tu sais, avec la police, un rien peut se retourner contre toi !
- As-tu communiqué avec cet ami ?
- J'ai bien essayé, mais sa ligne téléphonique semble être hors de service.
- Somme toute, tu as bien fait de venir me voir !
- Comme ça, tu acceptes de m'aider ?
- Je ne peux pas te laisser dans cette merde. Mais pour en revenir à ce petit coffret, quel est le nom de cet ami ?
- Ypu Kantichi. - Il n’est pas le seul ! -
- C'est un de tes compatriotes ?
- Oui, nous sommes arrivés ensemble, il y a cinq ans.
La chose semble sérieuse. Je ne tiens pas le moins du monde à mettre mes anciens collègues sur cette piste. Je sais qu'élucider cette affaire comportera certains risques, mais bon dieu de merde ! J'ai la certitude que les prochains jours seront palpitants. Non ! Pas question d'alerter la préfecture. C’est moi qui ai été sollicité, c’est donc moi qui éluciderai cette affaire. Et gare à qui viendra me mettre des bois dans les roues !
- Donne-moi deux minutes. Je prends ma veste et nous allons voir ce que contient ce mystérieux coffret.
- Es-tu certain que nous avons le droit de faire ça ? Ne crains-tu pas que l’on viole la confiance d’un ami ? En plus…
- N'en rajoute pas ! Tu veux que je t'aide, alors tu me laisses agir à ma guise. A moins que tu préfères que le cas soit traité par le commissariat ?
- Non, non ! Je te laisserai faire tout ce que bon te semble.
- Vraiment tout ?
- Oui, je te le jure ! Et quand je dis tout, c'est vraiment tout !
Je sais que cette phrase peut laisser présager quelques galipettes, mais non, il n’y aura pas de sexe ou si peu ! Rappelez-vous, c'est un récit policier !
Chapitre troisième...
Il faut avoir de la retenue pour ne pas vérifier sur-le-champ si l'affirmation de ma nouvelle cliente est pleine et entière. L'heure n'étant pas au batifolage, je cours au vestiaire et j'enfile ma veste.
- Je suis prêt dans trente secondes. Le temps de ramasser «bas-les-pattes» et nous y allons.
- Ramasser quoi ?
Pour toute réponse, je lui montre mon browning. - Pistolet automatique de 7.65mm.-
- Tu n'as pas l'intention de te trimballer en ville avec cette affreuse chose, me dit-elle, stupéfaite.
- Et qui m'en empêcherait ? Je vais tout faire pour t'aider, mais ne me demande pas d'aller me suicider pour toi. Cette affreuse chose, comme tu le dis, est le seul compagnon en qui j'ai une entière confiance. Assez palabré, allons-y !
Tous les deux, nous montons dans ma superbe Orange. C'est ma voiture du peuple que j'ai affublé d'un tel patronyme. C'est un peu en raison de sa forme mais surtout en raison de sa couleur que je l'appelle ainsi.
Nous prenons la route et nous nous rendons chez elle au 39, rue des Parvenus.
- C'est au troisième, me dit-elle, toute nerveuse.
Préférant de beaucoup monter un spécimen du beau sexe plutôt qu'un vulgaire escalier, nous prenons l’ascenseur.
- Ce sera la première porte à gauche, en sortant, me précise-t-elle.
Elle m'apporte sûrement cette précision afin de me stimuler un peu, car en me voyant avachi sur l'accoudoir de ce monte-charge, elle craint peut-être que je veuille y terminer ma carrière. Qui sait ?
En quittant la cage métallique je constate que la porte de son appartement a été forcée. En remarquant le fait, elle blêmit. Du moins elle devient d'un jaune plus pâle. Elle est chancelante, elle vacille. Je la retiens. À nouveau, elle peut se tenir seule. Je passe le premier. Ayant saisi mon bon ami «bas-les-pattes», d'un solide coup de pied je fais s'ouvrir toute grande cette porte déjà entrebâillée.
Ho la la ! Quel fouillis mes enfants ! Une chienne aurait de la difficulté à y retrouver ses petits. J'espère tout de même qu'elle y retrouve ce mystérieux coffret.
En voyant cette pagaille, elle fond en larmes. -Vous devinez que c’est là une façon de m'exprimer, car après avoir pleuré toutes les larmes de son corps, elle reste entière.-
- Peux-tu retrouver ce coffret ?
- Je ne sais pas; il faut d'abord que je fasse un peu de ménage.
- J'espère que c'est une blague ! Y'a sûrement plus urgent à faire.
- Oui, mais regarde-moi ça ! C'est épouvantable !
- Je t'en prie, essaie de retrouver ce coffret. C'est malsain de traîner ici.
Prenant son courage à deux mains, elle fait quelques pas en avant. Elle retourne quelques tiroirs qui gisent sur le plancher et comme je m'y attendais, - vous vous y attendiez sûrement vous aussi - elle ne trouve rien.
Note: Si un jour vous avez à cacher quelque chose et que vous ne voulez vraiment pas qu'on le retrouve, ne le cachez surtout pas dans un tiroir. Essayez le congélateur, la boîte à pain, la poubelle, mais surtout pas un tiroir, ciboire !
- Qui a bien pu me faire ce coup là ? Qui a bien pu ?
- Ça me paraît une évidence. Les gars qui t'ont filée au cours des derniers jours. A moins que ce soit quelques sacrés farceurs de la communion des saints ! - Elle non plus n'a pas ri.-
Elle me jette un œil circonspect et elle commence à mettre de l'ordre dans ses affaires, je mets fin à ses activités.
- Conduis-nous plutôt chez ton ami Kantichi. Il a sûrement des choses intéressantes à nous raconter !
- Peut-être, mais nous ne nous sommes pas annoncés. Que dira-t-il en nous voyant ?
- Possiblement, bonjour Yma, ce monsieur est ton ami ?
- Crois-tu vraiment que ce sera aussi simple que ça ?
- Suis-moi, on n'a pas une seule minute à perdre. Kantichi est peut-être notre dernière chance pour que nous retrouvions tes visiteurs et peut-être aussi le coffret !
- Mais ce fouillis ! Et si quelqu'un venait ?
- Ne soit pas inquiète, ils sont déjà passés. Allons, viens !
Elle accepte finalement de me suivre et j'avoue que ce n'est pas trop tôt. Je commence à avoir la mèche plutôt courte.
Remontant dans mon exclusive Orange, nous nous propulsons vers la rue du Souvenir à la vertigineuse vitesse de soixante kilomètres heure. Devant le cent quarante, j'applique les freins et cette exclusive fabrication allemande s’immobilise finalement au cent quarante-trois de la même rue. Et comme me le dirait tante Adélyre, «mêmes si tes freins sont payés depuis longtemps, ils sont encore dus !» Une vraie bête du rire, cette chère tantine.
C'est mon jour de chance. Sa piaule est juchée au septième et il n'y a pas d'élévateur dans cette fichue baraque. Faisant bon cœur contre mauvaise fortune, je la prends par le bras et nous gravissons les sept paliers.
Je la sens très nerveuse. À tout moment, en gravissant les paliers, elle me regarde et je lis dans ses yeux une certaine inquiétude. Je lui adresse un sourire maladroit et elle saisit que moi aussi, je prends la chose très au sérieux. Plus que deux étages. Nous y sommes presque. Bâtard, il me semble que ça sent la charogne.
- Mille millions de mille milliards de tas de caresses, murmurais-je stupéfait.
Il n'y a pas à dire, c'est une journée «porte- ouverte». Comme vous l'avez tous deviné, la sienne l'est aussi. Et quelle puanteur !
Yma fait la grimace et recule d'un pas. Fort heureusement qu'elle n'en fait qu'un, car un pas de plus et elle reprenait l'escalier à reculons. Et sept étages, c'est long !
- Laisse, je vais y aller seul, dis-je dans un élan de galanterie que je ne peux réprimer.
Je suis certain que beaucoup d'entre vous, mesdames ont reconnu dans ce geste, cette galanterie toute masculine qui depuis des millénaires, caractérise notre gent.
Mille millions de mille milliards de tas de…
C'est une boucherie indescriptible. C’est la principale raison pour laquelle je n'essaie même pas de vous la décrire. Et la vermine qui s'est mise de la fête. Afin de ne pas suffoquer sous ces émanations, je me couvre non pas de ridicule, mais plutôt d'un mouchoir. Il y a sûrement plusieurs jours qu'on lui a réglé son compte. Qu'il a fait le long saut, un peu comme Dollard sauf que lui, Ypu, on ne sait pas s'il était "paq'té" quand il l'a fait. Dans cet état, il n'y a plus grand chose à en tirer, sauf peut-être quelques vers qui ne seront même pas pour la pêche ! En examinant de plus près cette chose hideuse et dégueulasse, je vois quelques signes gravés sur l'accoudoir de sa chaise. Est-ce du jap ? - Apocope de japonais, qui constitue aussi le langage officiel de la police nipponne - Deux certitudes valant mieux qu’une, du moins c’est ce qu’un tas de crétins répètent, je demande à ma compagne d'un jour de venir y jeter un coup d'oeil, espérant secrètement qu'elle me traduise ces hiéroglyphes.
En apercevant Kantichi, il en faut de peu qu'elle ne tombe dans les pommes, pour ne pas dire sur les pieds du délabré. Grâce à mes supers réflexes, d'un geste vif je lui évite cette malencontreuse chute. Et comme le dit souvent cette incomparable tante Adélyre: «Toute bonne action porte sa récompense.» Ça doit être ça les petits tétons que je sens blottis contre moi. J'espère tout de même que ce ne n'est là qu'un acompte. Il me semble que de lui avoir évité de salir ses vêtements sur ce machin, vaut bien un petit quelque chose de plus…
Reprenant ses esprits et sûrement ses sens aussi, elle se blottit très fort contre moi.
- C'est terrible ! C'est terrible, répète-t-elle.
Elle a raison. C'est vraiment terrible de puer comme ça. Étant un homme d'une grande délicatesse, je ne lui en fais pas la remarque.
Constatant qu'elle est entièrement revenue à elle, je lui demande de jeter un coup d'oeil sur les sigles inscrits sur l'accoudoir.
- Tu as raison, c'est bien dans notre langue.
- Et ça signifie quoi ?
- Soulier.
- Il n'y a que ça d'écrit ?
- Oui, oui ! Soulier.
Sans perdre un instant, je lui enlève ses godasses. - Pas à elle, au défunt - En les examinant attentivement, je m'aperçois qu'une des semelles semble avoir été fraîchement recousue. Je n'ai pas eu tellement de mérite à le remarquer, c'est à peu près tout ce qu'il y a de frais dans cette pièce.
- Tu trouves quelque chose, s'enquiert-elle, impatiente.
- Que ça pue en sapristi ! Sortons d'ici !
Ce que nous faisons sur-le-champ.
D'une sortie à l'autre, je sors de ma poche mon couteau de l'armée suisse et je défais délicatement la couture de la semelle.
- Tu trouves quelque chose, me redemande la curieuse.
- Il faut que je prenne le temps de la défaire ! Je crois que je vois…- Quand t'es croyant, c'est comme ça ! Tu crois tout ce que tu vois et quand t'es pas sûr de voir, tu crois que tu vois. Là, c’est un petit bout de papier ! - Oui oui, c'est bien ça. Attends que je le tire de là. Bon, ça y est. Je l'ai !
Si vous gardez la forme, suivez-moi au chapitre quatrième. Vous avez le droit de faire une pause et aussi bien d’autres choses… Mais cela, ça ne me regarde pas !
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